J-B Pouy
rappelle que la plupart des
festivals polar prenant place en France ont lieu dans des régions
vinicoles, ce qui augmente les risques de cirrhose et rend le métier
d’auteur de polar d’autant plus dangereux. Bruxelles est donc une exception
bienvenue…
Quant à la fameuse question, qui réapparaît régulièrement
tel le monstre du Loch Press à propos des femmes auteures de
polar : y a-t-il une écriture féminine
du polar ?... Pouy nous rappelle à
juste titre qu’il y a polar et polar. Dans la veine du polar d’intrigue,
du whodunit et de la détection traditionnelle, du suspense et du
thriller ce sont les femmes qui l’emportent par leurs succès de
librairie et par le nombre d’auteures qu’on y recense.
Par contre, pour le roman noir, les auteures n’y apparaissent que depuis
peu de manière continue, ce qui -selon Pouy (avec raisons !)-
en fait plus un domaine d’auteurs masculins pour des raisons essentiellement
historiques, puisque une des racines importantes du polar noir est la composante
hard-boiled (dure-ndlr) d’origine américaine et qui, après
la guerre, décrivait un univers plutôt masculin « …
avec des héros au grand cœur mais au moral à zéro
». A part quelques rares exceptions, auteurs et lecteurs étaient
masculins. Cela change actuellement (le panel d’auteures présentes
à cette réunion en étant un début de preuve
-ndlr) « …et qui saiit, peut-être seront-elles bientôt
les plus nombreuses ».
En réponse à la question
de l’animateur lui demandant si « …le
roman noir c’est jazz ou c’est rock ? » Pouy fait malicieusement remarquer que le jazz est une musique
du passé qu’on entend presque plus, même s’il a des amateurs
irréductibles « et c’est pas avec trois endroits à Paris
où on peut encore entendre du jazz qu’on a une grande chance d’entendre
du jazz en entrant dans un lieu public : metro, resto, café,
etc.. En poussant la porte, c’est du Céline Dion qui vous accueillera,
de mon temps Patricia Carli, nul de toute façon, mais c’est comme
ça ».
Pouy terminera en soulignant que, donc, si on veut être
réaliste dans un roman actuel, ce sera du rock ou du pop à
la mode qu’on utilisera en toile de fond. Certains auteurs se servent encore
du jazz, tel l’excellent Marc Villard, mais c’est dans des contextes bien
particuliers et Villard est une des exceptions qui subsistent.
À un auditeur qui se plaignait du peu de
possibilités qui existe pour un auteur belge en Belgique,
devant la rareté des maisons locales
d’éditions, J-B Pouy rétorque avec raison qu’en finale en
France un habitant de certains départements de France ayant deux
fois la superficie de la Belgique francophone a encore moins de chance de
se faire éditer localement, car il n’y a pas de maison d’édition
locale… À part en Bretagne et un peu dans la région de Marseille,
tous les éditeurs se concentrent à Paris. En conclusion, Pouy
nous dira: « Vos éditeurs en Belgique, soignez-les !! ».
Il rappellera aussi que « l’édition
est pourrie par la distribution » vu
ses coûts et sa faible efficacité pour les petites maison. Il
rappellera que à partir de 500 à 1000 exemplaires, avec une
distribution parallèle - évitant les grosses maisons de distribution,
c’est viable. Il y a un public polar en France, car les festivals
polars n’y ont pas lieu dans le cadre de salons du livre (en Belgique non plus, d’ailleurs –ndlr), mais séparément
et attirent un public nombreux.
Malheureusement, le temps me manque pour citer
in extenso les déclarations pleines d’humour, situées souvent
au deuxième degré, qui émaillèrent les
propos de Pouy durant cette interview publique.
(voir aussi l’interview
que JB Pouy a accordé à Polar Noir dans le cadre du festival)
Didier Daeninckx
–
mon
horaire personnel ne m’a pas permis d’assister à l’interview publique
de cet auteur.
En lieu et place des points forts de ce solo, je vous livre ci-dessous
quelques réflexions que Daeninckx émit lors
du « panel » organisé par Paul Aron le lendemain,
avec tous les auteurs présents.
- Je garde devant moi une phrase de Victor
Hugo : « Le style c’est le fond qui remonte à la surface »,
et c’est ce que je cherche dans un livre, cette adéquation entre fond
et forme… Cette recherche c’est la pierre philosophale.
C’est ce qui me permet d’éclaircir les faux débats à
propos du style et de la forme dans le polar
- Il est prémonitoire de l’intérêt et de l’importance
qu’a et qu’aura cette littérature (le polar- ndlr) que la
première nouvelle, celle considérée comme fondatrice
du polar, écrite par Edgar Poe, sera traduite en France par Beaudelaire
!
(voir
aussi l'interview que Didier Daeninckx a
accordé à Polar Noir dans le cadre du festival)
Patrick
Raynal nous décrit le problème
créés par la multiplication des collections de romans policiers,
face à un lectorat qui est à peine plus nombreux que celui
qui existait au moment de l’âge d’or des ventes de polars (des années
50 à fin 60, en gros- ndlr). Ce qui rend précaire la
vie de certains petits éditeurs et réduit la rentabilité
des publications des autres, ce qui tend à leur faire prendre moins
de risques dans leurs choix d’auteurs, ce qui à son tour complique
la survie de l’auteur débutant.
Actuellement, on peut cependant constater que le polar noir est
devenu de la littérature à part entière. Sans oublier
que nombre de collections littéraires modernes publient des auteurs
qui écrivent « polar » et qui passent donc pour
autre chose, et ce phénomène va en croissant ; dans cette catégorie
il n’y a pas que des transfuges du polar (comme Pennac, par exemple) mais
on trouve nombre d’auteurs qui ne furent jamais publiés dans une
collection policière mais qui utilisent la structure et l’écriture
qu’on trouve dans les polars.
Raynal rappellera que, comme directeur de la Série Noire chez
Gallimard, il s’est attaché à élargir le champ des
auteurs publiés, et en dehors des Américains et Français,
il a inclus des auteurs allemands, hispaniques, italiens, russes…etc. Ce
qui nous fait découvrir des écrivains qui abordent le polar
différemment et souvent influencés par la culture littéraire
de leur pays.
Comme écrivain, il annonce la publication de son dernier ouvrage
chez un nouvel éditeur : Les Contrebandiers, et confirme que
le suivant est en gestation… va prendre forme incessamment. Ce sera avec
Corbucci, son personnage récurrent.
(voir
aussi l’interview que Patrick
Raynal a accordé à Polar Noir dans le cadre du
festival)
Solos de Sylvie Granotier,
Dominique Manotti et Pascale Fonteneau
ainsi que le débat par le panel d'auteurs
et le compte-rendu des Prix des concours de nouvelles policières
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J-B Pouy (méditatif...)
interviewé par Patrick Moens
(photo : E.Borgers)
Patrick Raynal
auteur et patron de la Série Noire
(photo: E.Borgers)
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