| PASCALE
FONTENEAU
OU L'HORREUR DU ROSE
| Son dernier roman paru dans
la Série Noire, "La Vanité des Pions", se passe à
Bruxelles et met en scène affairistes, politiciens et flics, tous
se démenant à qui mieux-mieux pour tirer un bénéfice
personnel de la situation des sans-papiers. Le ronronnement satisfait de
ce petit monde de marionnettes va s'interrompre brusquement: le manipulateur
est fatigué. Lumières! ... et tout vire au noir.
Cette Française vivant
en Belgique depuis son enfance n'a pu échapper à l'influence
de ce pays ambigu. Sans oublier celle de Bruxelles, ville de tous les surréalismes,
objet de toutes les paranoïas politiques.
Ses romans, reflet de nos
sociétés distordues, à l'humour acide et sombre, virant
parfois au surréel, ont tous pour point commun l'horreur du rose.
Un total de 8 livres publiés,
dont 5 dans la SN et un dans la série Le Poulpe, font de Pascale
Fonteneau un auteur "de la noire" à part entière.
Elle ne renie pas cette vocation
comme elle l' explique dans l'entretien que j'ai eu avec elle
en mai dernier à Bruxelles.
|
H
Comment une jeune femme vivant en Belgique
devient-elle une auteur de la Série Noire?
PF
Depuis longtemps, et même depuis mon enfance, j'aime découvrir
ce qu'il y a "derrière les chose". De là à imaginer
des histoires, il n'y a pas bien loin à aller!
Et.. la bibliothèque de mon père était bien
fournie en Série Noire, ce qui facilita mon accès à
cette littérature.
J'ai commencé par écrire de courts récits,
des nouvelles- certains de ces textes furent publiées par divers
magazines : 813,Polar, Nouvelles Nuits ...etc. Et dans des journaux tels que: Le Soir (ndlr: premier quotidien belge), Libé.
J'ai tenu une rubrique de présentation de polars pour une
station FM universitaire... voilà comment tout s'est mis en place.
Mais c'est vrai que mon entrée à la Série Noire
reste quelque chose de spécial. Tout a été déclenché
par un festival consacré au polar à
St Nazaire (France)
H
Il s'agissait de votre tout premier roman?
PF
Oui vraiment le tout premier: "Confidences sur l'Escalier" (ndlr:
SN2294/ 1992).
A St Nazaire, festival du polar très courru,
j'avais été invitée et c'était la joie: je
cotoyais et m'entretenais avec des auteurs que je ne connaissais que sur
papier.
J'y rencontre JB Pouy qui me parle d'un sujet tiré d'un fait
divers. Durant notre conversation, il me suggère de le développer
pour en faire un roman, et de le soumettre à la Série Noire.
L'année suivante, durant un festival du polar qui se tenait
ici à Bruxelles, et dont j'étais une des organisatrices, je
reçu le choc de ma vie en discutant avec Patrick Raynal!
Me parlant de ses projets pour la Série Noire il m'annonça:
"...j'ai accepté le roman d'une débutante, une femme, et
je viens de le programmer Mais au fait, il s'agit peut-être de vous
?".
J'étais sciée, car c'était bien de moi qu'il
s'agissait!
Je fis donc partie de la toute première fournée d'écrivains
sélectionnés par Patrick Raynal qui venait de reprendre la
direction de la SN.
Voilà comment fut publié mon premier roman...
H
Assez étonnant , en effet. Un premier
roman directement accepté par la SN, ce n'est pas courant! Mais
vous avez continué avec eux, il y en a eu d'autres.
PF
Oui, il y en a maintenant 5 au total. Mais ce qui aurait du être
mon quatrième roman chez eux ne fut pas accepté. Jugé
trop en dehors de la ligne SN. Pas assez noir...
Mais il fut publié chez Baleine (et repris par Folio), c'est
"La Puissance du Désordre".
H
Vous avez également participé
à l'aventure de la série Le Poulpe chez Baleine. Si je ne
me trompe, vous êtes celle qui a écrit le premier volume de
la série avec Cheryl, la petite amie de Lecouvreur/ Le Poulpe, comme
personnage central?
PF
Oui, c'est vrai. En fait, JB Pouy, animateur de la série
du Poulpe, voulait qu'on donne plus de poids au personnage de Cheryl
qui restait un peu en retrait dans tous les récits qui précédaient.
D'où l'idée de faire une histoire où Cheryl prendrait
la place centrale. Ce fut fait dans mon livre: "Les Damnés de l'Artère"
H
Et, il y eu d'autres romans qui suivirent
dans la série avec Cheryl comme personnage central. Evidemment
écrits par d'autres auteurs...
PF
Comme vous le savez chaque auteur ne peut fournir qu'un seul volume
pour la série du Poulpe, en fonction des règles appliquées.
C'est vrai qu'il y a eu une exception avec Daeninckx. Après
celui publié au début de la série, il y a "Ethique
en Toc" qui vient de sortir tout récemment, c'est son deuxième
livre dans la série Le Poulpe.
H
Dites-moi, Pascale Fonteneau, lorsque vous
écrivez, vous connaissez le dénouement de l'histoire, ou
bien vous vous laissez porter par elle?
PF
Lorsque j'écris un roman, j'ai une large trame dans ma tête...
et je la suis assez fidèlement. J'ai donc déjà une
idée du dénouement.
Par contre, ce que je connais très vite, quasiment depuis
le début, c'est la dernière phrase.
H
A cause du dénouement que vous avez
prévu?
PF
Non, pas nécessairement. Dès le début je sais
très exactement par quelle phrase se termine le livre...
H
"La Vanité des Pions" , votre roman
qui vient d'être publié dans la SN, était prêt
depuis longtemps?
PF
En fait, à la SN il faut plus ou moins deux ans entre l'acceptation
du manuscrit et sa publication; ça vous donne une idée...
Mais dans le cas des "Pions", j'avais demandé à Raynal
de pouvoir retravailler le manuscrit. C'était à peu près
un an après sa remise.
J'avais envie de le faire se dérouler en Belgique. Patrick
Raynal accepta et j'ai tout revu en fonction de ce nouveau cadre. Et voila!
H
Vous avez utilisé à plusieurs
reprises un cadre belge pour vos romans. D'ailleurs, avec un titre comme:
"Les Fils Perdus de Sylvie Derijke" on se doutait bien que l'auteur n'était
pas parisien...
PF
Tout à fait... et j'ajouterai que j'ai eu un malin plaisir
en utilisant dans ce roman des noms de personnes et de lieux à consonnance
belge pour que le lecteur français trop hexagonal s'y perde.
Mais je dois aussi avouer que j'ai de la chance: moi, femme
vivant en Belgique, ne faisant partie d'aucune chapelle littéraire,
n'habitant même pas le 6ème arrondissement, me voir publiée
d'emblée chez Gallimard, dans leur Série Noire...
De toute façon, je savais depuis le début que le nombrilisme
littéraire de la "Blanche" n'était pas pour moi.
L'envers des choses, la face cachée... c'est ce qui m'intéresse
vraiment.
H
Et tant mieux pour le polar Noir!
Merci Pascale Fonteneau.
Voir également notre revue et commentaires de
La Vanité des Pions
Interview réalisée par E.BORGERS
chez Polar & Co- librairie à Bruxelles.
Mai 2000.
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(photo: E.Borgers)
Pascale
Fonteneau
Bibliographie
-
Confidences sur l'Escalier
-
Etats de Lame
-
Les Fils perdus de Sylvie Derijke
-
Otto
-
La Vanite des Pions
-
Les Damnés de l'Artère
-
La Puissance du Désordre
-
Curieux Sentiment (nouvelles)
Traductions
En japonais et suédois
Confidences sur l'Escalier
En allemand
Les Damnés de l'Artère
(Cheryl)

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