Les sans-papiers. On en parle
beaucoup, mais dit-on tout à leur sujet?
Il y a ceux qui en vivent, et
même très bien.
Comme ces affairistes
agissant impunément dans l'ombre d'un système judiciaire
qui jette un voile pudique sur leurs opérations clandestines
de rapatriement des irréguliers. Et cela leur donne des ailes,
jusqu'à se croire au dessus des lois!
Mais les affairistes en question
ne sont rien que des aventuriers combinards, des semi-truands tolérés
et manipulés par le système. Car manipulation il y a ...
Mais n'y-a-t-il qu'eux?
Que veut ce singulier
Ota Benga, pygmée surgit de nulle part, que vient faire Gustave Copi ce politicien
à la réputation pas très claire dans ce jeu de basses
magouilles.
Tout va basculer lorsque deux
irréguliers, qui auraient dû faire partie de la prochaine charrette
de déportés malgré eux, s'échappent du circuit
si bien organisé et jusqu'alors si discret.
Sans oublier ces deux groupes
de jeunes qui s'en mêlent pour des raisons personnelles, ou encore
Philppe Sterckx ce journaliste indécis: ils se mettront eux aussi sans le
savoir en travers de la machine en marche. Tant pis pour eux, tant pis
pour tous.
Et, les cadavres vont s'accumuler
dans tous les coins de Bruxelles, ce qui curieusement ne fait pas vagues.
Enfin, pas trop.
L'absence de personnage central,
ou de héros, dans le récit de Pascale Fontenau renforce l'
impression de malaise ressentie devant les évènements qui
s'y enchaînent et s'entremêlent. Tout semble être dirigé
par un destin cynique qui grimace un
sourire pervers. Mais il est loin d'être aveugle...
Ironie noire et cynisme sont
les régistres dans lesquels excelle Pascale Fonteneau et ils font
merveille une fois de plus dans ce récit à la construction
très élaborée.
Dans son excellent roman tissé
comme une toile dans l'ombre de cette Belgique officielle qui a appris
à trop facilement oublier, à trop facilement regarder ailleurs,
tous les personnages de Pascale Fonteneau se croisent, se détruisent
malgré eux, mais ne sont en fin de compte que des mouches collées
sur le piège gluant.
La conclusion du roman n'allège
certes pas la vision très sombre des agissemnents de la société
organisée telle que decrite par l'auteur, société
dans laquelle l'individu ne compte pas que ce soit pour les motifs d'État
ou pour les intérêts privés devenus incontôlables,
sans parler du corps politique censé parler en son nom et
qui se tait.
Placer le récit dans
le cadre belge en renforce fortement l'impact et alimente le malaise sous-jacent
communiqué au lecteur. L'instantané en devient presque surréaliste...
Mais est-ce vraiment de la paranoïa
que de croire à une manipulation?
Pascale Fontenau vit en Belgique.
Voir également notre interview
de Pascale Fonteneau
|