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Un environement pour la paix

Par Mohamed Shahnoun

 

 La guerre froide a beau être terminée, la communauté mondiale continue d'être déchirée par des conflits dévastateurs. La plupart de ces luttes n'opposent pas deux pays mais prennent la forme d'hostilités internes au sein d'une nation affligée par la détérioration de l'environnement ou par une mauvaise gestion publique.

Le seul véritable espoir pour les pays que menacent la guerre civile, une tragédie humanitaire ou le renversement des structures en place repose sur une approche préventive globale. Participeraient à cette approche la totalité des organisations internationales de secours humanitaires et de développement, les organisations régionales ainsi que les agences nationales de développement et les ONG. Il est hors de question de continuer à appliquer des solutions provisoires, à court terme et non viables.

L'effondrement de l'empire soviétique a suscité, en Occident, des sentiments d'autosatisfaction mêlés à de grands espoirs : que le monde puisse désormais s'intéresser davantage à la démocratie et à la paix! Mais les prévisions relatives à un nouvel ordre mondial méconnaissaient la situation réelle de bien des régions du monde fragilisées par une variété de facteurs environnementaux et économiques.

Fragilité manifeste dans les menaces à la démocratie qui surgissent avec l'inflation, les émeutes, le nationalisme et la purification ethnique en Europe de l'Est. Avec aussi la famine, les luttes entre factions et les guerres civiles à grande échelle dans le Tiers-monde. Ces situations ont souvent en commun un sentiment d'insécurité provoqué par la menace appréhendée de la pauvreté ou par la perspective de vulnérabilité lorsque l'accès aux ressources se détériore.

Absolument rien, au sein de la société somalienne, ne laissait présager son fractionnement : les Somaliens appartiennent tous au même groupe ethnique et partagent, grosso modo, la même langue et la même religion. Et pourtant ! Des clivages se sont formés en fonction de l'appartenance à un clan, à un sous-clan et parfois même à une famille. Dans un environnement politique et économique menaçant, l'instinct de survie est devenu le moteur du comportement populaire. Cet instinct s'aiguise quand les sécheresses répétées rendent la vie plus difficile encore dans un environnement déjà hostile.

Les facteurs sous-jacents au drame somalien opèrent dans bien d'autres conflits sous des formes plus ou moins complexes. Toute analyse des étapes préparatoires à ces conflits débouche sur l'insécurité. Une insécurité exacerbée par la récession, la dégradation du milieu et l'incurie des gestionnaires de la chose publique.

 

L'ORIGINE DES CONFLITS

Chaque conflit a ses causes et ses caractères propres. Mais l'on peut toutefois utiliser les catégories suivantes pour classer les sources de conflits potentiel courants.

- Échec du processus d'intégration lors de la création de l'État-nation (Somalie, Tchad, pays du Sahel en majorité, Ouganda durant ses huit années de guerre civile, plusieurs pays d'Asie centrale). L'absence d'un facteur d'unification nationale (p. ex. une élite sociale ou un leadership éclairé) ralentit le processus et provoque un dangereux recul. Il a fallu plusieurs siècles et de nombreuses guerres civiles pour que l'Europe des grands empires ne devienne celle des États-nations.

- Héritage colonial ou décolonisation difficile suite à la création de frontières par les puissances coloniales (Arménie, Azerbaïdjan, Érythrée, Géorgie, Inde et Pakistan, Israël et Palestine, Nigéria et Cameroun, et Togo et Ghana).

- Mouvements de libération ou soulèvements sociaux infectés par le virus de la guerre froide et dégénérant en conflits prolongés (Angola, Afghanistan, Cambodge, Mozambique, Nicaragua, Salvador, Viet Nam).

- Conflits issus de tensions ethniques (Burundi et Rwanda, Liberia, Sri Lanka, ex-Yougoslavie). À de profonds différends et à une inimitié traditionnelle entre groupes ethniques s'ajoutent des facteurs historiques mal gérés. Le pouvoir est alors monopolisé par un groupe ethnique, parfois même par une minorité qui refuse de lâcher prise pour diverses raisons.

- Conflits à caractère religieux (Bosnie, Chypre, Inde, Irlande du Nord, Liban, Philippines, Soudan).

- Conflits fondés sur des tensions socio-économiques ou politiques (Amérique centrale, Congo, Pérou, Surinam, intégrisme au Moyen-Orient et en Afrique du Nord).

- Guerre d'agression classique suscitée par les idées de grandeur de la part d'un leader (guerre Irak-Iran, invasion irakienne du Koweit). Depuis les deux Grandes Guerres, la charte de l'ONU est très spécifique sur ces types de conflits qui se font toutefois plus rares.

Ces catégories peuvent se chevaucher. En identifiant bien chacune des crises, on pourra mener une action préventive et résoudre les conflits. Il est aussi possible d'isoler les facteurs d'exacerbation : ventes d'armes, interférence étrangère, ambition des leaders, affaiblissement de l'administration publique et des infrastructures sociales, dilution du processus de conciliation et réaction inadéquate face à une tragédie humanitaire.

 

LE CAS RWANDAIS

La communauté internationale paralysée a été le témoin de la tragédie rwandaise. C'est une crise aux causes diverses mais convergentes : d'importantes livraisons d'armes aussi bien au gouvernement qu à l'opposition, un gouvernement incapable de répondre aux besoins essentiels de sa population et un héritage colonial en partie responsable de la montée des antagonismes ethniques. La situation économique était également compliquée par une forte croissance démographique et par une série de fortes sécheresses.

La plupart du temps, ce type de conflit n'est pas endémique. Les ingrédients d'une crise peuvent cependant s amonceler comme les nuages annonciateurs d'une tempête. La détérioration des ressources nationales dans bien des pays du Sud mine leur capacité de résoudre les conflits. La dégradation environnementale et socio-économique poussent les populations à migrer, réduisant du coup les ressources restreintes des populations d'accueil. Les violents conflits qui en découlent imposent un stress aux écosystèmes naturels et menacent leur survie. Il n'est donc pas surprenant que ces conflits se produisent principalement en Afrique, en Amérique latine et en Asie. Les statistiques de l'ONU indiquent que, comparativement au PIB des pays développés, celui de l'Afrique est tombé, par habitant, de quelque 50 % de 1960 à 1990, un déclin qui frappe tout aussi bien l'Amérique latine.

Sont aussi sources de conflit toutes les circonstances entourant le déficit de la gestion publique. Les gouvernements eux-mêmes sont des facteurs de conflits s'ils ne sont pas en mesure de planifier la sécurité alimentaire et les mesures d'urgence pour faire face aux catastrophes naturelles. Des élites au pouvoir tentent de protéger leurs intérêts économiques et politiques, au prix même d'une aggravation des tensions ethniques, religieuses ou sociales.

Il faut rompre ce cercle vicieux. La communauté internationale a pour devoir d'identifier toutes les crises existantes ou potentielles, d'en examiner les causes immédiates et éloignées et de prendre en considération les circonstances aggravantes d'où peut naitre une conflagration. Mais il faudrait pour cela un nouveau leadership, toujours attendu. Jusqu à ce jour, l'ONU s'est contentée de réagir aux crises de façon ponctuelle et procédurière. Parfois à coup d'improvisations périlleuses. Elle avait pourtant eu l'occasion d'agir lors de la Conférence des Nations Unies sur l'environnement et le développement (CNUED) à Rio de Janeiro en 1992. La CNUED avait alors souligné l'interdépendance nécessaire des écosystèmes mondiaux et donc l'importance vitale de la coopération internationale. Mais les mesures institutionnelles et financières n'ont pas répondu pas aux attentes.

 

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