27 août
2003
Il y a deux
semaines, une rumeur a été lancée comme quoi le baseball majeur s’était entendu
avec Pete Rose et allait annoncer sous peu la levée de sa suspension à
vie.
Bien que
les deux clans ont démenti la nouvelle, il semble probable qu’une entente a été
conclue ou est sur le point de l’être, l’annonce pouvant être faite à la fin de
la Série Mondiale.
Je me
propose aujourd’hui de vous donner ma version sur cette interminable saga. Je vous avertis d’emblée, je suis trop jeune
(24 ans) pour avoir de nombreux souvenirs de Rose comme joueur. Fervent d’histoire du baseball, je connais
bien sa détermination, sa contribution et ses records, mais je n’ai pu
succomber sous son charme, car quand j’ai vu et lu ses exploits, je connaissais
déjà où cela allait le mener.
Pete Rose a
été un grand joueur, parce qu’il a été bon – et par périodes excellent –
pendant très longtemps. Il ne fut pas
aussi bon que certains le prétendent (il n’y a pas que les coups sûrs), mais il
est sûrement parmis les 100 meilleurs de tous les temps.
En ce qui
concerne la saga Rose, la magie d’Internet permet maintenant de lire
l’intégrale de l’enquête sur Rose, le fameux Dowd Report. C’est une longue lecture, un commentaire plus accessible étant
disponible ici.
Je vais
regarder quelques-uns des arguments proposés par les tenants du clan pro-Rose.
« Il
n’y a aucune preuve que Rose a parié sur des matchs de baseball. »
Rose a
signé l’entente avec le baseball majeur justement pour arrêter les fouilles qui
auraient prouvé la culpabilité de Rose.
Ne pensez pas que quelqu’un qui n’a rien à cacher irait signer un
document le suspendant à vie. Pour ceux
qui ne sont toujours pas convaincus, le rapport Dowd devrait faire l’affaire.
« Rose
a peut-être parié sur le baseball, mais jamais sur sa propre équipe »
La
différence est importante, car selon les réglèments du baseball, parier sur des
matchs entraînent une suspension d’un an, parier sur un match où on est
impliqué amène une suspension à vie.
Encore une
fois, comment Rose aurait-il pu accepter une suspension à vie s’il n’avait
jamais parier sur les Reds? Je crois
que les termes de l’entente lors de sa suspension prévoyait que Rose était
suspendu à vie, mais avait le droit d’appliquer pour la levée de sa suspension
après un an. Peut-être Rose pensait-il
s’en tirer ainsi, mais dans ce cas, il a été très mal conseillé.
Bien entendu,
le Rapport Dowd fournit des éléments de preuve, incluant des témoignages, un
calepin de notes de Rose, des reçus de paris qui laissent peu de doutes.
Le fait que
Rose accepte la suspension à vie a empêché la fin de l’enquête, mais il y a peu
de doutes que l’étau se resserait drôlement vite sur « Charlie
Hustle ».
« Si
Rose a parié sur les Reds, il a toujours parié sur les Reds comme
gagnants. »
Évidemment,
parier les Reds gagnants n’est pas aussi grave que d’influencer directement le
résultat du match en pariant Reds perdants.
Mais, c’est loin d’être une offense banale. Le but du règlement anti-gambling est d’éviter les liens entre
les joueurs, gérants et le crime organisé.
Qui dit gambler obsessif comme Rose dit aussi dettes de jeu. Et aucun sport ne veut que ses membres se
placent en position où ils doivent d’importants montants à des membres du crime
organisé, car cela peut amener ces derniers à forcer le joueur/gérant à perdre
délibérement un match.
Même sans
cela, et si Rose avait poussé un jeune lanceur un peu trop, l’avait forcé à
faire 140 lancers pour gagner un pari, le soumettant à des risques élévés de
blessure, n’est-ce pas répréhensible ?
Dans tous
les vestiaires du baseball majeur, en grosses lettres, on retrouve ceci :
BETTING
ON BALL GAMES. Any player, umpire, or club official or employee, who shall bet
any sum whatsoever upon any baseball game in connection with which the bettor
has no duty to perform shall be declared ineligible for one year.
Any player, umpire, or club or league official or employee, who shall
bet any sum whatsoever upon any baseball game in connection with which the
bettor has a duty to perform shall be declared permanently ineligible.
La règle
est connue, sa sentence aussi. Point à
ligne.
« Rose n’a pas changé le résultat de
championnat, il n’a parié que sur des matchs de saisons régulières ayant peu d’ importance. »
Peu
importe. En pariant sur des matchs de
son équipe, Rose a entaché l’intégrité même du baseball. Si Rose a parié sur des matchs de saison
régulière, pourquoi ne l’aurait-il pas fait en séries ?
De toute
façon, c’est sans importance, la règle est claire. On peut discuter de la règle et de sa sentence par contre. Mais l’intégrité du baseball est quelque
chose de précieux et on ne peut jouer avec ça.
Si Rose a enfreint, ne serait-ce qu’une seule fois, la règle d’or du
sport, celle de la saine compétition, celle faisant en sorte que les amateurs
croient en la bonne foi de ceux qu’ils payent pour voir jouer, on se retrouve
où ? Si on commence à douter que les matchs peuvent être arrangés, on n’est
plus très loin de la lutte WWE.
« L’offense
de Rose n’est pas pire que celle des joueurs utilisant des stéroïdes. »
Alors que
les réglements anti-gambling sont clairs, ceux contre les stéroïdes sont
quasi-inexistants. Bien que déplorable,
cette situation, qui n’est probablement pas aussi répandue qu’on le laisse
croire, ne vient pas entacher directement l’intégrité même du sport, même si
celle de certains records et statistiques est remise en question.
D’ailleurs,
sur le sujet des stéroïdes, on accuse souvent très rapidement les joueurs
présents, en disant que les joueurs d’il y a 20 ans n’étaient pas comme ça,
etc. Faux, archi-faux. Durant toute l’histoire du baseball, on a
tenté d’étirer les règles, de trouver des façons d’avoir un avantage sur les
autres. Des balles mouillées aux bâtons
de liège, des crocs-en-jambes au troisième-but jusqu’au vol des signaux,
l’histoire du baseball est remplie de tricheurs. Si personne n’utilisait de stéroïdes il y a 30, 50 ans, ce que
personne ne les connaissait.
Pour
revenir à Rose, il est en toute vraisemblance coupable du plus grand crime dans
le monde du baseball, un crime dont la sentence est connue de tous, dont les
précédents remontent à plus de 60 ans avant le cas Rose.
Est-ce que
vous diriez qu’un individu reconnu coupable de fraudes par téléphones doit être
pardonné pour ses peines parce que les fraudes par Internet sont difficilement
retraçables et parce que les lois sont peu claires envers ce genre d’infraction
? Bien sûr que non. Le dossier des
stéroïdes est totalement indépendant de celui de Rose, et s’il y a quelqu’un à
blâmer dans ce dossier, c’est le baseball majeur. Et Rose n’a rien à voir là-dedans.
« Rose
devrait être au Temple de la Renommée. »
Là, il y a
quelque chose. Comme les autorités ont
changé le règlement après que Rose ait accepté la suspension, il y a une
possibilité que Rose n’aurait pas accepter la suspension s’il avait su.
Mais est-ce
que Rose devrait être au Temple ? Ce
point peut être débattu pendant des heures.
Bien qu’on peut discuter de la valeur réelle du joueur, il est clair que
sa carrière de joueur l’amènerait au Temple.
Mais, celle sale tache à son dossier vient le hanter. Est-ce que cette offense, très grave, vient
éliminer sa contribution comme joueur ?
Plusieurs
pointent rapidement le fait que le Temple est déjà rempli de joueurs aux
qualités personnelles discutables, de coureurs de jupon notoires, de joueurs
renfrognés, de batteurs de femmes, de racistes et même de meutriers probables
(Cobb). Il y a toutefois une différence
à faire entre contributions sur le terrain et au baseball et contributions à la
société. C’est le Temple des meilleurs
joueurs de baseball, et non pas celui des citoyens modèles. Néanmoins, lorsque ces problèmes viennent
toucher le baseball, c’est plus problématique.
Est-ce que Rose, joueur culte des années 70, a détruit tout ce qu’il a
apporté au baseball avec son gambling ?
Sa contribution devient-elle négative, ou du moins insuffisante pour
aboutir au Temple ?
Je serais
porté à dire oui, mais je pourrais vivre avec la décision de le
réadmettre. D’un côté, ce serait un
terrible exemple pour les jeunes, mais d’un autre, Gaylord Perry, tricheur
avoué, est déjà au Temple…
« Le
baseball a besoin de Pete Rose. »
Rose a déjà
promis qu’il amènerait victoires et spectateurs à l’équipe qui
l’engagerait. Je ne sais pas si Rose
retournerait comme gérant, mais ça serait probablement le pire scénario.
Selon
certains, le baseball a besoin du retour du joueur qui n’avait peur de rien, de
celui qui se défonçait à chaque instant, pour mettre un baume sur le
désanchantement des amateurs envers des vedettes multi-millionnaires qui n’ont
pas le même feu sacré que Rose.
Pas de doute
que Rose attirerait des curieux au début, mais j’ai un peu de misère à l’idée
qu’un tricheur, que quelqu’un qui a enfreint la loi première du baseball,
puisse être ré-admis près des vestiaires des joueurs. Et je comprends encore moins qu’il puisse être considéré comme un
sauveur.
Rose n’a
pas fait d’aveux, n’a pas présenté d’excuses.
Et, à ce que je sache, il n’a pas non plus fait de grands ménages dans
sa vie.
Sans entrer
dans les détails, le nom de Rose a circulé dans des rumeurs de traffics de drogue,
il a eu des problèmes avec le fisc et des anciens compagnons l’ont accusé
d’avoir utiliser des bâtons de liège.
Peut-être
devrions-nous laisser une chance au coureur, peut-être que Rose a fait le
ménage, peut-être qu’il ne tomberait pas dans les mêmes panneux. Mais a-t-il vraiment mérité cette chance ?
Rose joue
la victime depuis des années, profitant de la sympathie du public. Mais c’est lui qui a des comptes à rendre,
pas le baseball.
S’il y a
quelque chose de bon de cette hsitoire, c’est qu’on pourrait régler le dossier
pour toujours. En le réadmettant ou en
mettant clair le fait qu’il ne sera jamais réadmis, on éviterait les
innombrables discussions sur le sujet.
Conclusion
Le cas Rose est un sérieux problème pour le baseball majeur. Doit-on plier aux complaintes de Pete ou
risquer de l’entendre pendant 20 ans et de voir le débat traîner en longueur si
on ne le réadmait pas ?
Je crois que vous avez bien vu que la réinsertion de Rose me semble
inacceptable. En touchant directement à
l’âme même du sport, à son intégrité, il a mérité la peine exemplaire. Le viol de la règle la plus connue du
baseball, celle qui a été instauré après l’événement le plus sombre de
l’histoire du baseball, ne peut resté impuni.
On peut se souvenir de Pete Rose le joueur, même que je peux me faire à
l’idée de le voir à Cooperstown, et je crois qu’on doit se rappeler de Pete
Rose l’individu, pour se rappeler de sa tragique fin, mais jamais devrait-on
ramener Pete Rose le gérant.
On ne pourra effacer le souvenir de Rose. Mais on doit le laisser à l’état de souvenir.
Le Savant Fou