Lundi 25 août
Baseball Québec
Je me souviens très bien du moment où j'ai " découvert " l'existence des Capitales de Québec. J'étais en voyage sur la
Côte-Nord et je feuilletais le Journal de Québec dans un restaurant. Une
surprise m'attendait dans la section des sports : une page complète
consacrée à L'AUTRE équipe de baseball professionnel de la province. Je me
souviens aussi très bien de ma réaction : " Ça ne survivra pas longtemps
cette affaire-là… "
Eh bien, j'étais dans les patates. À leur cinquième saison dans la ligue Northeast, les Capitales ne font pas seulement survivre. Ils
prospèrent, tant sur le terrain qu'à l'extérieur. Comment une équipe de
baseball indépendant arrive-t-elle à attirer au delà de 3000 spectateurs
par rencontre dans une province où ce sport passe pour moribond? Il me
fallait aller sur place pour avoir réponse à cette question.
Première bonne nouvelle pour le visiteur montréalais : le stade municipal
de Québec est situé à proximité d'une autoroute et son accès est très
facile. En arrivant au domicile des Capitales, j'ai d'abord été
impressionné par sa façade extérieure. Le bâtiment construit en 1938 a
tellement fière allure qu'on a du mal à croire qu'il a été laissé à
l'abandon pendant deux décennies. Bravo pour les rénovations…
À l'intérieur, une autre belle surprise m'attendait. Les couloirs du stade
sont décorés de plusieurs photos et objets souvenirs retraçant la riche
histoire du baseball à Québec. À voir absolument : les vieux uniformes
ornant la boutique souvenirs des Capitales. Indiens, Carnavals, Métros… Ne
manquez pas non plus la photo d'équipe des Carnavals où figure un très
jeune Gary Carter. Elle aussi se trouve dans la boutique. Le Kid faisait
alors ses classes dans la Ligue Eastern (AA).
Une fois installé à ma place, j'ai eu l'impression d'être coupé du monde.
Les 5000 sièges du Stade Municipal se trouvent tous à l'intérieur d'un "
grand stand " tout ce qu'il y a de plus classique. La plupart places sont
abritées par le toit du stade. De grands arbres plantés derrière la clôture
du champ extérieur achèvent de nous isoler dans une enclave consacrée au
baseball. Le stade ne manque d'ailleurs pas de cachet. Les nostalgiques
apprécieront particulièrement les énormes bancs de bois qui garnissent les
gradins derrière le marbre et les piliers soutenant le toit du stade
plantés au milieu des estrades. Comme au défunt Tiger Stadium, ceux-ci
doivent certainement obstruer la vue de quelques spectateurs…
Côté ambiance, c'est assez électrique. Un annonceur maison tapageur. De la
grosse musique rock entre les manches. Une mascotte filant à toute allure
en go-kart. Des supporters perpétuant une coutume bien québécoise :
encourager son équipe en se servant d'un banc vide comme d'une claquette.
Je me trompe peut-être, mais il m'a aussi semblé que les spectateurs
éméchés étaient plus nombreux que dans les stades américains que j'ai eu
l'occasion de visiter. Rien de cela ne vient cependant gâcher le plaisir du
baseball, même pour un vieux puriste grincheux dans mon genre.
J'ai beaucoup apprécié que la préposée à la vente de billets à qui j'ai eu
affaire me demande si je souhaitais avoir une place se trouvant derrière le
filet de protection contre les fausses balles ou à l'extérieur. Comme je
n'ai jamais aimé assister à un match à travers les mailles d'un filet, j'ai
choisi une place entre le marbre et le troisième but d'où j'avais une très
bonne vue sur l'action. Du reste, j'ai l'impression qu'il n'y a pas
vraiment de "mauvais sièges" au stade municipal.
La recette des Capitales paraît simple. Une ligue offrant un calibre de jeu
intéressant, une équipe compétitive, un magnifique stade juste assez grand
et une ambiance suffisament dynamique pour attirer un large éventail
d'amateurs. J'ai vu dans la foule beaucoup de jeunes et pas mal de
demoiselles, ce qui est habituellement très bon signe pour une équipe
sportive. On a presque envie d'avoir l'équivalent à Montréal plutôt qu'une
équipe des ligues majeures moribonde et jouant dans un bol de béton.
Lundi 7 Juillet
Voisin du sud
Vous rappelez-vous du temps où les Montréalais allaient magasiner à
Plattsburgh? C'était à une époque où la valeur du dollar canadien et le
niveau des taxes rendait le magasinage aux États-Unis avantageux pour les
consommateurs canadiens. Une époque totalement révolue...
Depuis deux ans, les amateurs de baseball montréalais ont une autre raison
de se rendre dans cette petite ville de l'état de New-York : le Thunder de Plattsburgh de la New York Collegiate Baseball League. Comme la Cape Cod League, dont je vous ai déjà parlé, la
NYCBL est une ligue d'été pour les joueurs universitaires américains qui
n'ont pas encore complété leurs études. Cette année, dix équipes regroupées
en deux divisions disputent un calendrier de 42 parties en juin et en
juillet. Fondé en 1978, le circuit n'a pas aussi bonne réputation que la
Cape Cod League ou même que sa voisine immédiate, la New England College Baseball League. Son calibre
est donc un peu moins élevé. Quelques joueurs du baseball majeur ont quand
même évolué dans la ligue - notamment Tim Hudson et Lou Merloni.
Première surprise en arrivant au Chris Cummings Field de Plattsburgh : je
ne suis pas le seul canadien sur place. Un certain " Sébastien Boucher "
frappe en effet au premier rang pour l'équipe locale. Le très rapide
voltigeur natif d'Ottawa a d'ailleurs joué les héros en marquant le point
victorieux en dixième manche après avoir transformé en double un coup sûr
intercepté par le voltigeur de centre dans l'allée de gauche.
Inauguré cette saison, le Chris Cummings Field est situé en plein cœur d'un
très beau boisé, sur le terrain de l'université d'état de Plattsburgh. Un
seul hic : il n'est pas terminé. Pas de système d'éclairage. Pas de
comptoir-lunch. Pas de salle de bain. Pas même d'abreuvoir pour se
rafraîchir - un assez gros problème quand on dispute tous ses matchs en
après-midi.
Côté ambiance, on a l'impression d'assister à une joute de la ligue de
baseball élite du Québec dans la région de Montréal - ce qui n'est pas très
bon signe. Lors de mon passage, une cinquantaine de personnes prenaient
place dans les trois sections d'estrades amovibles disposés derrière le
marbre. Détail inquiétant : je me suis rendu à Plattsbugh le 4 juillet,
jour de la fête nationale américaine, et le match du Thunder n'était
absolument pas intégré aux festivités. J'ai bien peur que ce soit un
indicateur de la place de l'équipe dans la communauté...
En revanche, j'ai eu droit à un très bon match de baseball disputé par deux
équipes alertes et solides en défensive. Un match dominé par les lanceurs,
comme c'est souvent le cas dans les ligues universitaires d'été utilisant
des bâtons de bois.
Plattsburgh est à une heure de route de Montréal par l'autoroute 15 et le
Highway 87. Un trop long voyage pour assister à un spectacle comparable à
celui offert par la ligue de baseball élite du Québec. Mais si jamais vous
passez dans le coin...
B. Fortin
Vendredi 16 Mai
Des oiseaux en cage
Il faut être mordu de baseball pour sauter dans sa voiture en pleine séries
éliminatoires de hockey pour aller assister à un match des Ailes du Québec.
Surtout un frisquet soir de mai où la pluie menace...
Les Ailes du Québec rassemblent les meilleurs
baseballeurs québécois de 17 ans et moins afin de favoriser leur
développement. En plus de disputer une série de joutes hors-concours contre
des adversaires de leur âge, les jeunes joueurs auront l'occasion de se
frotter à des adultes cet été, puisque leur équipe fait partie de la Ligue de baseball senior du Québec. Les Ailes
disputent ses matchs "locaux" au stade municipal de Lachine, où je suis allé les
voir disputer la victoire à l'Action de Montréal.
Je n'essayerai pas de vous faire croire que j'ai passé une soirée
mémorable. À peine une poignée de spectateurs assistaient à la rencontre
disputée sur un terrain typique de la région de Montréal - c'est à dire
entouré d'un très haut grillage métallique qui semble avoir spécialement
conçue pour empêcher les gens assis dans les estrades de suivre l'action
sur le terrain. Le seul moyen de voir ce qui se passe, c'est de se tenir
debout derrière le marbre et de se coller le nez dans le grillage pour
l'éliminer de notre champ de vision. La lutte en cage, passe encore. Mais
le baseball...
Cela dit, j'ai eu la chance d'assister à un match serré disputé rondement
où les Ailes ont effectué une remontée de deux points en septième et
dernière manche pour forcer la prolongation. La partie a ensuite été
suspendue après la huitième manche en raison d'une averse. Les Ailes
peuvent remercier le lanceur droitier Antoine Bernier. Amené en relève avec
trois coureurs sur les buts et aucun retrait, il s'en est tiré sans
accorder de point. Le jeune homme a épaté tout le monde avec des balles
rapides explosives et des tombantes qui ont figé plusieurs frappeurs. On
lui décerne le titre d'étoile de la soirée...
B. Fortin
Mercredi 14 Mai
Baseball sur la plage
Beaucoup de Québécois prennent leurs vacances à Cape Cod pour profiter de
ses plages et de son ambiance particulière. Pour l'amateur de baseball, il
y a une autre très bonne raison de visiter la péninsule du Massachusetts :
la Cape Cod Baseball League, l'une des plus
prestigieuses ligues de baseball amateur aux États-Unis.
La Cape Cod League est une ligue d'été pour les joueurs universitaires
américains qui n'ont pas encore complété leurs études. La saison débute à
la mi-juin et se termine à la mi-août. Chaque formation dispute 44 parties.
Durant l'hiver, les recruteurs des dix équipes du circuit écument les
campus américains afin de rassembler le meilleur alignement possible. Il
existe plusieurs ligues d'été pour joueurs universitaires (dont une en Alaska ), mais la Cape Cod League est la plus
illustre. Elle attire donc les meilleurs espoirs.
En 2002, 183 joueurs du baseball majeur avaient disputé au moins une saison
dans la ligue. Pas plus tard qu'en 1998, Barry Zito, Kevin Mench, Bobby
Kielty et Mike MacDougal ont joué à Cape Cod. Une équipe d'étoile composée
d'anciens du circuit pourrait compter sur Jeff Bagwell au premier-but, Jeff
Kent au deuxième, Nomar Garciaparra à l'arrêt-court, Robin Ventura au
troisième coussin, Lance Berkman, Tim Salmon et Pat Burrell au champ
extérieur, Jason Varitek derrière le marbre et Mark Mulder au monticule. Et
je ne parle que de joueurs actifs...
Cette abondance de talent prometteur n'est pas la seule vertu de la ligue.
Toutes les villes du circuit sont à moins d'heure de route l'une de
l'autre. Le visiteur peut donc facilement assister à un match tous les
soirs dans une ville différente - le plus souvent dans un décor enchanteur.
Si quelques équipes jouent dans des parcs d'écoles secondaires sans grand
intérêt, la plupart occupent de petits stades au cachet très particulier.
Le domicile des Athletics de Chatham est un véritable stade des
majeurs en miniature et offre des couchers de soleil sans pareil. Celui des
Cardinals d'Orleans ne comporte que très peu
d'estrades. La plupart des spectateurs assistent au match assis dans le
gazon au flanc d'une colline bordant le terrain du côté du premier but. Le
stade le plus spectaculaire est cependant celui des Keettlers de Cotuit. Taillé dans une épaisse
forêt au bord de la mer, le terrain est dépourvu d'éclairage. Toutes les
parties ont lieu l'après-midi.
Partout, l'atmosphère aux matchs est extraordinaire. Le circuit accueille
des joueurs universitaires depuis le milieu des années 50 et les gens du
coin sont attachés à cette tradition. Durant la saison, c'est toute la
péninsule qui vibre au rythme de sa ligue de baseball.
La Cape Code League a la réputation d'être une "ligue de lanceurs", en
grande partie parce qu'elle utilise des bâtons de bois. La plupart des
frappeurs en sont à leur première expérience avec de tels instruments et
vivent une difficile adaptation. Résultat : des matchs serrés qui se
déroulent rapidement et où la stratégie est à l'honneur. Parfait pour les
puristes...
B. Fortin
Lundi 12 Mai
Matous mités.
Le stade des Lynx d'Ottawa de la Ligue Internationale (AAA)
donne l'impression d'avoir été construit avec une section du Stade
Olympique de Montréal. Même omniprésence du béton. Même ambiance
impersonnelle. Pour le visiteur québécois, son principal attrait est sa
situation géographique : tout près de l'autoroute 417 (sortie 117), à l'est
du centre-ville d'Ottawa. On peux donc aller voir jouer les Lynx sans
entrer dans leur ville, ce qui raccourcit considérablement le voyage.
Le Lynx Stadium n'est quand même pas une "minoune". Il faut lui reconnaître
quelques qualités : un stationnement spacieux, un annonceur bilingue, une
superbe surface de jeu en gazon naturel, un étroit territoire des balles
fausses gardant les spectateurs près de l'action et un restaurant de 185
places situé au deuxième balcon derrière le marbre, d'où on peut regarder
le match par une immense baie vitrée.
Ma seule visite au domicile des Lynx s'est déroulé le 1er juillet 2002.
Comme c'était la fête du Canda, le match avait lieu en après-midi. Le
soleil était accablant; la foule, peu nombreuse et amorphe. À ce moment-là,
les Lynx étaient la filiale AAA des Expos de Montréal. J'ai eu la chance de
voir jouer deux "prospects" qui sont maintenant avec le grand club : Endy
Chavez et Jamey Carroll.
Le fort calibre de certains joueurs constitue d'ailleurs le principal
intérêt des Lynx et de la Ligue Internationale . Lors de ma visite, les
locaux disputaient la victoire au Red Sox de Pawtucket, la filiale des Red
Sox de Boston. Le gaucher Casey Fossum, qui fait maintenant partie de la
rotation du grand club, était le partant des visiteurs. Et l'ancien Expos
Shane Andrews a ébloui tout le monde avec plusieurs jeux spectaculaires au
troisième but pour les Red Sox.
Les Lynx ont changé d'affiliation cet hiver et font maintenant partie de
l'organisation des Orioles de Baltimore. Comme les félins du même nom,
l'équipe semble toutefois menacée de disparition. Après avoir établi un
nouveau record d'assistance pour la Ligue Internationale à leur première
saison en 1993, les Lynx ont vu leur popularité décliner au fil des ans. En
2002, ils ont attiré en moyenne 3037 spectateurs par match, alors que la
moyenne du circuit s'élevait à 6992. La situation est encore pire cette
année puisque que le club n'a attiré qu'un peu plus de 1000 spectateurs par
match durant le mois d'avril.
Bref, il n'y a plus un chat aux Lynx et l'équipe ne sera peut-être plus
bien longtemps "par minou". Alors c'est le moment où jamais d'aller les
voir...
B. Fortin
Jeudi 8 Mai
Voir les Expos... au Vermont.
Difficile de trouver cadre plus pittoresque pour assister à un match de
baseball que le Centennial Field de Burlington, domicile des Expos du Vermont de la Ligue New York-Penn.
Inauguré en 1906, le stade nous ramène à la belle époque du baseball. Le
"grand stand" est coiffé d'un toit et peint en vert foncé, comme le veut la
tradition. Un imposant tableau d'affichage domine le champ gauche. La
clôture du champ extérieur est imposante et recouverte de panneaux
publicitaires. On se croirait dans les années 50. Même Champ, la mascotte à
l'effigie du monstre du Lac Champlain, possède un certain charme.
Un seul bémol : le territoire des balles fausses est immense et partout
dans le stade on se trouve un peu loin de l'action. En revanche, les Expos
du Vermont jouent leurs matchs locaux devant des foules nombreuses et
enthousiastes. La moyenne d'assistance est de 3000 personnes. Avant une
rencontre, on a l'impression que toute la ville converge à pied vers le
stade construit tout près d'une zone résidentielle. Et pour cause : les
places de stationnement sont peu nombreuses aux abords du stade. Pour les
Québécois en visite, la meilleure solution est de laisser sa voiture dans
un vaste stationnement situé au centre du campus de l'université du Vermont
et de profiter du service de navette en autobus qui nous conduit au stade
et nous ramène après le match. Il y a plusieurs autobus et on attend jamais
plus que quelques minutes.
Les Expos du Vermont sont la filiale A "short season" des Expos de
Montréal. "Short season" signifie que les équipes de la Ligue New York-Penn disputent un calendrier
réduit de 76 parties de la mi-juin au début septembre. Le début de saison
tardif permet aux joueurs universitaires américains qui viennent d'être
repêchés par une équipe des majeurs de terminer leur année scolaire avant
de faire leur début chez les professionnels. La plupart des joueurs de la
Ligue New York-Penn sont dans cette situation. D'autres ont joué une saison
dans une "ligue des recrues" comme la Gulf Coast League. À l'entrée du
Centennial Field, un tableau d'honneur rappelle que plusieurs membres
actuels des Expos de Montréal ont joué au Vermont : Orlando Cabrera,
Michael Barrett, T.J Tucker, etc.
Il faut environ une heure et demi pour aller à Burlington à partir de
Montréal par l'Interstate 89. Pour se rendre au stationnement d'où part le
service de navette, il faut prendre la sortie 14 Ouest puis East Avenue.
Des panneaux indiquent ensuite la direction du stationnement.
B. Fortin