Les minimexés, les chômeurs, les exclus présentent leur journal: Ouvrez-Les-Yeux! le trimestriel des Liégeois démunis.
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dernière mise à jour: 22 décembre 2006 LOGO
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Ouvrez Les Yeux n°10 automne 2006 PAGE12

  La solitude, parfois…

  J’aime les promenades en solitaire, au silence rompu seulement par le vent dans les arbres ou le chant des oiseaux. Je n’ai rien contre les randonnées en groupe, la convivialité est souvent agréable mais il ne s’agit pas du même état d’esprit. La rêverie et la méditation ne sont possibles que sans dialogue. Soliloque, peut-être… S’aérer les neurones demande une quiétude nécessaire à une détente totale. On prend d’abord conscience de son corps, de son pas de marcheur, avant de les faire passer au second plan.
Une musique chante en votre tête, descendant dans tout l’organisme. Ah ! Ces frissons dans l’échine…

La méditation vient aussi de l’observation. Cet écureuil grimpant à toutes pattes le long du grand arbre majestueux que vous observez, cette colonne de fourmis transportant des brindilles, ce lièvre effrayé qui détale en quelques bons rapides, ce petit oiseau faisant sa toilette, et, c’est bizarre, il vous rappelle la chanson entonnée le matin sous la douche.
On rêve à un monde aussi simple que naturel, sans voiture, sans fric, sans prison –il y en a de toutes sortes-, sans dépression, où tout coule de source en un éternel recommencement. On oublie la laideur des villes, la pollution, la violence, la misère, ce lot quotidien qui est le nôtre. Lisez ou relisez “Walden ou la vie des bois„ de Henry David Thoreau. Un vrai retour aux sources.
P.C.
P.S. “Walden„ H.D.THOREAU (l’imaginaire, Gallimard)



In the ghetto


Nous vivons tous dans des ghettos. La couleur de notre peau, nos opinions politiques ou spirituelles, nos problèmes d’argent et de santé sont bien sur les causes principales de l’ostracisme dont nous sommes victimes. Mais ne nous arrêtons pas là. Et si on s’amusait à anticiper un brin ?
Dans un monde où le pouvoir et le commerce font loi, nous pesons autant face au marketing qu’un précepte de Lao-Tseu vis-à-vis d’une attaque bactériologique. Nous sommes grains de sable devant l’omnipotence du billet vert qui, n’en déplaise à la banque européenne, fait toujours la pluie et le beau temps. Et, lorsque nous ne sommes pas de bons moutons, les loups du bien-penser-consommer-se taire, montrent les dents.
Prenons un exemple au hasard. Moi, ne riez pas, vous allez comprendre très vite où je veux en venir. Je n’ai pas de voiture, je ne possèderai jamais de GSM, je ne veux pas être propriétaire, je ne suis pas les modes et l’onanisme cérébral de la haute technologie me laisse froid. Me voila déjà parqué dans un des plus calamiteux ghettos, celui des anachronismes vivants, éternels romantiques qui regardent passer les progrès d’un derrière distrait, n’appréciant pas à leur justes valeur tous les bienfaits dont la sainte société nous bombarde à grands coups d’assommoir-encensoir-médiatique.

  Allons plus loin : si vous n’avez pas, Madame, Monsieur, toute la gamme de soins pour homme et femme « moderne »:
crème, onguent, antirides, votre appareil pour raffermir les ventre, les fesses, revigorer le popaul, défaillant ou rafraîchir le pilou-pilou, on vous méprise, on ricane, on vous accroche l’étoile jaune des ceusses qui-ne-veulent-pas-faire-comme-les-autres. Ou qui s’en foutent. Méfiez-vous, il n’est peut-être pas loin le futur sinistre où ceux et celles à qui on ne la fait pas se retrouveront dans un goulag de plus, un camp des laissés pour compte de la mondialisation –eh oui ! Le mot est lâché ! – Bref IN THE GHETTO, comme chantait l’autre.

Soyez donc « alter » à la mine altière.
P.C.



  Pour sauver une vie, ayez des sous !


Je ne suis pas prêt d’oublier cette nuit. J’étais confortablement installé dans les bras de Morphée, au cœur d’un sommeil de plomb, lorsqu’on frappe à ma porte. Après avoir mis ma vue au point, je regardai ma montre : 2h15 du matin ! Ayant pour seul voisin un monsieur âgé et plutôt calme, ces coups redoublés avaient de quoi m’inquiéter. Je me lève péniblement, et, m’approchant de la source du bruit, demandai : « Oui, qui est là ? »
Quelle ne fut pas ma surprise d’entendre la voix de mon voisin se plaignant qu’il saignait abondamment du nez. J’ouvris donc, et vis cet homme dans un triste état. Cela faisait plus d’une heure qu’il perdait du sang, et en avait déjà rempli un seau! Je m’habillai au plus vite, car n’ayant pas les moyens de m’offrir le téléphone, il me fallait trouver du secours.
  Mais voila ! J’eus beau sonner à l’hôtel près de chez moi, aucune réponse ne vint. Je piquai une pointe jusqu’au pied de la rue Saint Gilles et ne vis pas un seul taxi en vue! Désemparé, je me rabattis sur les cabines téléphoniques. Pas de bol ! Celles-ci, pratiquement toutes avec une carte, et je n’en disposais pas. Je parvins, tant bien que mal, à cette heure avancée, au risque de me faire agresser, à trouver, par le biais d’un night-shop, le moyen de contacter les taxis médicaux de nuit.
  Mon voisin put enfin se faire soigner et moi, retrouver mon lit. À 3h10... Le sommeil ne vint pas.
J’étais en train de me dire que, sans un sou en poche, rien n’était vraiment possible.
  Essayez donc de vous faire aider dans ces conditions !
   Notre société est tellement bien faite que, sans le Seigneur Euro, ou dollar, ou autre, nous ne sommes rien. Pourquoi ne pas en revenir au bon vieux système SOS-Secours, où il suffisait de briser la vitre pour déclencher une alerte.

Encore heureux que cette mésaventure ne se soit pas transformée en veillée funèbre !
P.C.

Nota : les cabines à carte permettent d’appeler le 100 sans insérer de carte. Encore faut-il le savoir !!! (et que cela ne soit pas en panne…)

NDLR. Une part de notre lectorat s’étant plaint du caractère un peu leste de certains articles, nous avons vérifié que Morphée est bien l’épouse légitime de l’auteur. La rédaction.








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