SEABISCUIT
Cast: Tobey Maguire, Jeff Bridges, Chris Cooper, Elizabeth Banks, William H. Macy
Année: 2003
Studio: Universal
Longueur: 142 minutes
Classé Général

Il fait tellement bon de voir un drame sérieux après trois mois de productions d'actions collées les unes sur les autres dans les salles de cinéma que Seabiscuit (même titre en v.f.), même s'il n'a rien du film de l'année, paraît par moments comme une intervention divine. Dans les faits, l'adaptation du best-seller de Laura Hillenbrand, écrite pour l'écran et réalisée par Gary Ross (Pleasantville), déçoit considérablement pour une oeuvre se présentant comme le premier candidat de l'année en vue de la prochaine course aux Oscars. Le film n'a rien de trop grandiose, que ce soit intellectuellement, créativement ou émotivement, mais, en comparant avec les Charlie's Angels et les autres Bad Boys II, cette déception se prend relativement bien.

Seabiscuit désigne le nom du cheval qui, dans les années '30, a causé un véritable phénomène dans le monde de la course équestre. Une bête blessée, affaiblie et en laquelle personne ne croyait vraiment, jusqu'à ce qu'un vieux cowboy solitaire (Chris Cooper) décide de l'acheter et de faire de Red Pollard (Tobey Maguire), un jeune homme abbatu, son jokey. Ils s'associent à un autre homme éprouvé par la vie mais riche de fortune, Charles Howard (Jeff Bridges), qui commence à la fois à les financer et à croire à leur trio au succès improbable... mais qui parviendra à venir.

L'histoire de cette réussite, surprenante à l'époque, ne surprend guère personne entrevoyant rapidement le caractère se voulant inspirant de toute la production cinématographique respectant scrupuleusement tous les aspects du roman. Seabiscuit s'étire et s'étire sans nous laisser avec grand chose en bout de ligne. Le film dure près de deux heures et demi, et ne semble pourtant pas couvrir tant de choses. Les trois personnages principaux sont presque toujours à l'écran, mais on ne vient jamais à vraiment les connaître profondément. Les acteurs les incarnant effectuent un travail plus que louable, faut-il cependant noter. Tobey Maguire, dans un rôle plutôt opposé à Spider-Man, retrouve sa personnalité de petit homme aux grands espoirs, et fait de Red un protagoniste qui attire facilement notre sympathie. Jeff Bridges, que l'on voit peut-être le plus des trois, fait preuve de son charisme naturel évident, prouvant, comme il l'a fait si souvent dans sa carrière (voir The Contender), qu'il lui est sans effort de jouer les hommes importants et convaincants. Mais le meilleur du trio, même s'il a bien peu de texte à dire, reste probablement Chris Cooper. Oscarisé au printemps pour son rôle comique dans Adaptation, Cooper transforme ici son image en celle d'un cowboy un peu perdu et mélancolique. On comprend toutefois mal l'utilité d'Elizabeth Banks qui, interprétant la femme de Charles, passe la quasi-totalité de son temps à suivre son mari comme un chien de compagnie en ouvrant le bec une fois aux 30 minutes.

Seabiscuit, contrairement à Pleasantville, s'avère plutôt banal visuellement. Le directeur photo John Schwartzman, qui a bâti sa carrière en signant la cinématographie des films de Michael Bay, ne donne au film aucune ambiance particulière ou d'époque. Lorsque l'on admire les images grandioses que le légendaire Conrad L. Hall avait produit en couvrant la même période de l'histoire américaine dans Road to Perdition, et en connaissant par surcroît le talent de Schwartzman, on s'explique mal le "look" souvent si flasque du film. Les décors, les costumes ainsi que la musique de Randy Newman n'ont rien de particulièrement remarquables, et ne reflètent pas le travail d'artistes s'étant longuement acharné sur la qualité d'une oeuvre. Seabiscuit a été produit par des gens talentueux, mais qui semblent, aussi bête que cela peut paraître, à ne jamais avoir été prêts à mettre les bouchées doubles. Le scénario de Ross n'ose à la base jamais vraiment quoique ce soit, et nous entraînent plutôt dans une série d'événements manquant d'une force commune pour les transporter.

Certes, le film comporte son message - qui est répété avec peu de subtilité - à voir que seulement parce qu'un être est amoché, il ne mérite pas d'être abandonné. Mais les cinéastes s'arrêtent à cette petite morale - aussi belle et vraie soit-elle - en oubliant d'ajouter un sens d'émotion authentique. Le cheval en tant que tel a bien peu pour nous faire verser des larmes; le problème réside dans le fait que le film ne semble pas muni de beaucoup d'éléments additionnels pour nous émouvoir. Seabiscuit est sérieux, respectable et, compte tenu du vide complet nous défilant devant le visage depuis trois mois, appaisant. Cela en fait une déception peut-être plus excusable. --RJ

 

Cote: B-

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