ROAD TO PERIDTION
Cast: Tom Hanks, Paul Newman, Jude Law, Tyler Hoechlin, Jennifer Jason Leigh, Daniel Craig, Stanley Tucci
Année: 2002
Studio: Dreamworks
Longueur: 122 minutes
Classé 13 ans+ - Violence

Road to Perdition (La Voie de Perdition en v.f.) possédait déjà tout le pedigree nécessaire pour être nommé meilleur film de l'année alors que le projet était encore au stade de pré-production. Devant la caméra, Tom Hanks et Paul Newman, deux des plus grands acteurs de l'histoire du cinéma, dans des rôles complexes s'apparentant à une relation père-fils. Derrière, le réalisateur Sam Mendes, récipiendaire de l'Oscar pour son premier film, American Beauty, qui adapte le scénario de David Self (Thirteen Days), et le studio Dreamworks et Steven Spielberg qui annoncent que c'est "leur film à battre pour 2002". En fait, Road to Perdition ne rencontre pas ces attentes; il les dépasse.

Le titre possède un double sens. Le mot perdition signifie enfer. Mais Perdition est également le nom de la ville où se rendent Michael Sullivan (Hanks) et son fils Michael Jr. (Tyler Hoechlin). Sullivan a servi pendant des années comme tueur à gages pour la mafia irlandaise des années '30 mais et a créé un lien particulier avec le parain, John Rooney (Paul Newman), qui l'a pris sous son aile et l'a traité comme un fils, même aux détriments de son vrai fils, Connor (Daniel Craig). Lorsque Michael Jr. est surpris à espionner son père en train de liquider un homme, Connor possède enfin un prétexte pour faire sortir toute la rage et la jalousie qu'il éprouve. La famille de Sullivan est assissinée, et ce dernier se voit dans l'obligation de fuir avec son seul fils survivant et de venger ses bien-aimés, quel que ce soit le prix à payer.

Road to Perdition explore la dynamique père/fils avec trois relations. D'abord, celle entre Sullivan et Rooney, puis celle entre Rooney et Connor, et finalement entre les deux Sullivan. Chacune, à l'image du scénario entier, s'avère fort complexe, nuancée et conflictuelle. Comme le dit Rooney dans un moment-clé: "Les fils sont envoyés sur cette Terre pour embêter leurs pères. Loi de la nature". L'intérêt émotif du récit réside dans l'évolution de ces relations, spécialement dans la principale, où Michael apprend, au cours du récit, à finalement s'ouvrir à son fils. Où le ton se veut toujours froid et distant à l'origine, avec très peu d'émotion, le tout s'ouvre au fur et à mesure que l'on approche de la fin, et les trente dernières minutes s'avèrent par moments profondément émouvantes.

Caster Tom Hanks dans le rôle d'un tueur demande du courage, et il ne déçoit pas. En employant peu de mots et même peu d'expressions, il parvient toujours à nous donner un aperçu d'où son personnage est rendu. Le rôle demande énormément de retenue - on se trouve loin de Forrest Gump - et Hanks prouve qu'il peut également jouer tout aussi bien ce nouveau genre de personnage. À ses côtés, Paul Newman livre le genre de prestation servant à couronner une carrière. Il tisse un portrait puissant d'un vieillard à la fois déchiré et menaçant presque repoussé par tout ce qu'il a fait et tout ce qui a été détruit autour de lui. Le jeune Tyler Hoechlin, faisant ses débuts à l'écran, réussit à tenir son bout devant ces véritables légendes; nul doute qu'il pourrait se voir offrir une carrière intéressante. Un autre acteur, dans un petit rôle, vole pourtant étrangement la vedette: Jude Law, incarnant un "photographe" envoyé pour assassiner Sullivan, laisse une impression indélibile. Dans un rôle complètement à l'opposé de celui de playboy qui a fait sa gloire dans The Talented Mr. Ripley, Law se fait bizarre, sinistre, et presque hypnotique.

Mais pour tous ces brillants acteurs de différentes générations se trouve une équipe technique plus qu'à la hauteur. Avec Sam Mendes en tête et Conrad L. Hall à la direction de la photographie, le film s'assure déjà d'être magnifique à regarder. Et bon sang qu'il l'est. Hall éclaire chaque scène avec une précision, un goût et une texture qui abassourdissent. Les images se font d'autant plus mémorables, et ce autant dans American Beauty que dans Road to Perdition, car Mendes possède un génie incroyable pour les agencer de façon tout simplement parfaite au son et à la musique. Ici, le superbe thème composé par Thomas Newman accroche notre coeur au même moment où il garde nos yeux rivés à l'écran. Le mixage sonore, ldont on oublie la plupart du temps l'importance, montre ici à quel point il peut jouer un rôle crucial. Une scène en particulier, sans doute la plus belle du film, et qui fera jaser tous ceux ayant vu le film longtemps après, démontre cela. Alors que Sullivan abat les hommes du corps de Rooney un par un à la pluie dehors, Mendes coupe les effets sonores. Seul un fond musical profond se fait entendre. On n'aurait pas mieux à l'opéra.

En fait, tout se fait tellement exquis et irréprochablement conçu dans Road to Perdition que la seule chose que l'on pourrait possiblement essayer de reprocher au film, avec un cynisme inmanquable, est justement que le film est "trop parfait". Cela pourrait possiblement contenir une certaine vérité si le film ne possédait pas à sa base une histoire si touchante et si profonde. Comme il se trouve là, Road to Perdition ne peut tout simplement prendre aucun reproche. On pouvait s'y attendre: c'est le meilleur film de l'année. --RJ

 

Cote: A

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