BEHIND ENEMY LINES
Cast: Owen Wilson, Gene Hackman, Gabriel Macht, Charles Malik Whitfield, Joaquim de Almeida
Année: 2001
Studio: 20th Century Fox
Longueur: 105 minutes
Classé 13 ans+ - Violence

On peut remarquer un "patron" modelant le type de films de guerre. Règle générale, les productions anti-guerre s'avèrent incontestablement les meilleures, alors que celles tentant de vanter la vie militaire ne font pas le poids. Cela s'explique par le simple fait que la guerre c'est affreux, c'est terrible. Alors, toute tentative de la rendre "cool" ou excitante d'une façon positive ne peut être considérée comme réaliste, crédible ou sérieuse. Ce que Platoon, Apocalypse Now, The Deer Hunter, Saving Private Ryan, The Thin Red Line et Black Hawk Down ont en commun, à part le fait d'être exceptionnels, est la dénonciation des atrocités de la guerre. Les vraies. Ces films figurent parmi les meilleurs du genre, en contraste avec des fiascos reconnus comme Pearl Harbor, plus rares, qui font une promotion de la nécessité du combat armé. Behind Enemy Lines (Derrières les Lignes Ennemies en v.f.) s'ajoute à cette liste peu glorieuse de flops servant de publicité pour l'Armée américaine.

Behind Enemy Lines vend son film comme un récit patriotique forcé dans lequel le bon commandant fera tout pour aller secourir son brave pilote. Explosions. Batailles. Invraisemblabilités. Stupidités. Tout y est! Le pilote de l'histoire en question se nomme Chris Burnett (Owen Wilson) et effectue, le soir même de Noël, une mission de reconnaissance en territoire bosnien. Il prend des photos incriminantes pour des "méchants" prouvant un génocide, et il le fait en s'aventurant dans une zone où il n'est pas sensé voler. Déjà là, on peut difficilement croire qu'un vétéran de 7 ans dans l'armée comme Burnett poserait un geste du genre, mais bon, on a rien vu encore. Son avion se fait descendre! Par les méchants! Son co-pilote est par la suite abbatu! Par les méchants! Les ennemis! Le grand soldat américain blond aux yeux bleus se retrouve donc seul! Derrière les lignes ennemies! Partez la fanfarre!

Et s'ensuit alors une poursuite de plus d'une heure où le héros a une chose à faire: courir. Le scénario ne lui laisse pas de place pour parler ou développer une quelconque relation humaine ou faire quoique ce soit d'autre, mais il court. Et pour courir, il court! Possiblement plus que Tom Hanks dans Forrest Gump et Franka Potente dans Run Lola Run combinés ensemble! Et les dangers ne cessent de l'incommoder. Les champs de mine, les explosions, les fusillades. Ah oui, j'avais mentionné qu'il y avait des méchants à ses trousses? Pas seulement des méchants. Des méchants méchants. Vous savez, le genre qui portent la barbe, qui fument à l'excès, qui parlent en sous-titres. On ne rit plus. Mais on ne s'inquiète pas non plus parce que Burnett, l'américain, le héros, va pouvoir vaincre tout cela avec ses jambes. Il termine le récit avec une égratignure dans le front. Il faut le faire, franchement, courir une trentaine de mètres à travers les mines antipersonnelles et les éviter toutes! Il faut jouer dans un film comme Behind Enemy Lines.

Les Die Hard sont rempli de ce genre de trucs, c'est vrai. Mais Die Hard constitue un film d'action d'été avec une touche constante de comédie et d'intensité simultanément. Behind Enemy Lines ne joue ni l'une de ses cartes. Il cherche continuellement à nous épater visuellement avec des trucs se voulant désespéremment "cools" mais ne nous faisant que décrocher davantage. Entre les mains d'un cinéaste fort talentueux, le matériel peu riche aurait peut-être pu passer comme deux heures de divertissement gratuit. Mais le réalisateur John Moore fait ses débuts ici, et ça paraît. Il utilise une tone d'extravagances visuelles - notamment la technique de la "snorry cam" inventée par Darren Aronofsky dans Pi et Requiem For A Dream - mais n'en emploie pas une seule vraiment correctement. On se sent la plupart du temps dans un jeu vidéo - un où le héros ne peut mourir.

On peut difficilement blâmer Owen Wilson d'avoir sauté sur un rôle du genre dans un film pareil. Jouant depuis quelques temps dans l'ombre de Ben Stiller (dans Meet the Parents et Zoolander, Wilson a vu l'opportunité de pouvoir enfin traîner une production hollywoodienne à bon budget sur ses épaules, et il l'a saisi. Tant mieux, dans un sens, car il parvient au moins à injecter un peu de sa joie de vivre à un personnage qui ne fait pas grand chose dans son temps à l'écran à part...hmmm...courir. On comprend par contre mal la décision de Gene Hackman d'avoir accepté un rôle aussi unidimensionnel et cliché. Son commandant Reigart est sévère, mais bon. Rigide, mais loyal. Vous voyez le genre. Et Hackman le joue d'un trait, nous faisant regretter ses performances moindrement plus nuancées.

Behind Enemy Lines contient de l'action. À peu près d'un bout à l'autre. Toute la séquence d'écrasement d'avion - à partir du moment où les missiles commencent à pourchasser l'engin dans les airs - est spectaculaire et exhaltante. Mais la finale, à elle seule, vient contrebalancer tous les efforts, avec une fusillade entre Américains et Bosniens des plus grotesques. Deux films à la fin de 2001 ont relaté d'une mission de l'armée américaine mal tournée dans une région ennemie, soit celui-ci et Black Hawk Down de Ridley Scott. L'un vante vulgairement la bravoure des américains forts aux cheveux blonds et aux yeux bleus, l'autre démontre le courage et le héroïsme de vrais américains s'étant battu avec l'énergie du désespoir dans la souffrance et l'atrocité. Le premier cherche par tous les moyens à rendre le peuple américain fier, et pourtant, c'est le second que tous vont retenir avec fierté. --RJ

 

Cote: C

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