BLACK HAWK DOWN
Cast: Josh Hartnett, Eric Bana, Ewan McGregor, Tom Sizemore, Sam Shepard, William Fichtner, Jason Isaacs, Ewen Bremmer
Année: 2001
Studio: Columbia
Longueur: 143 minutes
Classé 13 ans+ - Violence

Je n'ai jamais vu quelqu'un mourir; je ne me suis jamais servi d'une arme à feu; je ne me suis même jamais approché d'un terrain de bataille. Je possède cependant un point en commun avec plusieurs des rangers américains qui ont fait partie de cette catastrophique mission de secours en Somalie en 1993 dont relate Black Hawk Down (La Chute du Faucon Noir en v.f.): je n'ai pas encore 20 ans.

Et ce n'est qu'une tragédie mineure englobée dans cette situtation inhumaine. Le film commence d'ailleurs en nous mettant dans cette situation, grâce à un texte à l'écran, nous expliquant les conditions et les paramètres: l'armée du sadique général Mohamed Farrah Aidid tient le peuple somalien en état de famine, à un point tel qu'environ 300 000 civils meurent de faim. Devant ce scandale, l'armée arméricaine envoye ses meilleurs hommes - Rangers et Delta - dans le but de capturer deux des lieutenants d'Aidid et de tenter de stabiliser la région. L'opération n'en est à l'apparence qu'une de routine (elle doit prendre moins d'une heure), mais elle a tôt fait de tourner au vinaigre: deux hélicoptères Black Hawk sont abatus (d'où le titre, il va sans dire). Et les quelques dizaines de soldats américains se trouvent maintenant entourés par des milliers de miliciens somaliens.

Les troupes sont menées par deux sergeants: Matt Eversmann (Josh Hartnett) et Danny McKnight (Tom Sizemore), et elles sont composées d'hommes ayant fait preuve d'un courage et d'une bravoure extraordinaire. Quiconque prenant un plaisir facile à cracher sur nos voisins du sud verront vite leur bec cloué par Black Hawk Down; ces hommes sont des héros. Des vrais. Et le peuple américain entier peut en être profondément fier. Et on ne parle pas de patriotisme forcé comme dans Pearl Harbor. Bien que cette dernière production ait aussi mis en vedette Hartnett et ait été produite par Jerry Bruckheimer, il se trouve à une mer de différence entre elles.

Les nombreuses critiques ayant louangé Black Hawk Down ont dit du film qu'il donnait l'impression réussie de voir un documentaire sur les événements. C'est faux. Black Hawk Down s'avère infiniment mieux qu'un documentaire, car en plus de nous présenter le tout de façon incroyablement réaliste, le film nous donne littéralement l'impression de nous trouver sur place, au milieu des explosions, de façon saisissante, chose que la télévision peut difficilement accomplir à un tel niveau. Après être sorti de la salle, on peut pratiquement dire que l'on ait allé à la guerre.

Tôt ou tard, on s'attend à la comparaison inévitable, comme c'est le cas pour chaque film de guerre paru depuis 1998: est-ce que c'est aussi bon que Saving Private Ryan?. La réponse, je le crois bien, est oui, du moins à quelques virgules près. Les deux films ont leurs différences, évidemment, mais possèdent au moins un élément fort les unissant et les élevant à un status de qualité supérieure: leurs réalisateurs. Si Steven Spielberg est passé à l'histoire pour sa version aussi terrifiante qu'authentique du débarquement de Normandie dans Ryan, Ridley Scott apporte à Black Hawk Down sa vision simplement magistrale.

Je ne prendrai en exemple que cette séquence infiniment puissante et magique, vers la fin, où l'on voit les soldats américains courir au ralenti à travers des nuages de fumée, épuisés, guidés par de petits enfants noirs, gambadant avec le sourire aux lèvres. Seuls les plus grands cinéastes sont capables de nous offrir de tels moments, et Scott fait en sorte que Black Hawk Down en regorge. Avec l'aide de son directeur photo génial Slavomir Idziak (qui était responsables des superbes images de Proof of Life l'an dernier), il nous laisse bouche bée grâce à une cinématographie rien de moins que hahurissante. Les deux artistes, en plus d'utiliser une riche palette de couleurs à l'écran, filment les scènes d'action (qui totalisent plus d'une heure et demie) avec un tel tact et un tel style unique que, comme je le disais auparavant, on s'y croit présent. Je vois près de 150 films par année, et les séquences où je suis resté complètement stupéfait devant Black Hawk Down ne se comptent pas sur les doigts de la main.

Mais ce n'est pas tout. Scott dirige sa brillante distribution de façon irréprochable - à preuve, vous ne verrez probablement pas souvent une performance vraiment solide de la part de Hartnett; en voilà une. Scott, Bruckheimer et l'équipe de casting ont également eu l'idée remarquable de donner les rôles à des figures connues, mais pas encores rendues à un status de supervedettes. Pas de Tom Hanks, de Matt Damon ou de Sean Penn comme dans les autres films de guerre récents, mais plutôt une bande de jeunes loups talentueux frappant à la porte de Hollywood et méritant une réponse. Parmi les plus connus, notons Ewan McGregor, qui conclut avec son travail ici une superbe année 2001 (après le succès de Moulin Rouge cet été) et le nouveau venu Eric Bana, qui sort dans le film quelques unes des réflexions les plus puissantes sur la guerre dans l'histoire des films de ce genre (par exemple: "Once that first bullet goes past your head, politics go right out the window"/"Une fois que cette première balle t'a sifflé par-dessus la tête, la politique prend vite le chemin de la porte").

Ultimement, Black Hawk Down n'a pas comme mission de vanter les États-Unis, ni même de nous donner un profil poussé de ses personnages. C'est plutôt une vision horrible, percutante et indéniablement puissante qui nous montre les faits carrément, qu'on les aime ou non. Et les faits, dans ce cas, c'est que tous ces soldats méritent d'être considérés comme des exemples jusqu'à la fin de leurs jours, et, surtout, que Black Hawk Down constitue l'un des meilleurs films de l'année. --RJ

 

Cote: A

Retour

 

Hosted by www.Geocities.ws

1