MOULIN ROUGE
Cast: Ewan McGregor, Nicole Kidman, John Leguizamo, Jim Broadbent, Richard Roxburgh
Année: 2001
Studio: 20th Century Fox
Longueur: 126 minutes
Classé Général

De vrais artistes comme Björk se sont avérés capables de faire renaître l'esprit de la comédie musicale, mort selon plusieurs depuis bon nombre d'années, avec des projets spéciaux comme Dancer in the Dark. Le réalisateur Buz Luhrmann, qui a signé en '96 l'un des nombreux remakes de Romeo & Juliette, se croit un artiste. Dans son nouveau film, Moulin Rouge (même titre en v.f.), il utilise toutes sortes de techniques visuelles extravagantes et spectaculaires afin de donner vie à son récit banal. Luhrman apparaît clairement prétentieux et trop sûr de lui (il s'auto-proclame "cinéaste-visionnaire"), et dans Moulin Rouge, il nous bourre les yeux de tape-à-l'oeils visuellement impressionnants afin de tapisser une profondeur souvent absente.

L'endroit titulaire du film de Luhrman existe véritablement, mais il a été grandement modifié afin de servir à l'histoire et au développement du réalisateur. Il sert de lieu de rencontre mutuelle pour Christian (McGregor), un jeune écrivain travaillant avec des Bohémiens détestés et Satine, la vedette du Moulin Rouge, une sorte de club pour la haute-classe à Paris en 1900. Bien qu'ils tombent rapidement amoureux follement l'un de l'autre, leur liaison possède une destinée peu heureuse - en plus de souffrir d'une grave maladie, Satine est promise au Duc de Monroth (Richard Roxburgh), et rien ne semble pouvoir empêcher leur destin. Christian et Satine ont en commun une passion, le théâtre, et construisent une pièce autour de leur histoire.

J'ai bien apprécié l'expérience que s'avère Moulin Rouge. Nos sens sont constamment solicités, et le spectacle audio-visuel, spécialement durant les (nombreux) numéros musicaux, revêt quelque chose d'unique et de parfois grandiose. Le côté technique, en général, impressionne également, surtout la somptueuse direction artistique et la cinématographique léchée. Même si Lurhman flanche à l'occasion (il arrive que le montage rapide fasse défaut, par exemple), il se fait facilement pardonner en nous en mettant plein la vue. Non seulement a-t-on souvent droit à d'énormes chorégraphies élaborées avec génie et goût, mais Moulin Rouge contribue grandement à faire aimer un genre presque mort, la comédie musicale.

Les deux vedettes se font remarquer davantage par leur voix et leurs talents musicaux jusque-là cachés hallucinants. Ils ont interprété absolument toutes les chansons que leurs personnages chantent, et j'en suis resté bouche-bée plus d'une fois. Côté jeu d'acteur, McGregor domine. En fait, il est le seul artiste de la production entière parvenant à réussir vraiment au plan émotif. C'est d'ailleurs là ou réside la grosse, grosse faille de Moulin Rouge. Pour tout ce que le film a à offrir d'artificiel, on se retrouve presque devant le néan par rapport à l'émotion humaine, à la pûreté. Kidman démontre tout son "glamour" et son charme, et elle nous séduit avec bien peu d'effort. Mais elle nous semble trop distante, surtout comparativement à une autre héroïne d'un conte plus original et plus inspiré sur lequel Moulin Rouge a copié: Gwyneth Paltrow dans Shakespeare In Love. Je reviendrai d'ailleurs sur cet aspect faible de la production de Lurhman. Le cast de soutien de Moulin Rouge déçoit amèrement - seul le britannique Jim Broadbent réussit à tirer son épingle du jeu dans le rôle du propriétaire de la place. Richard Roxburgh, incarnant le duc, a davantage l'air d'un crétin maladroit et stupide que l'on ne redoute pas le moins du monde que le "méchant" riche et froid qu'il aurait dû s'avérer. Et John Leguizamo constitue pour moi le pire cas d'"over-acting" dans un bon film des derniers mois, pour ne pas dire des dernières années. Jouant le nain Toulouse-Lautrec, il en met toujours trop, à un point d'en devenir grandement irritant, et lorsqu'il se veut touchant en adoptant un style plus sérieux en deuxième moitié de parcours, il fait pratiquement pitié. Leguizamo aurait dû regarder avec attention la performance électrisante et hilarante de Robert Downey Jr. dans Natural Born Killers avant de tenter sa chance à l'"over-acting".

Tout cela contribue à la deuxième faille prédominante du film, l'émotion. Puisque certains personnages ne remplissent pas leur mission, il devient fort difficile soit de croire à ce qui se déroule, ou soit, comme c'était parfois mon cas, de m'en soucier profondément. McGregor est venu me chercher, surtout vers la fin, mais à part cela, j'étais émotivement de glace, surtout après avoir adoré un vrai chef-d'oeuvre comme Shakespeare In Love, où tout sonnait vrai. Moulin Rouge, en regardant avec attention sa structure, provient directement du même moule que cet autre film: un amour interdit unissant un pauvre écrivain à une riche femme de désir promise à un puissant homme d'affaires, qui se termine par la rupture inévitablement et qui entraîne l'auteur à s'enfermer et à écrire. Bien sûr, la personne ne voulant qu'un bon divertissement garni de bonne musique sera servi à souhait par Moulin Rouge. Pour celui ou celle s'y connaissant davantage, par contre, et sachant voir au-delà du tap-à-l'oeil, l'oeuvre de Baz Luhrman constitue plutôt un spectacle sensoriel de la trempe de Disney sans l'émotion de ce dernier produit. --RJ

Cote: B


**Cela était ma critique initiale, en juin 2001, après avoir vu Moulin Rouge pour la première fois, en salles. Je me rappelle très bien de mon point de vue à ce moment, et je suis demeuré avec la même opinion pour des mois et des mois, en me disant que le film ne durerait pas, que ce n'était qu'une question de temps avant que le reste des critiques l'exposent pour ce qu'il était: un riche vidéoclip énervant sans émotion. Sauf que malgré tout, ça ne me lâchait pas à l'intérieur. Et venu décembre, alors que les divers prix et nominations annuelles sont parues, Moulin Rouge revenait extrêmement souvent. Trop souvent à mon goût. Le film a remporté 3 Golden Globes en janvier - dont meilleur film (pour une comédie ou comédie musicale) et meilleure actrice (Kidman) - et a décroché 8 nominations aux Oscars. Ça en était trop. Il fallait que je découvre ce que j'avais bien pu manquer la première fois.

Alors j'ai accordé au film une seconde chance, et je l'ai revu sur DVD la semaine dernière, soit début février. Et, si vous aviez toujours rêvé m'entendre dire ça à propos d'une de mes critiques, eh bien voici: j'avais tort. Un peu. Je continue (et continuerai probablement toujours) à dire que le réalisateur Baz Luhrman en met un peu trop en début de parcours. Le cast de soutien, Richard Roxburgh en tête (jouant le Duc) n'y va pas toujours trop dans la subtilité et la nuance non plus. Et jamais la tuberculose a-t-elle eu l'air aussi banale que dans ce scénario plutôt superficiel et peu original. Mais j'admets avoir été dur à l'endroit de John Leguizamo (la traduction française que j'avais d'abord était affreuse). Et extrêmement dur à l'endroit de Nicole Kidman. Même si je soutiens encore que sa meilleure performance était dans
The Others, celle-ci est néanmoins remarquable. Et celle de sa co-vedette McGregor également. Mais, plus que tout, l'élément le plus important que j'ai appris à découvrir et à apprécier aux deuxièmes et troisièmes visionnements est le coeur du film. Oui, Moulin Rouge a du coeur. Beaucoup. C'est beau et émouvant. Et l'aspect visuel renversant ne change pas, il ne semble que s'accentuer avec le temps, tout comme la qualité des chansons et des chorégraphies.

Donc, en bref, je dis ceci: désolé aux nombreux partisans de
Moulin Rouge, j'ai été dur avec votre film. Sans constituer un chef-d'oeuvre, c'est une production audacieuse, courageuse, et ultimement profondément satisfaisante. Pour ce qui est des (possiblement aussi nombreux) détracteurs du film, laissez-lui une chance vous aussi. Il mérite mieux que le traitement que je lui ai initialement accordé. N'est-ce pas cela l'amour du cinéma? --RJ

 

Cote: B+

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