|
YVES MICHAUD |
![]() |
De tout ce qui s'est écrit sur les propos de M. Michaud depuis la mi-décembre 2000, je reviens, ici, sur un jugement de Lysiane Gagnon dans son article du 16 décembre, "L'affaire Michaud": "Dans le recueil de textes qu'il publiait lundi dernier chez vlb éditeur, quatre articles, sur les quinze que compte le chapitre politique, prennent les juifs comme cible sous un angle ou sous un autre; comme par hasard, ce sont les textes les plus sarcastiques du recueil." Cette affirmation allant dans le sens des accusations d'antisémitisme portées contre M. Michaud, j'ai voulu en vérifier l'exactitude en allant lire attentivement ce chapitre de "Paroles d'un homme libre". De quels quatre articles s'agit-il?
1) Le troisième, "La république de Côte St-Luc!". Au dernier paragraphe de ce texte, il est en effet question de "la minorité juive, majoritaire dans Côte St-Luc", mais pour en dire quoi, exactement? Que suite à la proposition du Conseil de cette ville de tenir un référendum partitionniste en cas de victoire du "Oui", le journal Suburban a soutenu cette idée de partition et a, entre autres choses, demandé à la minorité juive de Côte-St-Luc de s'impliquer comme telle dans le débat, ce qui, écrit Michaud, est "une incitation au racisme ethnique et religieux. Les citoyens de cette municipalité ont tous les droits de participer au débat à ce titre, mais non en fonction de leurs affinités ethniques ou religieuses." Le sujet de ce texte n'est donc pas la communauté juive elle-même, mais l'idée même de partition et, plus précisément, l'attitude du journal Suburban. Force ne nous est-il donc pas de conclure que ce texte ne prend aucunement les juifs pour cible, mais bien ce journal, et que M. Michaud n'y défend pas du tout l'ethnicité mais la condamne, justement?
2 et 3) Il s'agit certainement des textes 4 et 5, "La chasse aux sorcières" et "Le vote ethnique", deux textes, d'ailleurs, publiés sur le site internet de La Presse ("Ce que Michaud a vraiment dit"), le premier intégralement et le second, presque mais malheureusement amputé de ses trois dernières phrases, pourtant extrêmement importantes pour déterminer les vraies intentions de M. Michaud.
De quelle "chasse aux sorcières" s'agit-il, et par qui est-elle faite? Ce texte aborde un fait qui a beaucoup touché et choqué M. Michaud, à savoir l'histoire de rebaptiser la station Lionel-Groulx. La "sorcière" chassée, ici, est donc le chanoine lui-même, et cette "chasse" a été faite par "les inquisiteurs d'un groupe d'extrême-droite au service du B'Brith, organisme relié au Congrès juif du Canada", écrit M. Michaud. On sait évidemment les noms juifs que M. Michaud a suggérés ironiquement en remplacement: Mordecai Richler, Ariel Sharon et Howard Galganov. (Notez, au passage, que Foglia, dans sa chronique du 16 décembre, "Faut arrêter de freaker", se montre tout aussi ironique et mordant, voire sarcastique, en suggérant d'autres noms juifs pour la station de métro incriminée: Henry-Morgentaler, Léa-Roback, Léonard-Cohen... Or, à ce que je sache, personne ne s'est levé d'un seul bloc pour condamner M. Foglia qui, lui, s'en prend farouchement à "des juifs comme Mordecai Richler qui sont de toute façon persuadés que le nationalisme est une morbidité (sauf le nationalisme canadien, bien sûr), et surtout persuadés que le nationalisme québécois se nourrit d'antisémitisme." M. Michaud, avouons-le, n'est jamais allé aussi loin, loin de là!
Donc, pour revenir au texte "La chasse aux sorcières", son sujet est essentiellement le chanoine Groulx accusé d'antisémitisme par le B'Nai Brith et que M. Michaud veut "réhabiliter", en quelque sorte, en mettant en évidence des paroles tout à fait positives qu'il a écrites sur le peuple juif. Remarquons que M. Michaud ne s'en prend toujours pas, ici, à la communauté juive, mais à ce qu'il appelle "un groupe d'extrême-droite au service du B'Brith". Alors, accuser M. Michaud de propos malveillants à l'égard de la communauté juive, comme l'a prétendu l'Assemblée Nationale et bien d'autres après elle, n'est-ce pas comme si quelqu'un dénonçait simplement des felquistes - ou André Arthur! - et qu'on pensait qu'il dénonçait tout le peuple québécois, en particulier les Québécois dits "de souche"? Il y aurait là, il y a là de l'abus pur et simple.
Pour en finir avec ce texte sur "La chasse aux sorcières", relevons que M. Michaud précise, à l'avant-dernier paragraphe, que le B'Brith n'est "heureusement pas représentatif de la totalité de nos concitoyens de religion juive". C'est donc dire que ce N'EST PAS à cette communauté qu'il s'en prend, mais bien à un groupe précis qu'il juge extrémiste et porteur de "relents de haine, de ferments d'intolérance, de graines de discorde et de division contre le peuple québécois". Alors, au lieu d'avoir cloué au pilori de l'antisémitisme M. Michaud, et ce, sans autre forme de procès, sans examen de ce qu'il a vraiment dit ni de qui, exactement, il le disait, il aurait fallu créer un débat autour de ce groupe et autour de personnalités comme Mordecai Richler, qui ne se gênent pas pour nous salir et nous enfoncer dans la boue.
Passons maintenant au cinquième texte, "Le vote ethnique". Pourquoi M. Michaud l'a-t-il écrit et dans quelle intention? Et pourquoi y être revenu aux Etats généraux sur la langue française? Tout simplement, dans ce dernier cas, pour relever la faible capacité du Québec d'intégrer les immigrants à la culture franco-québécoise; il y aurait donc, a-t-il dit, des efforts à faire de ce côté et nous savons que selon lui, c'est par un renforcement de la loi 101 que nous y arriverions. Quant à son texte, M. Michaud voulait montrer qu'on pouvait bel et bien parler d'un vote ethnique dans des circonscriptions comme Côte St-Luc, Hampstead, Montréal-Ouest et Dollard-des-Ormeaux. (Il faut tout de même savoir appeler un chat un chat!) Selon lui, l'absence totale de votes en faveur du oui ne lui semble pas démocratique lorsqu'il y a débat, et voici l'important bout qui n'a pas été reproduit par La Presse: "Le constater, le dire, voire le regretter, n'est pas une infamie, quoi qu'en pensent et quoi qu'en disent les zélotes du discours "politiquement correct". Une telle unanimité ne me paraît pas saine et n'est guère susceptible de favoriser une meilleure entente entre des citoyens qui devront bien apprendre à vivre ensemble avec leurs divergences et leurs confrontations, mais sans haine et sans rejet de l'autre. " Sont-ce là paroles d'un homme qui promeut l'exclusion??
Et pour en finir aussi avec ce texte sur "Le vote ethnique", relevons qu'il s'agit désormais d'un sujet devenu tabou, nous le savons. Pourtant, bien des commentateurs journalistes ont relevé que ce "vote ethnique" était UN FAIT INDÉNIABLE. Avoir accusé M. Michaud de ne pas l'avoir que constaté mais aussi BLÂMÉ, c'est un autre abus et une autre injustice qu'il faudrait corriger au plus vite: il a bien écrit les verbes constater et regretter.
4) Il s'agit du 8e texte de ce chapitre, "Pour un tribunal Louis Riel". M. Michaud trouve honteux que Jean-Louis Roux ne se soit pas contenté de s'excuser publiquement sur les ondes de Radio-Canada, mais qu'il l'ait fait aussi devant le Congrès juif du Canada, "qui n'est rien d'autre qu'un groupe de pression parmi d'autres", écrit-il. (Est-ce vrai ou non? Et si oui, peut-on le dire sans être blâmé publiquement?) Donc, M. Michaud (qui, soit dit en passant, est un homme épris de justice et d'équité: le "deux poids deux mesures" lui pue au nez, cela crève les yeux) relève donc que "si on veut jouer à ce jeu-là, il faudrait bien une contrepartie qui pourrait prendre, par exemple, le nom de tribunal Louis Riel, où pourraient comparaître ou venir s'excuser les descendants des responsables de toutes les offenses faites à la nation canadienne-française" dont: Louis Riel (métis du Manitoba) lui-même, la déportation des Acadiens, l'incendie de villages par Colborne... Encore là, peut-on déduire que M. Michaud s'en prend à la communauté juive, ici? Mais non! Il s'en prend au conquérant anglais et aux anglophones de l'Université McGill qui ont "imposé des quotas à l'admission des étudiants juifs dans les années 1930 et au-delà"! C'est vraiment incroyable de constater à quel point on a déformé et mal interprété ce que M. Michaud a vraiment dit...
Décidément, force nous est de conclure qu'on a accusé M. Michaud de "crimes" qu'il n'a aucunement commis, et ce, sans même prendre la peine d'examiner ses vrais propos et les vrais sujets qu'il traite. Il faut, en toute justice, faire amende honorable et reconnaître publiquement l'erreur épouvantable qui a été commise à son égard.
Notez que je n'ai, ici, abordé que les 4 textes de "Paroles d'un homme libre", qui ne sont qu'un volet des fausses accusations portées contre M. Michaud. Je pourrais faire le même travail pour les autres accusations mais, quoi qu'il en soit, qu'il vienne de moi ou de quelqu'un d'autre, il faut que ce travail se fasse et c'est URGENT! On a déjà trop attendu. La vie, l'honneur et la réputation d'un homme intègre sont en jeu.
Voici ce travail: