| |
page 3
Ti-Ben : Dans ce
cas, allons casser la croûte avant de nous remettre en route.
Frotteux : J'ai des yeux de taupe et des oreilles de ver de terre.
Je vous dis que c'est fermé ce restaurant-là.
Scram : Ben non, c'est pas fermé, imbécile. Regarde, il y a plein de
monde qui font la file pour entrer en dedans.
Frotteux : De toute façon, je commence à en avoir assez de cette
expédition. J’ai envie de rentrer chez moi. Dans mon trou de
marmotte chaud et puant.
Scram : Voyons ! Qu’est-ce qui se passe avec toi, Frotteux. C’est
super le fun ce qui nous arrives. T’aimes pas ça cette expédition ?
On est là au beau milieu de la nuit en contrée étrangère sans savoir
ce que l’avenir nous réserve. C’est excitant, non ?
Frotteux : J’ai reçu une couple de films de cul qui ont l’air pas
mal plus excitants que ça dans ma boîte aux lettres, ce matin.
Crois-moi, j'aimerais ben mieux être chez nous à écouter Anal
Perversion numéro douze, en mangeant de la crème glacée aux pinottes,
plutôt qu'être dans ce merdier avec toi, pis le drap vide, avec un
bras paralysé pis une envie de chier monstrueuse.
Scram : Bon, t’as envie de chier asteure ?
Frotteux : C’est le beurre du pop-corn que j’ai mangé pendant le
film. Il vient de me virer dans l’estomac.
Scram : C'est pas toi qui me disait que tu voulais voir du pays,
l'autre jour.
Frotteux : J'ai dit voir du P.I. - du Playboy Images.
Scram : Oui, mais tu disais pas aussi que tu rêvais d'aventures à
corps perdu ?
Frotteux : D'aventures sexuelles à queue perdue, c'est ça que j'ai
dit.
Scram : Oui, mais tu… Ah, laisse donc faire.
Ti-Ben : Voulez-vous bien cesser de jacasser comme deux poussins et
entrer dans ce maudit restaurant.
Frotteux : Heille, c'est pas toi le leader de cette expédition.
Scram : Non, c'est moi.
Frotteux : Non!!! C'est MOI!!!
[Au bout de plusieurs minutes d’engueulades et de rouspettages,
Scram et le Nazgul finirent par faire entendre raison à Frotteux à
l’aide d’arguments convaincants. Tous les trois se rendirent donc à
l’entrée du Da Giovomi.]
Frotteux : Siboire les gars, vous n’étiez pas obligé de frapper sur
mon bras bleu à grands coups de bâtons de baseball pour me
convaincre !
Scram : C'est drôle, yé full de sang asteure.
Ti-Ben : Avancez plus vite messieurs. Nous allons passer au devant
de la file, le portier qui est d’office ce soir m’en doit une.
Scram : Comment ça ?
Ti-Ben : Je l'ai aidé à tuer sa femme l'an passé. Le pauvre diable
n’en pouvait plus de se masturber tous les soirs en raison des
fausses migraines à répétition de son épouse.
Scram : Mais comment le fait de tuer sa femme allait résoudre ses
problèmes ?
Ti-Ben : Ma foi, je n’en sais rien. Je ne me pose pas ce genre de
questions habituellement.
Scram : Moi non plus, tant qu’à ça. Je sais pas trop ce qui me
prend. Je suis pas dans mon état normal, ce soir.
[Les trois
comparses arrivèrent devant la file du Da Giovomi. Ils passèrent
devant tout le monde en recevant au passage une pluie d'injures et
de postillons de colère.]
Client 1 : Heille le bras bleu, fait la file comme tout le monde !
Client 2 : Ouin, toé itou avec le drap sale !
Client 3 : Ouin, ça fait des heures que j’attends pour manger ma
portion de pâté mal cuit avec une tite sauce rose suspecte sur le
dessus.
[Le groupe resta sourd aux protestations des autres clients et se
faufila au début de la file, là où ils furent arrêtés par le portier
qui se nommait Henri.]
Henri : Stop ! Heille les fin-finauds, où c'est que vous pensez
aller comme ça ?
Ti-Ben : Salut Henri, on ne se souvient plus de ses vieux amis
maintenant ? On a la mémoire courte ?
Henri : Tabarnak ! Benoît ? C'est ben toé !? Euh. Allez-y ! Passez
messieurs ! Je vous en prie. Euh ! *chuchotements* J'espère que tu
fais tout pour que je me fasse pas prendre au moins.
Ti-Ben : Inquiète toi pas mon Henri, je veille sur toi comme une
maman hamster sur ses petits qu’elle s’apprête à dévorer.
[Henri les laissa passer au grand dam des clients dans la file.]
Client 1 : Heille c'est quoi cette affaire là ? Y en a qui ont des
traitements de faveurs !
client 2: Ouin ! Mon pâté frette va être frette si je le mange pas
tout de suite !
Scram: Merci Henri, en passant tu l'as tué avec quoi ta femme ?
[Un policier en civil qui attendait son tour dans la file surprit
la conversation.]
Policier : Henri, tiens, tiens. Ça me rappelle quelque chose. Henri
Dubé, ben oui ! On n’a jamais trouvé le coupable pour le meurtre de
votre femme. Je pense que je vais t'embarquer pour un petit
interrogatoire.
[Le policier arrêta Henri qui, la bouche pleine d'écume de mer,
lança un regard meurtrier à Scram. Celui-ci s'enfuit en courant. Le
portier n'étant plus là pour faire respecter la file, l'anarchie
s'empara des clients qui étaient écoeurés d'attendre comme des
vaches à l'abattoir. Tous et chacun se précipitèrent sur les tables
vides pour s'empresser de commander. Ceux qui ne trouvèrent pas de
place violèrent les serveuses, tandis que les autres pissèrent ou
vomirent sur le comptoir à dessert. C'est dans cette anarchie totale
que nos compagnons prirent place à la table du fond en peinant pour
ne pas glisser sur le plancher sale et boueux du restaurant.]
Frotteux : Calisse. Maintenant, non seulement je ne sens plus mon
bras, mais là ça monte jusque dans l'épaule.
Scram : Arrête donc de te plaindre pour rien, maudite moumoune. Tu
l'as dit toi même, j'ai tellement envie que quelque chose de gros
m'arrive pour une fois !
Frotteux : T'as rien compris, j'ai dit que j'ai tellement envie, que
j'ai quelque chose de gros de pris dans le cul et que j'ai hâte que
ça arrive une fois pour toute.
Ti-Ben : Il fait plus noir que dans les sombres mines de la Morvia
dans ce restaurant.
<- page précédente |
menu |
page suivante ->
|
|