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V. La preuve médicale


Les experts ont été nombreux. En demande, le docteur Delev a fait entendre le docteur Josif M. Divic, psychiatre du St.Michael's Hospital de Toronto et le docteur Sebastien Littmann, directeur clinique de l'Institut psychiatrique Clark de Toronto. En contre preuve, il a appelé le docteur Peter Roper, un psychiatre attaché au Douglas Hospital de Verdun.

Les défendeurs ont fait entendre le docteurs Harry Grantham, Maurice Coulombe et André Villeneuve, tous psychiatres à Québec.

A). Docteur Josif M. Divic

Le docteur Divic a rencontré le demandeur, qui était troublé par son expérience de Québec et de Montréal, pour consultation en Juillet 1972 et il l'a vu par la suite de 12 à 15 reprises durant une période de 4 à 5 mois. Après l'entrevue clinique, le docteur Divic concluait qu'il n'était pas en mesure de poser un diagnostic psychiatrique définitif quoiqu'il était peut-être apparent que le patient avait des difficultés interpersonnelles, ce qui le fit s'interroger à propos de l'affaire car la jalousie du docteur Delev pouvait ou non être justifiée. Pour avoir plus de renseignements, il écrivait aux hôpitaux St-Michel Archange et St-Jean de Dieu demandant les dossiers du demandeur. L'hôpital St-Michel Archange lui faisait tenir copie de la note de départ, de certains rapports d'analyse et du rapport rsychosocial préparé par le travailleur social Yvon Gervais. L'hôpital St-Jean de Dieu lui envoyait copie du résumé de dossier et de la recommandation de congé. Le docteur Divic ne parle pas le français et obtenait qu'un ami psychologue traduise ces document en langue anglaise. Les documents remis au docteur Divic et leur traduction ont été produits sous les cotes P-5 et P-6.

Sur la base de ces traductions, l'expert a préparé un rapport d'expertise qui a été produit sous la cote P-7.

En premier lieu, l'expert note que, d'une part, le sommaire donne comme raison d'admission que le patient était «delirious, paranoid and attempted to kill his wife with an axe» et que, d'autre part, l'examen mental indique qu'il était bien orienté dans le temps, le lieu et l'espace. Il affirme alors: «It is impossible and contradictory to call anyone correctly oriented 'delirious'».

Il note aussi que le rédacteur du sommaire écrit que si le patient présente un délire c'est que le délire est extrêmement bien organisé et ce serait au sujet d'un délire de jalousie alors que d'autre part il écrit que l'affect du patient «remained appropriate». Ceci, pour l'expert, est incompatible avec n'importe quel type de trouble schizophrénique, particulièrement parc qu'il n'y avait pas de preuve de délire ou d'hallucinations ni de troubles de la pensée caractéristiques d'une maladie schizophrénique.

Dans les notes évolutives de St-Michel Archange, il ne retrouve pas de mention d'une psychopathologie bien définie sauf que le patient dépensait toutes ses énergies à prouver qu'il n'était pas celui qui était malade et qu'il a fait de nombreux appels téléphonique pour s'en sortir. Il notait aussi que ce patient avait reçu son transfert avec un diagnostic d'état paranoïde.

Après avoir souligné les différences de symptomatologie entre les «États délirants» selon le numéro 297 du Manuel de classification et les «Troubles la personnalité» selon numéro 301.0 il affirme que la seule existence de la méfiance chez un individu, qui lui semble être la seule pathologie mentionnée dans les notes d'évolution, ne permet pas le diagnostic parc qu'elle peut être justifier chez certains.

De plus, ayant noté les documents en sa possession indiquent que l'affect du docteur Delev a toujours été jugé 'appropriate', que la totalité de énergies a été dévouée à obtenir son congé et que son raisonnement n'avait jamais été faussé qu'à l'égard de sa femme le trompait, sans que l'on jamais des hallucinations, l'expert exprime l'opinion que le diagnostic de personnalité paranoïaque n'est pas non plus fondé. Ceci parc que le docteur Delev n'a pas manifestée d'envie, d'hypertrophie du moi, de tendance à blâmer les autres, sauf sa femme, même si des médecins émigrants très normaux ont tendance à blâmer les corps médicaux en ce qui a trait à certaines restrictions qui leur sont imposées dans la pratique de leur profession. Le fait que le docteur Delev soit décrit comme un bon père, même de sa femme, indique à l'expert que la capacité du patient d'établir des relations interpersonnelles n'était touchée.

Mentionnant que si la méfiance est justifiée le diagnostic ne peut être posé, il souligne que les documents n'indiquent pas qu'on ait jamais demandé à madame si elle trompait ou non son mari, mais qu'on semble avoir toujours pris pour acquis qu'elle avait toujours été une honnête épouse.

Notant au résumé de dossier de St-Jean De Dieu qu'il y avait été transféré avec le diagnostic «schizo-paranoide, danger d'homicide» alors que le diagnostic à la sortie était «dépression situationnelle», il mentionne que ce résumé ne contient pas notes relatives à examen mental. D'autre part, le résumé mentionne que le docteur Delev a quitté St-Jean de Dieu souriant, de bonne humeur et aucunement déprimé.

Se référant à la «feuille sommaire» du dossier de St-Jean de Dieu, il note que le diagnostic est maintenant 'psychotic depression, situational'. D'après le Manuel (numéro 298.0), la psychose dépressive a comme caractéristique, qui la différence de la névrose dépressive, d'une atteinte de l'appréciation de la réalité et des fonctions de la personnalité. Or, la documentation qui lui a été fournie ne mentionne jamais de quelles atteintes ce qui rend le diagnostic d'une psychose impossible.

Le docteur Divic questionne aussi la mention à ce sommaire de «Personnalité paranoïde schizo-paranoide». Les schizophrénies sont caractérisées par des perturbations de la pensée, de l'affectivité et du comportement. Or, rien dans les documents qu'il a reçus ni dans son examen mental du docteur Delev ne lui a permis de découvrir des perturbations de la pensée caractéristiques de la schizophrénie. Il croit donc que le docteur Delev, à qui il a suggéré le recours au tribunaux, a été interné simplement sur du ouï-dire parc que, dit-t-il plus tard, le patient n'a jamais admis avoir voulu tuer sa femme. A moins d'avoir une admission du patient, on n'interne pas. Il faut aller à la police.

Il mentionne qu'il a aussi noté le numéro de code 300 apposé au diagnostic de dépression psychotique, situationnelle qui apparaìt sur la «feuille sommaire» de St-Jean de Dieu. Ce code rapporte à la névrose d'angoisse qui est une condition pour laquelle on n'hospitalisera sous aucune circonstance un malade contre son gré.

L'expert a présenté le cas à une réunion des membres de son service appelée «Grand Rounds». L'avis de tous a été qu'il n'y avait aucun justification pour interner pendant six mois ce patient qui peut avoir certaines difficultés de caractère, avec qui il peut être difficile de s'entendre mais qui, certainement selon la documentation disponible et selon éléments psychotique indiquant qu'il était dangereux pour lui-même, pour les autres ou pour la propriété, ce qui est le critère pour internement médical au Canada.

Le docteur Divic a aussi obtenu copie traduite de l'examen au préalable du docteur Juretic et a fait ses commentaires par écrit). A une réponse où le docteur Juretic aurait parlé de réaction dépressive situationnelle, il demande comment un interné involontaire sans cause, incapable de s'en sortir, aurait réagi. Une réaction dépressive lui apparaìt des plus normales.

Hors son rapport, cet expert a affirmé qu'il ne permettait pas à une infirmière de faire la cueillette des données et qu'en psychiatrie la communication verbale étant de prime importance, il est nécessaire de faire le plus grands efforts pour que l'entrevue du patient étranger pour un psychiatre soit conduite dans la langue du patient.

Lors des contre-interrogatoires, le docteur Divic reconnu que son propre examen mental ne lui permettait pas de conclure que le demandeur n'était pas aussi atteint que les médecins québécois et montréalais l'avaient diagnostiqué. Ses conclusions ne sont pas fondées tant sur son propre examen mental que sur la documentation reçue qu'il n'a pas jugée nécessaire de faire compléter même s'il réalisait bien qu'on ne lui avait pas fait tenir les dossiers complets. Il avait le droit de s'attendre que les résumés inclueraient toutes les informations cliniques pertinentes.

Il a aussi reconnu qu'il s'était fondé sur les traductions faites par un collègue des seuls documents qui lui avaient été fournis en français par les deux hôpitaux défendeurs. Il admet que la langue psychiatrique des mots 'delirous' et delusionnal' ont des significations très différentes et que si l'on lit au chapitre 'Reason for admission: le patient était 'delusionall' et non 'delirious', sa conclusion de contradiction ne peut être maintenue. Il reconnaìt aussi que si la dernière phrase du paragraphe intitulé «examen mental» avait été traduire '... the judgment and self-criticism are relative when speaking of the delusion of jealousy', il existe une possibilité que la jalousie du patient était plus délirante lors de l'hospitalisation que lors de sa rencontre avec le docteur Delev.

L'expert qui ne voit pas réellement la nécessité d'étudier le dossier complet pour donner une opinion d'expert reconnaìt qu'il n'a jamais rencontré madame Delev et qu'il n'était pas au courant des allégations relatives à la mer Adriatique ni que le demandeur avait accusé son épouse d'avoir eu des relations adultérines avec son frère durant le séjour de celui-ci à Québec.

Le docteur Divic, qui reconnaìt qu'un homme intelligent en possession de ses facultés pourra nier avoir tenter de tuer sa femme, ne demande jamais l'internement sur les dires de tiers à moins d'avoir confirmation directe, plus souvent qu'autrement à l'entrevue du patient. S'il ne peut obtenir telle confirmation, il n'y a selon lui que le recours à la justice. Seules les constatations objectives, soit l'anamnèse et jamais l'hétéroanamnèse, peuvent, selon lui, être le fondement d'une hospitalisation contre le gré du patient.

En dernier lieu, il nuance son témoignage antérieur en reconnaissant que le personnel paramédical peut faire des entrevues et aider à la cueillette des informations mais seuls les médecin peuvent prendre des décisions cliniques.

B). Docteur Sebastien Littmann

Le deuxième expert de la demande a été le docteur Sebastien Littmann. Cet expert a favorablement impressionné le tribunal par ses nuances et la clarté de sa pensée. Comme l'expert précédent, ce témoin, qui bien qu'anglophone parle un très bon français, n'a jamais eu l'occasion de prendre connaissance des dossiers complets avant de témoigner
144. A la fin de son témoignage on lui a remis copie des dossiers complets des deux hôpitaux défendeurs afin de lui permettre de se former une opinion globale et formelle. Le demandeur s'était réservé le droit de le faire réentendre. Il est malheureux qu'il ne se soit pas prévalu de ce droit.

Le docteur Littmann a été consulté par le demandeur entre octobre 1973 et mai 1974 parc qu'il parlait français et que le docteur Delev désirait son opinion. Il n'a jamais traité le demandeur; il estime que celui-ci à cette époque n'était pas malade. Il a obtenu tous ses renseignements à l'occasion de plusieurs rencontres; il a aussi pris connaissance des lettres du docteur Divic.

En premier lieu cet expert, qui reconnaìt que l'on peut se servir de personnel paramédical pour faire une cueillette des données, souligne l'importance de bonne communication verbale entre patient et psychiatre. Si le patient communique avec difficultés dans la langue que le psychiatre comprend, il faut employer les services d'un interprète.

Il reconnaìt que généralement parlant il est possible qu'on détermine un individu n'être pas malade aujourd'hui alors qu'il était deux ou trois ans auparavant suffisamment malade pour qu'on ait dû l'interner contre son gré. Cependant, selon l'histoire que lui a donnée le demandeur, il croit que c'est peu probable que ce soit le cas pour le docteur Delev. Quoiqu'il soit satisfait que le docteur Delev ait été et demeure un jaloux, son questionnaire du demandeur n'a pas démontré que cette jalousie était pathologique. A son avis, le demandeur a été hospitalisé à cause d'un dysfonctionnement chronique de son mariage malgré de multiple tentatives de le remettre sur pied et parce qu'il n'a pas pu se défendre verbalement à cause de problèmes communication verbale. Il a trouvé qu'en 1973 le demandeur parlait difficilement le français et il s'imagine qu'il en était deux ans auparavant, surtout dans une situation de crise.

Il reconnaìt que lorsqu'il rencontre des problèmes de communication, il a parfois recours afin d'obtenir plus de renseignement à une brève hospitalisation si l'on allègue des faits indiquant un danger possible. Il reconnaìt les difficultés qui ont pu survenir en l'instance, mais affirme que ce qu'il n'a compris c'est la longueur de hospitalisation. Selon lui, aujourd'hui, l'on s'attend qu'une évolution , même la plus compliquée, soit faite a l'intérieur de 5 jours, quoiqu'il reconnaisse que certaines difficultés puissent souvenir ainsi, par exemple, un week-end, nécessité de témoignages de tiers non immédiatement disponibles.

Il partage l'opinion du docteur Divic à l'effet que la seule plainte d'un conjoint qu'il y a eu menaces ou actes agressifs de l'autre est insuffisante pour imposer une hospitalisation contre volonté. Tout en prenant conscience des risques, la seule dangerosité n'est pas suffisante, il faut aussi que l'individu soit malade. Sans maladie mentale, la seule solution est l'appel à la police.

Ayant lu les renseignements qu'avait obtenus Garde Drouin, qu'il qualifie de nombreux, il dit qu'un psychiatre pouvait conclure à cette lecture que l'individu décrit avait été dangereux un mois avant le 12 novembre. Il exprime l'avis que certains psychiatres pourraient, même sans aller plus loin, considérer avoir suffisamment de faits pour recommander l'hospitalisation. C'est une question de jugement, dit-il. Quant à lui, il préfère avoir le plus de renseignements, d'informations possibles et, dans le cas de disputes conjugales, il préfère rencontrer les deux parties. Dans les cas où le conjoint accuse présente l'autre comme hystérique, c'est-à-dire quelqu'un qui a tendance à exagérer les faits, le psychiatre doit être un peu méfiant et n'accepter le rapport qu'avec réticences.

Après qu'on lui eu permis de lire les observations du docteur Dufour, telles que consignées à la formule I, il note que les mots employées sont «très très, très chargés, très importants» même s'il eut été préférable d'écrire un rapport plus long, e.g. de décrire le délire et les hallucinations. Cependant, il comprend que les contingences de la clinique puissent expliquer le laconisme. Mais en recevant un tel rapport, il considéreraient qu'il n'a pas le choix et qu'il doit examiner la personne.

Après qu'on lui ait fait lire les notes de l'examen mental tel que rapporté par le docteur Dorion à la page 9 du dossier de St-Michel Archange, le docteur Littmann exprime l'avis qu'il est peu probable qu'un individu montrant les symptômes relatés par le docteur Dufour puisse, quatre jours plus tard et sans avoir reçu de traitement, être tel que décrit par le docteur Dorion surtout que l'on ne peut absolument pas conclure de rapport de l'examen mental que l'individu en question est un paranoïaque.

Le témoin reconnaìt qu'on ne peut donner une expertise sur le seul fondement d'un sommaire mais qu'il faudrait avoir tous les renseignements et consulter tout la documentation et les médecins en charge d'un cas sont nettement mieux placés que lui, par exemple, pour juger du cas en 1971-1972.

Lors du contre-interrogatoire, le témoin affirme qu'il n'a jamais pris connaissance des dossiers hospitaliers complets P-3 et P-4, qu'il n'a jamais rencontré madame Delev ni aucune autre personne connaissant des faits pertinents, et qu'il n'a fait aucune enquête pour vérifier de quelque façon ce que lui a dit le docteur Delev. C'est en de telles circonstances qu'en 1973-1974, il arrivait à la conclusion que le docteur Delev était alors en bonne santé mentale. Selon lui, même si le docteur Delev avait eu un délire quant à la fidélité de sa femme e même celle-ci avait été fidèle, la jalousie n'aurait pas été pathologique parce qu'à son expérience dans les cas de jalousie pathologique, le patient ne nie pas les faits pouvant démontrer de la jalousie.

Même lorsqu'on lui signale qu'après l'examen mental, dont il a lu le rapport à l'audience, un diagnostic de paranoïa n'a pas été posé mais que seulement une impression d'état paranoïaque a été mentionnée, il exprime l'avis que cette impression lui semble un peu trop forte.

Finalement, il se dit d'accord avec les discussions d'ordre psychiatrique contenues aux deux lettres du docteur Divic quoiqu'il n'a jamais vu les sommaires sur lesquels se fondait leur auteur. Informé du problème de traduction, il est aussi d'accord avec la correction qu'on avait apportée l'expert précédent durant son témoignage à l'audience. Il n'aurait pas exprimé une opinion sans avoir les dossiers hospitaliers complets et si on ne lui avait envoyé qu'une documentation partielle, il aurait requis les dossiers complets. Son accord avec le docteur Divic ne doit donc pas être considéré comme une opinion experte sur le cas Delev parce que les rapports du docteur Divic ne donnent pas les détails de l'histoire. Son accord se rapportait aux de discussions de ce premier psychiatre quand il discutait les conclusions d'ordre jugement clinique.

Il estime qu'aucun changement ne doit être apporté à un dossier médical. Au tribunal, il dira que la traduction psychiatrique la plus commune du mot français «délire» est 'delusion' et non 'délire'. Le premier, avait-il antérieurement expliqué, étant une croyance fausse qu'aucun raisonnement ne pouvait changer et qui n'est pas déterminé par la culture du patient, un genre d'idée fausse fixe alors que le 'délire' implique une idée de confusion.

C). Docteur Peter Roper

Le dernier expert de la demande fut le docteur peter Roper, entendu en contre-preuve. Ce témoin ne connaìt le demandeur. Six mois avant sa comparution en Cour, il a eu occasion de voir la note du docteur Dorion portant la date du 16 novembre 1971 et le rapport du psychologie. Il a alors pris quelques notes.

Insistant sur la nécessité d'obtenir toutes les informations disponibles, il a expliqué la procédure qu'un psychiatre doit suivre avant d'hospitaliser un malade d'une façon similaire à celle décrite par le docteur Grantham. Ce qui rend une admission urgent est l'élément de dangerosité possible du patient envers lui-même ou envers les tiers. Si les allégations indiquant une dangerosité possible ne son pas très récents, l'urgence est proportionnellement amoindrie. A son avis, une impression préliminaire d'un cas devrait être déterminée dans les 24 heures et l'histoire du cas et la cueillette d'informations requises devraient être terminées dans l'espace d'une semaine. C'est vers ce moment que le psychiatre traitant, qui a l'obligation de poser un diagnostic, doit avoir résolu les doutes qu'il peut avoir. Lorsqu'il est allégué que l'un des informateurs souffre de maladie mentale, le terme qui pour lui n'inclut pas nécessairement une dépression situationnelle, il ne croit pas que l'information fournie par cette personne doive être entièrement rejetée, mais l'allégation impose à l'examinateur l'obligation d'être prudent et de s'assurer que l'informateur est suffisamment questionnée pour que la vérité en ce qui a trait à la plainte ressorte.

La psychose paranoïaque est l'exemple classique d'une personne en tous points non perturbée sauf quant à un système délirant bien organisé. La jalousie est en soi une réaction normale. Elle ne devient pathologique que lorsqu'elle est exagérée même si elle a un certain fondement sur la réalité, c'est-à-dire que la réponse jalousie doit excéder sérieusement son motif.

Pour déterminer l'existence de cette pathologie, l'examinateur doit prendre en considération les origines ethniques du patient et la façon dont il a été élevé sans se limiter aux renseignements obtenus des informateurs mais en procédant à un examen de l'individu. Le patient doit toujours être examiné par le psychiatre traitant même si la cueillette d'information peut être menée par le personnel paramédical.

Tous les renseignements pertinents doivent être consignés au dossier qui ne peut être modifié par la suite sauf avec indications du moment et des raisons de la modification.

Le docteur Roper considère qu'il est normal qu'un individu qui se croit hospitalisé sans raison insiste pour que l'on révise son cas; la manière d'agir dans ces circonstances est d'agir normalement et d'obtenir de l'aide de l'extérieur.

La possibilité de danger à soi-même ou aux tiers est le critère de la cure fermée. Ordinairement mais pas nécessairement une psychopathie devrait aussi exister. Celui qui ne souffre que d'une dépression situationnelle ne devrait pas être en cure fermée à moins qu'il soit porté au suicide ou qu'il y ait possibilité qu'il soit un danger pour les tiers ou pour propriété. La raison de telle cure doit alors être consignée au dossier. C'est le médecin traitant qui a la responsabilité de juger de la dangerosité. Si une personne est déterminée par le médecin traitant être en cure libre, elle peut quitter à son gré. Si elle demeure à l'hôpital, elle est considérée patient volontaire. Cependant, même dans un tel cas, certain restrictions, comme par exemple être confinée à une salle, ne pas avoir de privilège téléphoniques, n'être pas vêtue en civil, peuvent lui être imposées à l'intérieur du traitement. Si elle n'est pas satisfaite de ces restrictions, elle doit quitter. On peut lui demander de signer un refus de traitement mais si elle refus cette demande, on ne peut la forcer à demeurer à l'hôpital comme elle ne peut d'ailleurs insister pour que son médecin signe son congé.

En contre-interrogatoire par la défense, le témoin, qui avait jusque-là parlé de généralités, est amené à traiter du cas particulier du docteur Delev. Tout en reconnaissant que le cas était difficile, il est d'avis que les décisions relatives au diagnostic et au type de cure auraient dû être prises plus rapidement que dans une période de dix jours comme en instance. Il ajoute aussi qu'à son avis l'investigation n'a pas été faite de façon adéquate parce qu'il n'a pu retrouver dans l'histoire de cas: (a) L'histoire personnelle du patient, ainsi que par exemple les circonstances de sa naissance, de son adolescence, ce qui aurait pu être pertinent quant à la possibilité de dommage cérébral tel que noté subséquemment par le psychologue et à l'encéphalogramme; ni (b) l'histoire sexuelle complète, ce qui aurait été pertinent vu les allégations de difficultés matrimoniales; ni (c) d'informations détaillées de l'histoire mentale de la famille du demandeur; ni (d) d'informations quant à des problèmes possibles d'alcoolisme ou de drogues ou découlant de médicaments antérieurement pris; ni (e) la preuve de l'existence de délire, la seule mention au dossier étant qu'il était bien organisé. Il reconnaìt que ces informations ont pu être obtenues et non enregistrées au dossier, mais il réaffirme que toute information pertinente devrait être inscrite au dossier. Les questions qui sont posées devraient être pertinentes et les réponses en conséquence devraient être consignées.

Devant ces réponses, on lui demande de se référer à l'histoire de cas contenue au dossier de St-Michel Archange, le rapport de monsieur Gervais et les informations obtenues par Garde Drouin. Il croit toujours que l'histoire de cas est incomplète quoique après avoir lu d'autres parties du dossier dont il ne se souvenait pas, il se ravise en partie car il y a trouvé réponse partielle à certaines carences qu'il avait plus tôt soulignées dont l'histoire sexuelle et l'histoire familiale. Plus tard cependant, après avoir lu au complet les remarques du docteur Dorion portant la date du 16 novembre, il dira qu'il persiste dans son opinion que l'histoire de cas a été incomplète, même s'il est d'accord qu'à ce moment l'impression diagnostique était la bonne.

Les défendeurs lui demandent aussi quel est le traitement de la paranoïa. Il dit alors qu'il aurait fallu déterminer la cause de la paranoïa afin de traiter cette cause plutôt que le symptôme qui est la paranoïa. La paranoïa, par exemple, peut être due à une dépression alors l'on doit traiter la dépression. Elle peut être schizophrénique alors l'on traite la schizophrénie. D'après lui, l'on peut parfois guérir la cause sous-jacente à la paranoïa. Si des élément de danger potentiel existent, le traitement peut être l'internement plus une médication appropriée, ou dans certains cas un traitement de nature électrique ou encore une thérapie de milieu. Certains cas graves peuvent même requérir un internement indéfini. Il doute que le diagnostic ait été en l'instance suffisamment circonstancié.

Il estime aussi qu'il manquait plusieurs éléments pour pouvoir en arriver au diagnostic final, qu'il qualifiera plus tard d'erroné sans que quiconque lui demande quel diagnostic aurait dû être posé. Selon lui, ce qui avait été omis: a) un diagnostic différentiel, soit les autres possibilités en l'instance; (b) une investigation des cause possibles, tels alcoolisme, drogues, présence d'un syndrome organique, les effets de l'incarcération en Yougoslavie, l'existence d'une dépression, etc. Bref, il croit que l'investigation aurait dû être plus approfondie avant de poser le diagnostic final.

Il estime que dans les circonstances aucun plan de traitement médicamenteux ne pouvait être élaboré parce que l'investigation était insuffisant et que le diagnostic n'était pas clair. Les médicaments prescrits, sauf l'Elavil prescrit à St-Jean de Dieu qui a probablement empiré la situation, était des médicaments anti-psychotique adéquats, sauf qu'il estime que le dosage aurait dû être plus élevé et que les médicaments auraient être pris régulièrement et non seulement «lorsque requis» comme disent les dossiers. Il est donc d'opinion qu'une médication appropriée n'a pas été prescrite ni pour une paranoïa schizophrénique ni pour la paranoïa elle-même.

Le témoin a aussi critiqué l'absence d'indication au dossier que les médecins on pris en considération les allégations d'hystérie de l'épouse du demandeur. Il estime qu'elle aurait dû être vue par le psychiatre traitant qui aurait dû obtenir sa permission de consulter son dossier de l'hôpital L'Enfant Jésus. Ceci était particulièrement important parce qu'elle était le seul témoin des acte de violence alléguées et que l'allégation d'hystérie était faite par un médecin. Le rapport médical relatif à l'hospitalisation de l'épouse indique un diagnostic peu sérieux. Cependant une sérieuse tentative de suicide peut indiquer une atteinte que l'on doit considérer surtout si le stress présent peut être encore plus important. Il croit aussi que le médecin traitant aurait dû parler au docteur Grenier vu ce qui était inscrit au certificat de demande d'hospitalisation.

Au procureur du docteur Dufour il répondra que si ce dernier a considéré le subterfuge lorsqu'il a noté chez un patient non coopératif des faits indiquant des hallucinations et du délire, la possibilité de considérer la situation comme requérant un examen plus poussé en milieu fermé n'était pas déraisonnable.

Bref, affirmant qu'il était du devoir de départager les versions des époux Delev par des enquêtes plus poussées afin de déterminer quelle était la cause du symptôme paranoïde délirant du demandeur, il estime que le diagnostic n'était pas 'proper'. L'on a jamais déterminé la maladie sous-jacente dont la paranoïa n'était qu'un symptôme et l'on s'est fié sans discernement aux dires de l'épouse. Cependant, si les médecins traitants avaient déterminée, après avoir bien recueilli tous les faits, une schizophrénie paranoïde et un danger d'homicide, la recommandation de cure fermée était bonne.

D). Docteur Harry Grantham

Le docteur Harry Grantham appelé à la demande du procureur des docteurs Dufour et Grenier s'est familiarisé avec les dossiers des trois hôpitaux et a vu le rapport du docteur Divic et les précis sur lesquels cet expert se fondait. Il lu les témoignages des docteurs Grenier et Dufour et des experts de la demande, les docteurs Divic et Littmann. Il a aussi assisté au contre-interrogatoire auquel le procureur du demandeur a soumis madame Delev.

Le docteur Grantham a décrit la démarche clinique que doit suivre le psychiatre lorsqu'il reçoit un patient. Elle comporte cinq étapes: (1) cueillette première des données ou 'intake'; (2) l'examen mental objectif; (3) l'obtention de documentation supplémentaire; (4) la formulation des causes et l'instauration d'un rationnel thérapeutique; et (5) l'observation des résultats. Cela est la démarche générale quant à un patient qui collabore normalement et tous ces éléments devraient se retrouver dans le dossier médical s'il est bien constitué.

Le cueillette première peut être et généralement faite par un membre du personnel paramédical. Les renseignements sont donnés par la personne qui consulte et qui peut être autre que le patient. On cherche alors le plus de renseignements généraux possibles relativement à l'histoire familiale, sociale, sentimentale, matrimoniale et médicale antérieure et présente. Bref, on tente d'obtenir une idée du mode habituel de fonctionnement.

La deuxième est un examen mental objectif fait par le médecin traitant et par personne d'autre. C'est une tâche strictement médicale. Le médecin observe alors le patient, le questionne, étudie son comportement et recherche les symptômes psychologiques. Ceci conduit à la description des éléments d'un syndrome. Le médecin détermine alors une impression diagnostique et un diagnostique différentiel, e.g. les autres pathologies auxquelles les constatations peuvent l'amener. L'examen mental comprend la description du cas, la réaction à l'examen, le degré de coopération, les problèmes de communication et/ou de comportement, les indices de perturbation au niveau des activités constables incluant la description des comportement négatifs, notamment en termes de retrait social, de risque suicidaire ou agressif. Le médecin évalue le processus d'organisation mentale, i.g. le niveau intellectuel, la forme, la production et le contenu de sa pensée, sa capacité de faire l'autocritique. Il évalue aussi les perceptions des sujet, soit la présence ou l'absence d'anomalies perceptuelles et aussi ce qu'il peut devenir au plan affectif. En d'autres mots, c'est la sémiologie du cas.

La troisième étape est la démarche clinique, c'est-à-dire que l'on obtenir alors toutes informations additionnelles pertinentes. Cette cueillette de données additionnelles peut être faite par le personnel paramédical. Certain informateurs peuvent être rencontrés. Des examens psychométriques peuvent être conduits. L'observation en milieu hospitalier par le médecin et le personnel est continuée.

L'ensemble viendra soit confirmer, soit infirment la première impression.

Lors de la quatrième étape, le médecin formule les cause et instaure un rationnel thérapeutique. Ici, le médecin fait un choix des facteurs de la causalité. Celle-ci en psychiatrie a trois volets: un volet biologique, un volet psychologique et un volet social. Pour ce faire, il doit, selon les circonstances de l'individu, circonscrite et évaluer le problème causatif qui doit être distingué du diagnostic. Cette étape conduit au choix du rationnel d'intervention thérapeutique et de l'endroit de cette intervention, e.g. clinique externe, hospitalisation à cadre ouvert ou hospitalisation à cadre fermé.

La dernière étape est l'observation des résultas incluant, si nécessaire, le recyclage des décisions.

L'on devrait généralement retrouver tous ces éléments à l'intérieur d'un dossier médical bien constitué.

Ces cinq étapes sont la démarche générale à suivre dans d'un cas d'un patient volontaire qui collabore normalement. A l'urgence, le médecin doit souvent procéder sans 'intake' et le patient peut être non coopératif. Alors que le médecin qui fait l'examen mental en temps ordinaire est un évaluateur, à l'urgence il est un preneur de décisions. Si l'examen et les informations à sa disposition indiquent l'existence une psychose, i.g. un syndrome indiquant que le sujet est suffisamment dysfonctionnel au plan mental pour avoir des modifications de son contact avec la réalité et des éléments de dangerosité, le médecin en situation d'urgence, en l'absence d'alternative comme un milieu-preneur, doit faite le nécessaire pour qu'une institution équipée pour continuer l'investigation et encadrée sur le plan légal prenne charge du sujet.

A son avis, le docteur Dufour a utilisé le processus habituel et son examen mental lui a permis de déceler chez le sujet une psychose, un problème aigu avec des ingrédients de manque de jugement et de tension émotionnelle très forte, des éléments d'urgence vu la précipitation des événements par le départ du sujet et une absence d'alternatives.
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Dans de telles circonstances, ce qui compte c'est une de décision face à la probabilité. Il fallait que le docteur Dufour décide. Ne pas prendre de décision à ce moment n'eut pas répondu au problème. Pour le témoin, le docteur Dufour n'avait pas d'alternative que de prescrire un endroit équipé pour recevoir le sujet et l'évaluer plus complètement. Le témoin eut-il été dans la même situation, il aurait agi de la même façon.

Se référant aux gestes du docteur Grenier, il dit qu'à l'époque des références au surintendant Roy se faisaient très souvent. Ordinairement, les communications étaient par téléphone rien n'empêchait qu'elles soit par écrit.

Le délire paranoïaque est caractérisé par sa clarté, sa cogérance. Le paranoïaque vit dans un monde ambiguïté, de contradictions, d'ambivalence. Il varie ses stratégies, d'autant plus qu'il est intelligent, en agissant sur son agressivité et sur son délire qu'il peut même parfois parvenir à camoufler. Son problème est l'interprétation délirante de faits sans conséquence conformément à son affectivité intérieure pour ainsi confirmer sa conviction. Il y a constance, répétition et accélération. Il est malheureux, se victimise lui-même et victimise les siens. Son noyau est un noyau extrêmement agressif de sort qu'il est dominant, voire sadique; il peut momentanément sous l'effet d'une crise perdre contrôle.

Il est d'accord avec le diagnostic d'état paranoïaque parce que le dossier révèle une personnalité prémorbide, soit difficultés et échecs antérieurs, une situation présente de l'imagination morbide, des prémisses fausses à l'égard de son épouse et de la dangerosité. La constance et la répétition ont particulièrement attiré son attention.

Les notes ultérieures du dossier de St-Michel Archange, selon lui, confirment l'état parce que l'on y retrouve, par exemple, l'absence de collaboration, difficultés de communication, réticence, méfiance et l'accusation du demandeur contre son frère.

Il n'est pas en désaccord avec le docteur Littmann lorsque ce dernier a exprimé sa surprise du changement marqué le sujet entre le 12 novembre lorsque vu par le docteur Dufour et son état tel que décrit par le docteur Dorion le 16 suivant si on insiste sur l'aspect schizophrénique. Mais si, d'autre part, l'on s'arrête à l'aspect d'état paranoïaque pur, tel qu'arrêté par le bureau mental, c'est moins surprenant car il n'est pas étonnant que la stratégie du patient puisse s'adapter à la perception qu'il a des circonstances. C'est une stratégie normale que la coopération se fasse meilleure de façon passagère. Plus tard, en effet, la situation se gâtera, ce qui est aussi caractéristique car tantôt il désire une chose et plus tard ne la veut plus. Selon lui, le dossier de St-Jean de Dieu reprend les même éléments. La note 8I du dossier de St-Jean par son dernier paragraphe lui apporte corroborant de ce diagnostic parce que c'est toujours la même histoire. De même, la mention de la réaction du demandeur lors de la visite de son frère. La lettre du docteur Delev en date du 30 janvier 1972 qu'il a intitulée «Défi à mes confrères» est pour lui une autre confirmation. A son avis, c'est une lettre typique d'un paranoïaque lorsque considérée à l'intérieur de l'ensemble des faits, car l'on ne peut dans ces cas considérer un fait isolément. C'est l'ensemble de l'image qu'il faut regarder.

Selon lui, il y a une grande différence entre la réalité clinique et les résumés, mal traduits d'ailleurs, sur lesquels s'est fondé l'expert Divic. L'avantage d'avoir tout le dossier c'est que le docteur Divic y aurait vu la lettre susdite et n'aurait pas en conséquence affirmé que le demandeur n'avait pas blâmé les corps médicaux. Il estime que le docteur Divic erre lorsqu'il dit qu'il n'apparaìt pas que l'affect du patient ait été perturbé; le dossier contient plusieurs éléments de jalousie, menaces, de persécution, et d'absence d'autocritique. Il croit donc, comme l'expert Littmann, que le docteur Divic, avec qui il est en désaccord, aurait dû obtenir le dossier complet.

Il a peu de commentaires à faire en ce qui a trait au témoignage du docteur Littmann sauf qu'il considère que c'est une situation clinique fréquente qu'un examinateur par un seul examen mental ultérieur ne décèle pas le désordre paranoïde en l'absence de crise. A son avis, l'éloignement est une des meilleurs solutions pour traiter un paranoïaque jaloux. Il estime que c'est là la solution la plus thérapeutique qu'il connaisse et l'éloignement en l'occurrence est peut-être l'explication du présent diagnostic du docteur Littmann.

Il reconnaìt l'importance de la dimension culturelle dans l'étiologie du désordre et surtout dans sa perturbation ainsi que les difficultés de langue ont certainement apporté une complication additionnelle à l'affaire.

Ayant vu et entendu madame Delev témoigner lors du contre-interrogatoire, il a trouvé son récit cohérent pour ce genre de cas. L'exhibit P-22 qui se rapporte à l'hospitalisation de madame Delev ne lui apparaìt pas significatif d'une maladie importante. Il a eu plusieurs expériences d'épouses d'immigrants qui ont eu des difficultés d'adaptation.

La période de temps prise par le bureau mental pour en arriver à la décision lui paraìt raisonnable. Il se rallie sans hésiter au diagnostic du docteur Dorion et d'accord avec la décision de cure dans un cadre fermé.

Au procureur du docteur Juretic, il répond que les revirements du demandeur qui voulait tant être soigné par le docteur Juretic et qui plus tard lui dit par écrit n'être apte à le traiter et par la suite le poursuit, sont une autre indication de la répétition de la situation que l'on retrouve souvent en l'instance, soit la tendance de passer d'une phase de séduction suivie d'une autre où l'on victimise l'autre; c'est un autre signe de l'ambivalence, qui accompagne la relation, et du caractère victimisant de la relation qu'établit le demandeur.

En contre-interrogatoire, il a reconnu que la personne qui est vue par un psychiatre sans avoir été prévenue peut se sentir frustrée et fâché d'où certaine augmentation de tension.

Il fait aussi la liste des éléments qu'avait révélés l'examen mental du 16 novembre pour permettre d'arriver à l'impression diagnostique, soit: (a) collaboration difficile; (b) négation de l'existence d'une maladie chez lui; (c) dires du patient qu'il n'avait pas besoin d'être hospitalisé et que cela été une indignité; (d) accusation de mauvais traitements à l'Hôtel-Dieu; (e) son affirmation qu'il était hospitalisé sur les seuls dires du son épouse alors qu'il avait été mentalement examiné par le docteur Dufour; (f) sa présentation tonique plutôt agressive; (g) son sourire sarcastique; (h) la mise en doute de la parole de son épouse; et (i) l'absence de délires désorganisés ce qui n'exclut pas un délire systématisé. D'autre éléments significatifs alors à la connaissance du docteur Dorion étaient le fait que le patient ne cessait de répéter qu'il s'agissait d'une sale histoire, son admission que s'il a frappé sa femme c'était il avait plus d'un mois, son affirmation qu'il n'était pas fou aujourd'hui pour la tuer, et le fait que le patient doutait de tous et chacun. Le docteur Dorion n'avait pas alors constaté d'hallucinations et le fait que le délire n'était pas désorganisé d'autre part indiquaient que le patient n'était pas schizophrénique.146

Selon l'expert, il est facile pour un psychiatre de juger de la crédibilité d'un patient. Le psychiatre se fonde sur l'intensité affective, l'obstination, l'inflexibilité, l'insistance et la répétition.147

Selon ce témoin, il est peu important que le fait qui porte au délire soit survenu ou non. Un individu peut souffrir d'une paranoïa relié à un délire de jalousie et avoir une épouse qui le trompe, ou encore d'un délire de persécution et être de fait persécuté. Ce n'est pas l'événement qui crée la maladie, c'est l'interprétation et l'importance que l'individu donne à cet événement. C'est le fait que le sujet soit seulement guidé par son état affectif personnel, qu'il vive constamment dans le besoin de créer une situation de frustration et d'angoisse pour lui.

Selon lui, la majorité des paranoïdes sont en liberté ou en cure libre, sauf s'il y a dangerosité; et il y avait dangerosité en l'espèce dans les données du dossier. A ce point, le docteur Dorion, selon ce témoin, avait donc raison de considérer la psychopathologie comme existante et possiblement avec des éléments de dangerosité potentielle d'où la continuation des procédures d'obtention de données additionnelles supplémentaires148. L'investigation a révélé des éléments essentiels suffisamment nombreux, cohérents, constants et d'une durabilité suffisamment longue pour se prononcer même si certains éléments pouvaient indiquer autre chose.

Le docteur Grantham retrouvait au dossier les impressions du docteur Dorion relativement à madame Delev que le témoin, sur l'ensemble des faits, ne considère pas mentalement malade mais bien victime d'une situation. Les faits qu'elle raconte sont l'indication de portrait classique d'une épouse d'un paranoïaque où l'ambiguïté des situations, qui a d'ailleurs été présente durant tout l'hospitalisation, est notable. Cependant, elle semble s'être adaptée à la situation quoiqu'il croit déceler au dossier une impression résultant du content culturel.

E). Docteur Maurice Coulombe

Par la suite, les défendeurs Grenier et Dufour faisaient entendre le docteur Maurice Coulombe, autre psychiatre de Québec qui pratique presque entièrement comme clinicien.

Ce témoin a consulté les dossiers de l'Hôtel-Dieu, celui de St-Michel Archange et celui de St-Jean de Dieu. Il a entendu les témoignages des docteurs Divic, Littmann, Grenier, Dufour et Grantham.

Il est d'accord que lorsqu'un patient se présente volontairement, il est possible d'appliquer la méthodologie expliquée par le docteur Grantham. Mais en situation d'urgence, il est difficile de suivre chacune des étapes particulièrement lorsque le patient refuse de coopérer. Il faut alors analyser le refus et le psychiatre se basera sur l'observation du patient. Il peut même arriver qu'un diagnostic provisoire soit posé sans que le patient ait dit un seul mot.

Le témoignage du docteur Dufour lui relève que ce dernier se trouvait, en voyant le docteur Delev, dans une situation où il pavait avoir la quasi-certitude qu'il existait alors un état émotionnel excessivement intense et dont l'agissement et l'agir pouvaient devenir graves. Vu le message de forte agressivité et la méfiance notées par le docteur Dufour, celui-ci était, à son avis, obligé de pousser plus loin ses démarches. Se fondant sur les constat du docteur Dufour comme l'affect que présentait le patient, son comportement, sa méfiance totale très souvent répétée qui amenait l'idée de paranoïa, son idée de complot qui pouvait, dans sa logique du moment, l'entraìner à poser des gestes regrettables, il dit qu'à ce moment il s'agissait d'une question de jugement clinique de l'examinateur. Selon lui, la possibilité de dangerosité existait alors implicitement et explicitement.

Deux solutions se présentaient alors à l'examinateur: trouver un milieu preneur pour essayer de gagner de temps et permettre à la crise de se résorber pour avoir plus tard une consultation plus calme, ou encore, en l'absence de tel milieu, une hospitalisation contre gré. En l'absence de telles disponibilités à l'Hôtel-Dieu, il fallait l'hospitalisation en milieu équipé à cette fin.

A son avis, il est normal que l'intake soit obtenue par des membres du personnel paramédical. La communication de cet intake à un collègue est un acte ordinaire pour bénéficier des conseils d'un collègue directeur d'une institution jouissant de plus grands services qu'un hôpital général.

Comme tous les autres experts, le docteur Coulombe a été étonné de la pauvreté des renseignement acceptés par le docteur Divic pour rendre son opinion.

Il concluait son interrogatoire en chef en disant que placé dans les circonstances dans lesquelles s'était trouvé le docteur Dufour le 12 novembre 1971, il aurait été dans l'obligation d'agir pour le plus grand bien du patient en le protégeant contre lui-même et devant l'absence d'alternatives, il se serait vu obligé de demander une hospitalisation involontaire afin de pouvoir poursuivre l'étude des solutions et des alternatives.

Répondant aux questions du procureur du St-Michel Archange et des docteurs Roy et Dorion, il exprimait aussi l'avis que le délai de dix jours pour prendre une décision était à l'époque normal et prudent et qu'il aurait lui-même, ayant lu le dossier hospitalier et particulièrement les pages 3 à 9, recommandé la cure fermée après avoir conclu à un diagnostic similaire. Selon lui, tous les faits s'intégraient pour démontrer un état paranoïaque. Il se fondé sur les faits révélés par l'épouse dont le récit lui apparaìt crédible et impossible à imaginer pour un non-initié, et sur ceux révélés par examen mental et l'histoire actuelle du patient. Selon lui, la cure fermée à St-Michel Archange était justifié jusqu'au départ pour Montréal vu le refus continuel de coopération avec son médecin traitant, l'absence d'autocritique, le danger de retour avec l'épouse, l'absence d'alternatives, dont entre autres l'insuccès de la visite du frère. Une certaine période de temps était requise pour découvrir une solution sans danger pour le patient ou pour les tiers.

Après avoir dit au procureur du demandeur que les affirmations qu'au début le docteur Delev faisait d'être consentant à accepter la séparation ou le divorce ne pouvaient sans doute alors être acceptées par le médecin traitant autrement que comme un autre moyen de tenter de quitter l'hôpital, le docteur Coulombe dira que le patient aurait pu démonter soit un erreur de diagnostic, soit la guérison en acceptant de collaborer pleinement avec les médecins en discutant raisonnablement des allégations au dossier. A son avis, le dossier démontre que le docteur Delev a refusé d'agir ainsi.

Un autre élément était l'absence d'autocritique qui apparaìt de l'idée maìtresse, si non unique, du demandeur de convaincre tous qu'il était le seul à avoir raison et de son refus de discuter rationnellement les sujets proposés préférant toujours nier sans discussion. Si le demandeur avait voulu adopter l'attitude contraire, ce qui ne veut pas dire simplement admettre les faits, il aurait peut-être été possible de conclure à une amélioration. Établir un contact avec son médecin, plutôt que de toujours le critiquer et lui dire qu'il est jeune et sans expérience, aurait aussi indiqué qu'il réalisait la situation.

Reconnaissant qu'il n'est pas invraisemblable qu'une femme infidèle invente une histoire similaire au récit de madame Delev, le témoin estime que dans de telles circonstances, il faut étudier l'accusatrice. A la question de savoir si une telle étude apparaìt du dossier, il répond que l'évolution naturelle des données au dossier démontre la maladie du demandeur, que son épouse soit ou non malade. Cependant, quoiqu'à son avis, la lecture du dossier indique que l'était mental de l'épouse été considéré automatiquement lors des rencontres et par l'appréciation qu'en ont faite les médecins qui l'ont rencontrée, il semble douter que l'idéal de faire une enquête poussée elle ait été atteint. Cependant, quelqu'en eut été les résultats d'une telle enquête, le problème du demandeur aurait persisté car le dossier contient des éléments, qui n'originent pas de l'épouse, suffisants pour conclure ainsi. Pressé de signaler ces éléments, particulièrement au point de vue dangerosité, le témoin s'en remettait à l'ensemble des signes.

F). Docteur André Villeneuve

Le dernier expert des défendeurs a été le docteur André Villeneuve, psychiatre. Il a été appelé par les défendeurs Dorion, Roy et St-Michel Archange.

Le témoin a étudié tous les dossiers hospitaliers, lu la transcription de la preuve entendue lors des six premiers jours d'enquête et était présent lors du contre-preuve du docteur Grantham et du témoignage du docteur Coulombe.

Le docteur Dufour a rencontré le demandeur en situation d'urgence. Ses observation transcrites à la Formule I sont court mais chargées. Pour accueillir par la suite le patient en milieu hospitalier tout y était, car le diagnostic à l'urgence n'est que préliminaire et provisoire. En lisant ces observations, le témoin conclut que le diagnostic provisoire est compatible. Ayant entendu le témoignage du docteur Dufour, il comprend et les termes employés et le diagnostic. En ce qui a trait à dangerosité à ce moment, vu les états de crise très intense et d'agressivité continue, il était permis de conclure à une dangerosité potentielle. Vu l'absence d'alternatives
149, le docteur Dufour devait agir comme il l'a fait. Placée dans la même situation, le témoin aurait agi identiquement. Quoiqu'il soit normal d'être surpris lorsque l'on est sans préavis vu par un psychiatre, les fait constatés par le docteur Dufour ne peuvent s'expliquer par cette seul surprise surtout que le docteur Dufour a tout fait pour le assurer et que le demandeur était lui-même un médecin.

Cet expert considère le dossier de St-Michel Archange extrêmement bien tenu tant selon les normes de l'époque que celles d'aujourd'hui. Il considère que le diagnostic qui est, selon lui, exact a été porté avec célérité. S'il avait été membre du bureau mental de l'hôpital St-Michel Archange, il aurait portée le même diagnostic. Le casse-tête que présent ce genre de cas était complet.

Le témoin, professeur d'université et clinicien, décrit la paranoïa comme une folie raisonnable. On y retrouve souvent un délire de persécution et de jalousie malgré que le sujet conserve sa lucidité complète quoiqu'il ait tendance à faire des interprétations morbides. Pour un tel malade qui est souvent contestataire car il a raison envers et contre tous, rien n'est fortuit. C'est une maladie qui s'étale dans le temps et qui peut connaìtre paroxysmes. Avec le temps, le complot s'élargit, englobe de plus en plus de personnes. Une telle extension des interprétations finit à longue par donner la signature de l'état pathologique. Cependant le délire du paranoïaque est structuré, systématisé de sort que le reste de sa personnalité semble fonctionner de façon qui n'est pas altérée.

Il a retrouvé au dossier tous les éléments d'une paranoïa: La méfiance, les soupçons, l'irritabilité, la jalousie, l'agressivité grandissante et les interprétations délirantes. Tous suivent en cheminement qui se continue à l'Hôpital St-Michel Archange où l'on voit que ses amis devienne ses ennemis qui le persécutent, par exemple son frère Kosta, et même à St-Jean de Dieu où le docteur Juretic devient aussi son ennemi.

Ceci confirme les centrâmes de persécution et de méfiance dont il retrouve plusieurs éléments au dossier en particulier à certaines notes des infirmières.

Il souscrit aussi à la décision du surintendant Roy d'ordonner la cure fermée le 22 novembre. Il existait en l'instance une situation potentielle de danger qui devait être désamorcée. La dangerosité existait vu les dires de l'épouse au sujet de menaces, des assauts et de l'épisode de la hache, vu la version des Lyonnais surtout telle que relatée a u procès et vu l'inquiétude de tous ses amis quant à la santé mentale du patient et à ses réactions possible.

Selon lui, ce genre de cure s'imposait jusqu'au départ du demandeur pour Montréal. L'état du patient ne s'était pas amélioré; au contraire, il s'était détérioré particulièrement en regard du délire de persécution. Le dossier rapporte des fluctuations absolument contradictoires significatives d'une instabilité émotionnelle toujours présente, en particulier les volte-face du patient quant à son retour en Yougoslavie, quant à son transfert à St_Jean de Dieu, quant à la venue du son frère et quant à l'insuccès de celle-ci et au accusations qui en ont résulté.

L'établissement d'une relation thérapeutique avec un paranoïaque, qui est par définition méfiant, est difficile. Même les gestes aimables sont souvent mal interprétés. On est dans une situation sans issue.

Selon le témoin, le dossier de madame a St-Enfant-Jésus relève un état qui ne pavait qu'être bénin. Il est aussi d'accord avec ceux qui ont témoigné en ce qui a trait à la bonne façon de rendre en anglais le mot français «délire». Il mentionne aussi que la traduction du terme «état paranoïaque» n'est pas 'paranoid state'; la différence étant que dans la paranoïa toutes les facultés du sujet, sauf pour son système délirant, sont préservées alors que dans l'état paranoïde l'état mental moins circonscrit s'accompagne d'une désorganisation plus marquée de la pensée. Il n'aurait jamais accepté de faire une expertise basée sur résumé de dossier, le dossier complet, par ses renseignements périphérique précieux, étant une nécessité. Ceux qui voit un sujet un an et demi après les événements, surtout lorsqu'il est éloigné de la situation conflictuelle qui avait précipité les problèmes, voient à son avis un individu différent et sont moins aptes à juger de la situation antérieure.

Avant d'être soumis au contre-interrogatoire, le témoin est appelé à faire l'exégèse du point de vue psychiatrique de la lettre que le demandeur avait fait tenir de Toronto à son époque le 2 novembre 1971. Il y voit de la méfiance, de la psycho-rigidité, une pensée paralogique, des mécanismes interprétatifs qui amènent au délire, la propension à blâmer les autres et des soupçons sur la fidélité de son épouse. Particulièrement, il note que jamais l'auteur ne mentionne que son épouse serait malade alors qu'à l'hôpital il insiste fortement sur son instabilité émotionnelle.

Il s'agit quant à lui d'un état qui s'est détérioré et qui existait lors de son départ pour Montréal comme en fait preuve la note de départ de l'interne qui indique que le demandeur s'est fâché lorsqu'on lui demande s'expliquer son attitude envers son frère. Pour l'expert c'est encore là un signe que l'autocritique du patient ne s'est pas modifiée.

Le contre-interrogatoire de ce témoin a duré au-delà deux jours. Dès le début, on lui demande d'expliquer ce qui a fait que jusqu'à son départ de Québec le 17 février 1972 on doit garder le patient en cure fermée alors que le 23 février 1972, le docteur Juretic recommande la cure libre. L'expert qui se dit hésitant à se substituer au médecin qui a changé le type de cure, après s'être fait noter que là sa fonction, tente de répondre par référence aux notes évolutives du dossier de St-jean de Dieu portant les dates du 25 avril et du 3 mai 1972. Il présume que l'on a alors déterminé que les thèmes délirants s'étaient enkystés, c'est-à-dire qu'il n'en parlait plus spontanément parce qu'il était éloigné de son épouse, source du conflit, et que le patient, qui convient d'aller vivre au loin, s'engage à ne plus l'importuner. Il présume que le docteur Juretic a jugé, ne voyant plus de délire, que le patient avait fait le point sur sa situation et avait donc obtenu une certain autocritique de sa situation. A la question d'indiquer l'endroit au dossier de St-Jean de Dieu où il apparaìt que la méfiance est disparue, il n'a pu apporter de réponse précise.

A la question de savoir si le médecin traitant a investigué la possibilité, telle que suggéré par le psychologue Fortier, que l'était aurait pu avoir pour cause un accident cérébral vu que les tests psychologiques permettaient de soupçonner certains signes d'organicité légère, le témoin ne répond qu'en disant qu'il s'agit d'une question de jugement du médecin traitant selon ce qu'il constate cliniquement après avoir obtenu, comme en l'instance, un encéphalogramme.

Questionné quant à la nécessité pour le médecin traitant de faire en l'occurrence une histoire psychosexuelle des parties et quant à ce que l'on peut retrouver dans le dossier à se sujet, le témoin est encore hésitant à répondre. Il croit qu'il est délicat de questionner la conjointe sur se sujet, qu'il n'est nécessaire d'explorer à fond que s'il y a des problèmes directs de sexualité, v.g. impotence, éjaculation précoce; quant au patient lui-même, l'investigation peut se faire à l'intérieur de l'histoire recueille. Si, hypothétiquement, il aurait fallu investiguer plus amplement l'histoire psychosexuelle, ce qui aurait pu être difficile vu le peu de coopération du patient, il faudrait demander au docteur Dorion ce qu'il a fait. Il reconnaìt toutefois que le dossier, dans lequel le médecin ne peut tout inscrire, ne permet pas de conclure s'il y a eu une évaluation des faits sur le plan psychosexuel. Quoiqu'il en soit, il se demande qu'elle eu été l'utilité d'une telle investigation étant donné que la pathologie paranoïde n'est pas une pathologie sexuelle comme telle.

Lorsque le procureur du demandeur lui demande si le demandeur souffre toujours d'une psychose, il relate que le vendredi précédent, le docteur Delev l'avait approché dans le corridor et lui avait dit devant le docteur Coulombe qu'il lui avait été sympathique au début de son témoignage mais que par la suite il avait considéré que le témoin avait déshonoré ou sali la profession médicale. Il n'est pas ici pour examiner le demandeur, cependant le témoin a trouvé cette remarque attristante.

Pressé d'indiquer le cheminement des faits inscrits au dossier qui permettaient de poser le diagnostic, le témoin a mentionné: les renseignements de l'épouse, en particulier le premier mariage et la méfiance relative à l'enfant, les difficultés au travail, les difficultés interpersonnelles, la projection de ses échecs qu'il reprochait à son épouse, l'incident de la mer Adriatique, l'irritabilité plus grande après l'arrivée au Canada. les incidents des marins, les scènes de jalousie, l'assaut sur son épouse et les menaces envers elle. Ces renseignements lui indiquent la présence de fondement paranoïaque par la méfiance, la jalousie, le sentiment de persécution et la rigidité de caractère qu'on y trouve.

Dans l'évaluation psychosociale, il retrouve les éléments additionnels suivants qui lui indiquent une continuation des même thèmes: le fait que le patient n'accepte jamais repris, son accusation que son épouse a éprouvé un plaisir sexuel à parler à un ouvrier, le fait qu'il ait dit à son frère que son épouse était infidèle et qu'elle l'avait ruiné, l'accusation que l'épouse est la cause de ses échecs aux examens pour pratiquer sa profession au Canada, celle que l'épouse a l'intention de la tromper avec ses amis, les scènes verbales orageuses notées par les Lyonnais qu'il ne pouvait supporter le doute sur la fidélité de sa femme et la perception qu'on avait son ami Zoran qui relate que le demandeur traite son épouse de putain.

A ceci s'ajoutait l'élargissement du complot noté par le docteur Dorion. Il estime que l'on a là une déformation complètement psychotique et délirante qui a pris plus d'ampleur à compter de l'été 1971.

Poursuivant la lecture de dossier, le témoin retrouve des éléments émanant du patient lui-même et qui tendent à confirmer les renseignements obtenus d'autres sources. Par exemple, les difficultés constantes avec la police de son pays natal, sa description qu'il est chicanier et tête dure, qu'il n'a pas à changer d'idée, les problèmes avec sa première épouse qui était, comme la présent, portée à tricher et qui a eu enfant d'un autre homme, les difficultés conjugales du deuxième mariage dès ses débuts, description de sa femme comme une hystérique qui a toujours eu des relations un peu particulières, les nombreux déménagements à cause de l'attitude de son épouse, l'accusation que sa femme ne fréquentait pas ses amis à lui mais préférait fréquenter une prostituée et recevoir des homme à la maison, ses échecs aux examens dus à l'attitude de l'épouse. Selon le témoin, cette verbalisation du patient de retrouver les symptômes de méfiance, de jalousie, de psychorigidité, d'habitude de blâmer les autres, d'agressivité et de mécanismes interprétatifs.

En un mot, la vie globale du tableau démontre qu'on se retrouvait dans une situation où c'est un homme qui a raison face à l'univers qui est aussi son ennemi, donc d'un individu paranoïaque. Cet état est aussi confirmé par sa réaction à la visite de son frère, qu'il a à un certain moment attendue avec impatience, et au docteur Juretic, le médecin compatriote recherché, et qui deviennent très tôt soit un ennemi soit personne non qualifiée pour s'occuper de son cas. C'est selon le témoin le thème de la persécution qui se continue.

Passant à la dangerosité, le témoin reconnaìt que lors de l'arrivée de demandeur à St-Michel Archange, les éléments se rencontraient dans les notes de Garde Drouin et le certificat du docteur Dufour. Les notes d'admission de l'interne n'en donnent aucune indication sauf la mention qu'il a senti durant l'entrevue de l'agressivité maìtrisée par un sourire ironique. Plus tard cependant, on en retrouve des éléments dans les renseignements donnés au médecin et au travailleur social ainsi que dans les notes des infirmières.

Lors de la rencontre avec l'épouse, qui selon le témoin n'apparaìt pas dans sa narration des faits dramatiser la situation. le docteur Dorion recoupe les faits: son mari est jaloux, il la croit nymphomane, épisode de la crise du marin yougoslave, mari l'a espionnée, épisode de la hache, menace de couper en petits morceaux, crises de jalousie tant en Yougoslavie qu'ici, fluctuations dans son état de jalousie surtout lorsqu'il avait des difficultés dont il accusait son épouse, épisode de la mer Adriatique, etc.

Confirmation encore lors de la confrontation des époux en présence du médecin traitant alors que le patient accuse son épouse d'être une putain et d'avoir flirté avec le marin. Un autre élément de mécanisme interprétatif est l'interprétation donnée par le patient au lapsus de l'épouse relatif au marin alors que le patient dit qu'il n'est pas important que son épouse ait ou non couché avec d'autres hommes, la conclusion vient d'elle-même.

Bref, le cheminement diagnostique se retrouve, selon lui, entièrement au dossier soit l'entrevue de Garde Drouin, le certificat du docteur Dufour, l'examen mental, l'évaluation psychosociale, les observations du docteur Dorion et du personnel hospitalier, le tout permettant de retrouver les éléments-clefs de la paranoïa, soit la méfiance, la psycho-rigidité, la pensée paralogique et les mécanismes interprétatifs qui aboutissent au délire de jalousie qui est alors en évidence et, de façon moins élaborée, aussi au délire par persécution vu qu'il parle de complot. Même si le patient paraìt considérer l'idée d'une séparation d'avec son épouse, la dangerosité transparaìt de l'assaut, de la menace avec la hache, de l'épisode à l'Hôtel même si peut-être ce qui s'y est déroulé est en partie nié par le patient qui dit cependant qu'il a alors donné un soufflet a son épouse.

Pour décider du type de cure, il faut considérer la dangerosité actuelle et la dangerosité potentielle que comporte le diagnostic lui-même d'état paranoïaque avec présence de délire de jalousie et de persécution. La notion de dangerosité est inhérente au diagnostic lui-même.

L'agressivité potentielle ne peut être prévue avec certitude par le psychiatre qui n'est pas un prophète, mais c'est un fait qui existe et qui doit être considéré.

Face à des allégations de menaces, face à un comportement avec allure agressive, face à un diagnostic de psychose incluant la notion de dangerosité, le témoin est d'opinion que la décision de cure fermée était un geste prudent. Il y a des choix que les psychiatres doivent faire face à une situation donnée selon les éléments à leur disposition.

Lorsqu'on lui demande si le médecin considère les probabilités ou les possibilités en ce qui a trait à la détermination de la dangerosité, le témoin répond qu'il faut se placer dans un contexte psychiatrique et que chaque cas doit être considéré sur une base individuelle et qu'en psychiatrie il est difficile d'établir des statistiques exactes. Il a produit une étude (D.S.M.-13) qui, en rétrospection, tente d'établir des statistiques. Selon elle, 8% des malades mentaux en général et 17.8% des hommes souffrant de schizophrénie paranoïde ou d'état paranoïaque avec épisodes maniaco-dépressifs se sont portés à des actes d'agression.

La communication étant importante en psychiatrie, le témoin a reconnu qu'il est préférable qu'un patient soit traité par quelqu'un de mêmes langue et culture. Ce n'est pas une garantie de succès thérapeutique car la compréhension ne semble pas avoir été bien meilleure avec le docteur Juretic qui se retrouve lui aussi poursuivi par son compatriote. Évidemment, si le demandeur n'avait pas du tout parlé ni le français ni l'anglais, il eut été urgent de le transférer à quelqu'un qui pouvait le comprendre.

Le traitement psychiatrique peut comporter une approche médicamenteuse, une approche psycho-thérapeutique, des éléments d'ergothérapie ou simplement le milieu hospitalier. Or, la psychiatrie moderne ne possède pas de médicaments véritablement incisifs du mécanisme paranoïaque. Dans le cas particulier, on retrouve au dossier des tentatives rejetées de psycho-thérapie en tentant de discuter avec le patient de la situation et en tentant de désamorcer la situation conflictuelle, source de l'émergence de la symptomatologie aiguë, de l'ergothérapie et quelques médicaments. Plus particulièrement, l'hospitalisation et le transfert a Montréal aidaient le désamorçage et avaient des buts thérapeutiques en permettant à la surcharge émotionnelle de s'amoindrir et une fois suffisamment amoindrie, le congé du patient.

Il suggère de demander au docteur Juretic lorsqu'on lui demande d'indiquer l'endroit du dossier de St-Jean de Dieu qui démontre que le patient pouvait être libéré sans danger. Cependant, il ajoute que l'on ne peut parler de guérison mais seulement d'amélioration chez ce type de patient. Fondamentalement, la constitution paranoïaque demeure et peut réémerger à n'importe quel moment à l'occasion d'autres événements traumatiques.

Après qu'on lui eut demandé a plusieurs reprises quel était le devoir du psychiatre traitant lorsque le dossier contenait des allégations que l'informatrice principale souffrait elle-même de maladie mentale et avait déjà hospitalisée, le témoin répond d'abord que ce sont les faits et l'expérience clinique de chacun qui permettent de juger de la crédibilité et qui déterminent les gestes que le psychiatre posera dans un tel cas. Que l'informatrice soit elle-même malade ou non ne change pas l'état maladif du patient autrement déterminé. Définitivement mal à l'aise, le témoin, suite a l'intervention du tribunal, finit par admettre que si on lui signale une pathologie sérieuse, il va enquêter et, qu'en l'instance, il eut été bon que des questions soient posées à l'épouse et qu'on consulte son dossier. Ceci n'apparaìt pas avoir été fait selon le dossier et lui-même saisi du cas aurait obtenu un supplément d'informations même si cela comportait la démarche peut-être difficile d'obtenir le consentement de madame de consulter son dossier. D'autre part, l'on ne peut demander à un psychiatre de faire un examen mental de chaque personne qui donne des informations. Lorsqu'il traite un patient, il n'a pas l'habitude de faire l'examen psychiatrique du conjoint. L'investigation de tout fait et le degré de l'investigation sont des questions de jugement clinique. Il est, reconnaìt-il, concevable qu'une femme infidèle veuille cacher son geste en mentant au sujet des actions de son mari. Cependant que l'épouse soit infidèle ou non n'est pas important; c'est l'interprétation délirante ou non du conjoint qui compte. D'ailleurs, c'est exactement ce qu'a dit le patient au docteur Dorion.150

Finalement, il reconnaìt qu'il ne retrouve au dossier aucune note indiquant qu'une telle investigation ait été faite en ce qui a trait aux allégations de maladie mentale de madame, ni que l'on ait tenté de communiquer avec les policiers qui sont venus au domicile des Delev à l'occasion de l'épisode de la hache.

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