IV. Autres témoignages
A). Le docteur Delev
Le demandeur, un yougoslave d'origine, aujourd'hui citoyen canadien et âgé de 57 ans, a témoigné a deux reprises. Il est sans emploi. Il a reçu son droit de pratique médicale en 1960, et il a pratiqué en Yougoslavie comme généraliste sauf les quatre dernières années alors qu'il a travaillé dans une clinique de pédiatrie. Il a fait certaines études de psychiatrie.
Il est arrivé au Canada en septembre 1968 ne parlant ni le français ni l'anglais. Il a pris des course de français et a travaillé comme infirmier à l'Hôpital Ste-Foy où il a eu des problèmes de langue. Il a ensuite travaillé dans un laboratoire d'endocrinologie à l'Université Laval et après un an on lui a demandé de se trouver un autre travail. Engagé comme infirmier à l'Hôpital St-Sacrement, il était congédié pour raisons syndicales; ensuite il travaille comme infirmier temporaire et représentant dans les produits naturels.
Vers mai 1971, un médecin lui a dit que les examens d'admission à la pratique étaient différents du côté anglophone et il s'est dirigé vers Hamilton où il a suivi des cours.
Une des raisons de l'immigration avait été des difficultés familiales et en septembre 1971 d'autres survenaient. Madame qui avait été hospitalisée en 1968 à la suite de quoi elle avait pris l'habitude d'être extrêmement hostile a son égard, avait rencontré des marins, ce qu'il lui avait déconseillé de faire parce que cela n'était pas bon pour sa réputation de médecin, de mari et de père.
En octobre, environ un mois avant l'hospitalisation, il apprenait que des marins ivres s'étaient rendus à sa demeure. Pour lui c'était une chose incroyable. Lorsqu'il lui a reproché son geste et qu'il a commencé à la questionner, madame est sortie de la maison en robe de nuit et en criant au secours. Il l'a suivie pour tenter de la calmer mais un passant l'a embarquée dans sa voiture. Quelques instants plus tard, elle est revenue avec des policiers à qui elle indiquait par gestes, parce qu'elle parlait peu de français, qu'il avait voulu la tuer. Il a nié et a expliqué que son épouse était malade. Un policier a recherché quelque chose dans la maison et n'ayant rien trouvé les policiers sont repartis.
Le lendemain, il est retourné à Hamilton pour ne revenir que le 11 novembre. Ayant des difficultés et maux d'estomac, il a tenté sans succès de rejoindre son médecin de famille. Il a alors demandé à madame Dionne de voir si son mari pourrait lui ménager un examen le lendemain à l'Hôtel-Dieu. Le jour suivant, il se rendait à l'hôpital vers neuf heures. Après une heure d'attente, un jeune médecin est venu, l'a peine ausculté et lui a dit d'attendre un spécialiste. Vers onze heures, un médecin qui s'est présenté comme le docteur Dufour est venu et a tenté de le convaincre de se laisser hospitaliser pour soigner l'ulcère. Il a trouvé qu'il était bizarre d'être hospitalisé pour une radiographie. Le docteur a persisté à tenter de le convaincre d'accepter l'hospitalisation. A la question du patient, il s'identifiait comme un neuropsychiatre. Le demandeur lui disait alors qu'il n'avait pas besoin d'un psychiatre, qu'il était venu pour un ulcère. Après 5-10 minutes, le docteur partait. Le témoin rendu curieux par les événements continuait d'attendre. Une heure plus tard, il voyait sa femme dans le corridor qui se conduisait comme une hystérique. Elle le poussait alors dans un espace d'examen et insistait qu'il était préférable qu'il demeure à l'hôpital. Il refusait en disant qu'elle était la malade. Après environ dix minutes, elle partait en frappant du pied. En continuant à attendre, il a vu des hommes en robe blanche et sa curiosité a été excitée. Après quelque temps, une infirmière lui a dit de revenir le lendemain. Il a trouvé cette réponse bizarre, le lendemain étant un samedi. Il a alors pris l'autobus pour se rendre chez lui. Contre deux autobus, des policiers en uniforme lui ont demandé de s'identifier et ensuite l'ont forcé à les suivre dans leur voiture. Ils l'ont conduit à l'Hôpital St-Michel Archange.
Malgré ses protestations, il était conduit dans un département où il a demandé des explications; après deux ou trois heures, un médecin, le docteur Beaudoin, s'est présenté. Ce médecin l'a encouragé mais lui a dit qu'il faudrait attendre au lundi, vu la fin de semaine, pour voir son médecin traitant le docteur Dorion, et qu'entre temps rien ne pouvait être fait. Durant le week-end on ne lui permit pas l'usage du téléphone.
Le lundi matin, à ses demandes d'informer l'ambassade Yougoslave ou de trouver quelqu'un pour l'aider, le docteur Dorion lui parlait de l'Ombudsman et du recours à l'habeas corpus. Ce médecin lui expliquait aussi que son hospitalisation était due à un examen et aux notes du docteur Grenier. Le témoin n'y comprenait rien, le docteur Grenier étant un inconnu pour lui. Le patient et le médecin parlèrent était jaloux. Le docteur Delev lui répétait de vérifier les allégations de l'épouse qui était une malade mentale et d'appeler pour s'en convaincre le psychiatre de l'hôpital Enfant-Jésus où elle avait été hospitalisée. Il lui demandait aussi de vérifier auprès de policiers, quoique l'incident ayant quinze jours, il était préférable de vérifier à Hamilton. Il a à son avis agit plutôt comme un médecin en indiquant au médecin traitant la procédure requise en l'instance. Selon lui, la schizo-paranoïa était une étiquette qui pouvait s'apposer à n'importe qui. Les locateurs ne savaient rien. Ils ne comprenaient pas sa langue. Il lui signalait les problèmes de langue de sa femme et lui conseillait d'engager un interprète.
Il communiquait alors avec le docteur Juretic, qui était son ami avant cette affaire et qui a présenté l'histoire comme une tempête dans un verre d'eau. Il l'a su parce qu'il a toujours pu consulter son dossier hospitalier. Le docteur Juretic l'informait que les docteurs Roy et Dorion avaient organisé une réunion où son cas serait examiné et qu'il n'était pas question d'hospitalisation. Comme rien ne survenait, le patient s'impatientait et les infirmières lui recommandaient de s'adresser à l'Ombudsman et à l'aide juridique. Plus tard, il recevait de Me Marceau une lettre l'informant qu'il ne pouvait rien faire. Le témoin pense que Me Marceau a été trompé par ses assistants. C'était choquant d'être ainsi hospitalisé sans cause, sur les seuls dires d'une malade et sans recevoir de traitement. Il essayait de faire comprendre qu'il n'était ni malade ni dangereux au médecin traitant mais sans succès.
Le docteur lui disait que son frère Kosta s'en venait. Ceci apparaissait inutile au patient. Son frère n'était pas psychiatre et c'était aux médecins de décider, mais le médecin insistait qu'il fallait attendre la venue de Kosta.
Vers le 20 décembre, Kosta arrivait. Le 24, une réunion était tenue où assistaient le patient, les docteurs Roy et Dorion, une infirmière, Kosta et un interprète. Kosta était au début très hostile à l'égard des médecins. Ceux-ci lui expliquaient que le témoin avait tenté de tuer sa femme et l'avait frappée et qu'il fallait le garder à l'hôpital pour protéger madame. La réunion sa terminait sans solution et le patient apprenait qu'on convoquerait l'épouse. Il croyait ce geste inutile parce qu'elle ne ferait que répéter les mêmes accusations. Par la suite, son frère a cessé de venir le voir et est retourné dans son pays sans l'aider.
Le patient reprenait alors ses démarches pour retourner en Yougoslavie mais apprenant que sa famille demeurerait au Canada, il changeait d'idée. Plus tard, il obtenait d'être transféré à St-Jean de Dieu où il fut conduit par des infirmiers accompagnés d'un policier. Il y a été reçu par le médecin chargé de l'admission et placé dans la salle St-Gabriel où les infirmières se sont montrées - contrairement à celles de St-Michel - très désagréables a son égard. Elles refusaient de communiquer avec le docteur Juretic.
Le lendemain, il voyait le docteur Juretic qui l'assurait qu'il ne décelait aucun signe de maladie et que le patient aurait son congé dans les prochains jours. Cependant, il était soumis à un régime très sévère et laissé dans une salle où les autres patients étaient réellement malades. Il fut même physiquement attaqué par un.
Le 23 février, le docteur Juretic lui répétait qu'il n'était pas malade et lui montrait la note évolutive du 18 février. Il affirme se souvenir que les deux dernières lignes de cette note n'y étaient pas alors écrites. Le médecin lui montrait aussi un document qu'il avait signé à l'effet que le diagnostic était dépression situationnelle et qu'il se trouvait maintenant en cure libre. Il a alors réalisé, sans savoir la loi mais comme médecin, que cela signifiait que le patient était volontaire et il a encore insisté pour avoir son congé définitif. Le docteur Juretic est alors disparu pour une semaine. Le patient demandait et redemandait s'il était malade ainsi que d'être vu par son médecin. Pendant ce temps, il était vêtu dans un genre d'uniforme du type porté par les grands malades. Sur ses insistances, il était transféré dans un autre groupe où le seul changement était l'habillement; les autres restrictions demeuraient inchangées.
Au moment où il allait demander son transfert dans un autre groupe où le traitement accordé aux malades était plus favorable, le docteur Juretic réapparaissait après ses vacances.
Le patient se plaignait de la situation, entre autres de difficultés avec un patient qui l'avait attaqué au point de lui causer une ecchymose à l'oeil. Le docteur Juretic lui demandait pourquoi il ne s'était pas défendu. Le patient répondait qu'il avait craint qu'on interprète son geste comme de la violence physique. Le témoin était «un peu persistant» quant à ses demandes et le docteur Juretic s'est fâché. D'une voix menaçante il disait au patient qu'il était pour l'assouplir. Après l'entrevue, les infirmières lui donnaient un médicament qui l'a fait dormir trois ou quatre jours. Jusqu'à ce moment, probablement en avril, il n'avait reçu aucun médicament, ce qu'il avait reproché au médecin. Alors on lui prescrivit un léger calmant.
Lors d'une discussion quant au congé, le docteur Juretic disait qu'il allait demander à l'épouse, qu'il n'avait pas le choix, qu'elle devait décider. C'est vers ce moment qu'il écrivait aux autorités de l'hôpital demandant un examen objectif et exprimant son absence de confiance dans la compétence du docteur Juretic). Après cette lettre, qui est datée du 4 avril 1972, le docteur Legault, qui n'avait jamais voulu le voir ou discuter avec lui, l'informait qu'une réunion était cédulée pour le 25 avril, croit-il. A cette réunion où étaient présents le docteur Legault, deux ou trois autres psychiatres de la salle St-Gabriel, des étudiants et le personnel de l'époque, il y eu un dialogue entre lui et le docteur Legault. Toutes les autres personnes présentes, sauf une psychiatre, demeuraient silencieuses. Le docteur Legault lui demandait s'il avait voulu tuer son épouse, ce qu'il niait en répétant que les seuls renseignements à leur disposition originaient de l'épouse et que personne n'avait de connaissance de son comportement mental. Le docteur Legault lui reprochait d'être jaloux. Le patient insistait pour savoir si cet état était pathologique et demandait au docteur Legault quelle serait sa réaction si sa propre épouse sortait avec n'importe qui. Il trouvait anormale la réponse du médecin et les personnes présentes l'applaudissaient.
Quelques jours plus tard, il quittait l'hôpital qui envoyait un médecin le conduire à l'autobus car, par une forme de chantage, le docteur Juretic lui avait dit que s'il ne quittait pas le Québec, il serait réhospitalisé. Le docteur Delev trouvait ce geste malhonnête.
A Hamilton, il tentait de reprendre ses cours d'anglais et de se trouver du travail selon des indications que lui avait données le docteur Juretic mais qui, selon lui, se révélaient non sérieuses. Il apprenait aussi qu'un médecin ne pouvait imposer à un ex-patient l'endroit où celui-ci devait s'établir.
Le témoin se mettait alors à tenter de communiquer par téléphone avec les docteurs Grenier et Juretic. Le premier refusait toute discussion et lui disait de rester sage s'il ne voulait pas se retrouver en Yougoslavie. Le deuxième était aussi peu coopératif.
Ne pouvant retourner à ses cours d'anglais ni se trouver de travail à Hamilton, il allait à Toronto où il travaillait au début comme laveur de vaisselle. Plus tard, il travaillait comme infirmier. Un an et demi plus tard il subissait un accident et vivait de compensation de travail pour une période de deux ans. Depuis un an, il ne peut travailler à cause de problèmes d'arthrite.
A des questions précises, il répondait
qu'il a su le changement de cure le jour même lorsque le docteur Juretic lui a montré le document. Il a alors demandé son congé définitif parce qu'il était évident pour lui qu'il n'était pas obligé de demeurer à l'hôpital. Le docteur Juretic lui répondait qu'il devait demeurer parce qu'il y avait beaucoup de signatures de Québec et qu'il ne pouvait aller contre ces signatures. A ceci le témoin lui répondait qu'un médecin compétent, le connaissant depuis longtemps et comprenant sa langue, devait pouvoir prendre ses propres décisions et pouvoir contester des signatures apposées dans son dossier sans examen et sans preuve. Le docteur Juretic se disait incapable de ce faire et demandait au docteur Delev de demeurer en démontrant de la patience.
Appelé à donner ses commentaires concernant le problème de jalousie, le témoin disait qu'il a toujours tenté d'aider les médecins à cet égard en leur disant de vérifier les faits. Par exemple, il avait dans le passé envoyé son épouse passer des vacances seule à la mer Adriatique et plus tard au Nouveau-Brunswick. Etait-ce la les gestes d'un jaloux, d'une personne qui irait plus tard l'observer avec les longues-vues? Il n'a jamais posé de tel geste.
A la question de savoir s'il avait jamais menacé sa femme avec une hache, il répondait que cette question pour lui était une sorte d'insulte; il est incapable de tuer qui que ce soit, encore moins la mère de ses enfants. Il n'a jamais menacé personne de sa vie. Il n'avait même pas de hache à la maison le jour de l'incident où les policiers sont venus. Lorsqu'on lui montre la note de l'interne Boucher, il dit que c'est bizarre et il nie l'avoir jamais rencontré. Bien plus, il n'a pu retrouver son nom dans l'annuaire médical comme psychiatre.
Parlant du docteur Dorion, il dit qu'au début ce médecin lui a fait une bonne impression mais qu'il a vite noté qu'il était jeune et sans expérience; il a tenté de l'aider en lui montrant comment faire un examen relatif à la jalousie, par exemple. Il lui donnait les exemples des moeurs différentes des esquimaux et des arabes; bref que les gestes devaient s'étudier selon les moeurs et coutumes de chacun. Il lui soulignait que dans son cas personnel, même s'il était jaloux, il n'était pas un cas comme ça. La réponse du docteur Dorion fut de lever les épaules.
Il a aussi expliqué au médecin l'hospitalisation de son épouse à l'hôpital Enfant-Jésus pour hystérie alors qu'il croyait qu'elle avait ingurgité certaines pilules qu'il avait en sa possession. A l'hôpital cependant on aurait découvert qu'elle n'avait rien pris, qu'elle souffrait seulement d'hystérie.
Référé au rapport du psychologue Fortier, il affirme que c'est du trucage; il ne l'a jamais rencontré. Il a seulement rencontré une technicienne à qui il a dit qu'il serait inutile de conduire un examen psycho-métrique.
Appelé à commenter la note évolutive du 27 janvier faite par l'étudiant de quatrième année Tremblay, il reconnaìt que cette note est plus ou moins exacte sauf certains préconceptions de déformations que l'on y retrouve. Il trouve bizarre cependant que cet interlocuteur lui ait demandé l'origine et le moyen de guérir sa maladie.
Vu que le docteur Roy l'avait dans un écrit déclaré apte à poser les gestes de l'état civil, il trouve cruel qu'on ait demandé a son épouse l'autorisation de lui faire une ostéotomie, une intervention dont il n'avait pas besoin. D'ailleurs, il a eu beaucoup de difficultés avec les médecins de médecine physique.
Lors du contre-interrogatoire, il a dit avoir eu un premier mariage qui avait duré environ un an. Il étudiait alors à Belgrade et son épouse demeurait à Skopje. Une fille est née durant le mariage. Il en conteste la paternité. Il n'a aucune preuve scientifique mais il est certain. La femme du père biologique lui a dit qu'il avait couché avec sa première femme.
Il reconnaìt avoir déménagé à trois reprises en Yougoslavie. Il est allé à Paris et en Autriche comme visiteur et non pour s'y chercher du travail. Il a fait des démarches pour se rendre en Algérie et au Canada.
Il a été congédié de l'Université Laval après un an parce qu'il n'avait pas la compétence voulue. A l'hôpital St-Sacrement il n'a pas eu de conflits de personnalité; on y était satisfait de son travail. Par ailleurs, il a vécu au Québec d'aide sociale jusqu'à ce qu'il se rende en Ontario étudier la langue anglaise.
Pressé sur le point, il affirme catégoriquement n'avoir jamais en aucune circonstance frappé son épouse. Il n'a jamais même menacé de le faire. Il reconnaìt cependant avoir eu avec elle des discussions, des chicanes assez fortes mais sans jamais lever la main sur elle.
Lorsqu'on lui signale la note du médecin traitant où celui-ci relate que le témoin a parlé d'un léger soufflet, il dit qu'il parlait de façon «préjorative» et qu'il n'y apparaìt pas qu'il parlait de sa femme141. Référé à la note du médecin où il est relaté: «même s'il a menacé son épouse, il l'a même frappé il y a plus d'un mois, il n'est pas assez fou ...», il dit que ce qu'il a dit c'était qu'il niait et qu'il s'agit d'une insinuation ou d'une incompréhension de la part du médecin. Il n'a jamais dit qu'il avait menacé de tuer sa femme ou qu'il l'avait frappé.
Dans son esprit, sa femme est une menteuse et une personne malade. Elle a été hospitalisée pour ça. Tous les hystériques sont des menteurs.
Lorsqu'on le reporte à la note du 16 novembre: «Il dit qu'il aurait menacé sa femme, mais pas avec une hache,» il affirme que c'est faux. Les seules menaces qu'il a faites ont été de se divorcer.
Aux questions du procureur du docteur Juretic, il dit avoir connu ce dernier environ deux ans avant les événements. Il est même allé chez lui. Les rencontres avec le docteur Juretic, un compatriote, étaient afin de voir s'il pouvait recevoir de l'aide relativement à son établissement dans sa profession au Canada.
Il s'est bien entendu avec les infirmières de St-Michel qui lui ont souvent laissé consulter son dossier. Bref, il s'entendait bien avec les infirmières mais pas avec les médecins qui à cause de leur jeunesse étaient, selon lui, incompétents.
A St-Michel, il n'a pas reçu de médicaments autres que des soporifiques et à sa demande. A St-Jean, il n'a rien reçu non plus jusqu'à ce qu'il en demande au docteur Juretic, même si n'étant pas malade il n'«en avait pas besoin». Ce docteur en a prescrit pour la seule raison de le convaincre qu'il était malade. Après avoir dû être de répondre, il dit finalement avoir pris les médicaments prescrits.
Depuis sa sortie de l'hôpital, il a communiqué par téléphone avec le docteur Juretic à une seule reprise. Il n'a jamais appelé à sa résidence.
Comme il avait trouvé anormale la recommandation de départ du docteur Juretic de demeurer en Ontario, il est revenue à Québec une ou deux semaines plus tard pour rencontrer ses enfants après les avoir fait contacter à leurs écoles.
A son arrivée au pays, il ne parlait pas l'anglais et seulement un peu le français. Il a pris de cours de langue française à Québec. Il a fait demande d'admission a la pratique de la médecine; il s'est présenté aux examens à deux reprises. Il eut deux échecs a cause de problèmes de français. Il a pensé alors se diriger ailleurs. Le docteur Juretic a suggéré les États-unis et le Nouveau Brunswick. La suggestion des États n'était pas sérieuse. Il ne parlait pas l'anglais. Il n'a pas tenté d'aller au Nouveau Brunswick parce que l'hospitalisation est survenue dans l'entrefaite.
Lors de la contre-preuve, le docteur Delev a décidé de témoigner en anglais ce qui a été regrettable car il a semblé avoir une meilleure maìtrise du français parlé et ce qui rend le sens de certaines de ses longues réponses plus difficiles a capter, surtout qu'il était ces jours-là très agité, beaucoup plus qu'a l'ordinaire, en gesticulant, soupirant et parlant d'un ton fort.
Il a nié à nouveau avoir a frappé son épouse; il à de nouveau répété qu'elle était clairement une hystérique. Il a expliqué que leur seule dispute sérieuse a été celle relative à des visites de marins ce qui est mal vu dans son pays.
Dans une sorte de plaidoyer, il a questionné la possibilité d'avoir été un schizophrénique à l'Hôtel-Dieu et calme dans la voiture des policiers et à son arrivée à St-Michel. Les grandes erreurs en l'instance ont été de ne pas établir que sa femme était une hystérique à qui l'on ne pouvait accorder aucune crédibilité et de ne pas avoir su apprécier les différences culturelles. Ce qui lui est arrivé est pire qu'en Russie et tous les médecins ont tenté de couvrir l'affaire.142
Plusieurs erreurs se retrouvent dans les documents. Il n'a jamais connu le docteur Grenier, la formule d'internement à été modifiée, la formule il est cousue d'erreurs, il n'a jamais eu la chance de coopérer lors de l'entrevue avec le docteur Dufour. A St-Jean, on contrôlait même ses lettres.
Comme il ne pouvait croire le témoignage du docteur Dufour, il ne pouvait croire celui du Docteur Legault sauf qu'il reconnaissait avoir eu une entrevue de genre décrit par le médecin qui n'avait pu alors lui prouver qu'il était malade. Selon lui, la présentation de cas n'a pas eu lieu en mars mais bien environ une semaine avant son départ.
Lorsqu'on lui demande ce qu'il pense des affirmations des docteurs Legault et Juretic qu'il était libre de quitter et qu'il était demeuré parce qu'il voulait un certificat, il répond qu'il ne peut croire que des médecins fassent de telles affirmations. Il était en fin de compte médecin et sensé et il n'eut pas été logique ou normal de sa part d'exiger une telle chose.
Lors de conversations téléphoniques durant séjour de Québec, le docteur Juretic lui avait dit qu'il arrangerait tout. Mais à l'hôpital ce médecin lui a parlé d'évêques hospitalisés comme si ça devait être une consolation pour lui. Il a trouvé le tout bizarre. Ce qu'il voulait c'était sortir et il niait les allégations de sa femme. Mais le docteur Juretic refusait toujours à cause des signatures de Québec et en disant que le patient était déprimé et qu'il fallait attendre.
A cette époque, le patient était dans la pire des salles où il était vêtu de pyjamas et n'avait aucun privilège de sortir, de lire ou d'écrire.
A son retour de vacances, le médecin lui promettait de le laisser partir la semaine suivante. Le moment venu, ayant obtenu ses vêtements de ville, il attendait le médecin avec les papiers de congé. Finalement quand, après beaucoup d'insistance du patient, le docteur Juretic arrivait et lui disait en leur langue en lui montrant le poing: «Je vais t'amollir la tête; tu es un têtu; tu ne veux admettre ta maladie; tu resteras ici pour des années si tu gardes cette tête.» Le patient n'y comprenait rien. Les infirmières lui donnaient un médicament qui le rendait confus pendant 24 heures.
Questionné sur le fait qu'il aurait accusé son frère d'être venu coucher avec sa femme, il témoigne que cela n'avait pas de bon sens. Kosta était venu ici à un grand coût, peut-être deux mille dollars. «You saw her», ajoutait-il, «she's not worth it to pay for her thousand dollars. And in Yugoslavia are lots of girls younger, nicer and cheaper.». Seulement une prostituée ferait de telles choses, il ne la croit pas telle. Il n'a jamais dit que son frère soit venu ici pour coucher avec sa femme. L'accuser d'avoir dit une telle chose le blesse.
A une réunion, qui selon lui n'est pas notée au dossier, avec les docteurs Roy et Drouin, une infirmière, Kosta et un interprète, Kosta a voulu prendre charge de lui mais les médecins ont refusé à moins que l'épouse donne son accord en relatant les allégations de cette dernière. A partir de ce moment, Kosta devenait beaucoup plus froid.
Il admettait aussi avoir tenté de se servir de ses enfants qu'il aimait beaucoup pour essayer d'attendrir son épouse. Depuis sa sortie des institutions il n'a jamais approché son épouse, sauf qu'une fois il passait prés de sa résidence pour voir les enfants. Elle l'a vu et s'est immédiatement enfuie dans la maison à la course.
Lors de la continuation de son témoignage en contre-preuve le lendemain, il réaffirmait qu'il n'avait pas menacé ni son épouse ni les docteurs Juretic et Dorion. Il ne peut pas s'expliquer pourquoi tous ont peur de lui à moins que ce soit chez-eux un sentiment de culpabilité. Comment pouvaient-ils avoir si peur lors d'appels téléphoniques ou encore a l'hôpital lorsqu'il n'avait aucune arme.
Quant à la menace relatée par le docteur Dionne, c'est vrai qu'il lui a téléphoné mais il lui a seulement dit: «Vous êtes responsable de cela. Vous seul pouvez m'en sortir». A la fin de l'interrogatoire en chef, il dira qu'il n'a jamais eu l'impression que le monde était contre lui, seulement les personnes impliquées ici. Il n'a jamais eu de dispute sérieuse avec qui que ce soit d'autre. Il trouve même des excuses pour les gestes de son épouse.
En contre-interrogatoire, il reconnaissait que la personne qui hallucine ne se souvient pas des événements. Il reconnaissait aussi qu'il avait des doutes quant à la paternité du dernier de ses enfants; cela parce que les dates ne concordaient pas et que madame l'a mal traité.
Il réexplique aussi ses sentiments à l'égard des marins en disant qu'il n'est pas bon pour la réputation d'une femme de s'asseoir et boire avec des marins. On peut douter des moeurs de celles qui le font. «Everything is possible». Il a pensé que ceci avait pu se passer entre sa femme et les marins. Cependant qu'elle l'ait fait ou non est pas important.
Il n'a pas coopéré avec les médecins si la coopération signifiant qu'il devait accepter sa maladie. Or, il n'a jamais accepté qu'il avait besoin d'être traité.
Il a enregistré un appel avec le docteur
Juretic parce qu'il voulait savoir quelle avait été sa maladie et pourquoi on l'avait gardé à l'hôpital pendant 3 mois. Avant l'arrivée à St-Jean, ce docteur avait été un appui mais dès son arrivée il ne voulait plus le voir. Le témoin admettait aussi avoir enregistré plusieurs autres conversations téléphoniques dont avec les docteurs Divic et Littmann et deux avocats.
B). Madame Delev
L'épouse du demander a témoigné que les premières années du mariage, célébré en 1959, ont été assez heureuses et que les premiers problèmes sont survenus à Rtan, le premier endroit où le demandeur a pratiqué sa profession après avoir été reçu 1960. Il lui a fait une crise de jalousie relativement à un voisin. Il lui avait reproché d'être gentille avec lui. Elle a alors compris qu'il était jaloux.
Après un an, le couple est déménagé à Kucura en Voivodina où ils sont demeurés deux ans sans avoir de difficultés sauf que le mari a dû travailler très fort.
Après deux ans, la famille est déménagée à Pléternica où le mari eut des conflits avec un collègue à qui a voulu faire un procès. Les conflits familiaux étaient alors fréquents. Il reprochait à son épouse leurs déménagements qui survenaient par sa faute à elle. C'est a ce moment qu'il a commencé à penser à l'émigration. Le couple est allé en Autriche et il s'est présenté à l'ambassade du Canada. Elle n'était pas d'accord. Il avait des bon revenus; ils avaient trois garçons et la famille, qui n'était pas non plus d'accord avec un départ éventuel, demeurait au pays. Tous ont tenté de le convaincre de ne pas partir. Elle s'est même rendue en Autriche avec son beau-frère pour essayer de le convaincre de ne pas émigrer.
Vers 1966, elle s'était rendue à la mer Adriatique seule avec ses trois garçons. Un soir, il cognait à leur porte de chambre. Il paraissait très content de la voir seule avec les trois enfants et lui racontait qu'il la surveillait sur la plage avec des longues-vues depuis trois jours et qu'il avait été très heureux de la voir seule avec les enfants.
Le couple est arrivé au Canada en septembre 1968 avec le plus jeune des trois garçons, les deux autres ayant été laissés en Yougoslavie. A Québec, il critiquait toujours son épouse qui était enceinte. Il la blâmait de tout devant les voisins et amis. Un soir à l'époque des fêtes 1969-1970, madame avait invité un couple de jeunes immigrants yougoslaves de leurs amis à venir souper. Le même soir, les Lyonnais, leurs locateurs, les avaient aussi invités à dìner. Le docteur Delev n'était pas content de manquer cette invitation. Les Vargas partaient tôt et après leur départ le couple s'est chicané. Il lui a reproché de n'être pas une femme honnête; lui disant qu'elle invitait les Vargas parce qu'elle était intéressée dans le mari. Madame trouvait que ces reproches étaient difficiles à accepter vu qu'elle était enceinte et avait abandonné son pays en y laissant sa mère veuve qu'elle aimant beaucoup et deux de ses enfants et qu'elle lui avait toujours été fidèle. Elle devint si désolée qu'elle pris des pilules pour dormir. Elle voulait mourir. Elle n'avait plus aucun espoir. Elle avait déménagé avec lui à plusieurs reprises en Yougoslavie et même au Canada dans l'espérance qu'il retrouverait son calme mais c'était pareil sinon pire. Elle a beaucoup dormi et se souvient d'avoir été conduite a l'hôpital par monsieur Lyonnais.
Par la suite, le dernier enfant naissait et les deux autres arrivaient à Québec. L'époux avait des difficultés de travail, et il n'était pas gentil pour son épouse qui se trouvait du travail dans une garderie. Ils déménageaient à Ste-Foy.
Puis il rencontrait un jeune Yougoslave marin de son métier, marié à une canadienne-française, qui leur rendait de menus services et qui les visitait à l'occasion. Au début les visites étaient sans problèmes. Très tôt l'atmosphère changeait. Une fois après la visite de monsieur et madame Armanda, le docteur Delev faisait de graves reproches à son épouse: elle regardait trop l'homme, elle l'avalait des yeux, elle n'était qu'intéressé aux choses du sexe. Il a frappait à cette occasion alors qu'elle avait le bébé dans les bras et la poussait contre un mur. Monsieur Armanda avait des frères marins et à l'occasion le docteur Delev les avait rencontrés et les avait même invités à la maison. Après son départ, le docteur Delev avait dit qu'il avait trouvé que son épouse avait trop parlé avec eux.
Pendant l'absence des deux maris vers le début de septembre, arrivait à Québec un autre frère Armanda qui ne parlait pas le français. Madame Delev acceptait la demande de l'autre dame d'interpréter et madame Armanda, accompagnée du beau-frère, se rendait avec son père, sa mère et un de ses frères à la résidence Delev. Elle avait apporté une bouteille de boisson et en buvant un verre, la conversation de déroulait grâce à l'aide de madame Delev et puis tout le monde parlait.
Au retour de son mari, madame Delev lui racontait l'épisode. Sur l'entrefaite le docteur Delev parlait à ce marin. Plus tard, sans agressivité, il exprimait son mécontentement et lui défendait de recevoir des marins à la maison. Rien ne pouvait le convaincre que le tout avait été sans conséquence. Et le mari repartait pour Hamilton.
Durant la semaine suivante, en promenant son enfant, elle remarquait leur voiture stationnée sur une rue adjacente. Elle ne comprenait pas pourquoi l'automobile n'avait pas été stationnée à leur résidence. Dans la soirée, il lui disait qu'il était allé parler aux Armanda pour leur défendre de revenir à la maison d'un médecin. Madame trouvait cette attitude déraisonnable et, le matin venu, se refusait à lui. Il la tirait par les cheveux et lui donnait quelques coups de poing sur le coin gauche de la bouche. Insultée et pleurant, madame lui disait qu'elle ne voulait plus vivre avec lui. Son attitude était inacceptable, elle lui avait toujours été fidèle. Immédiatement après, il se rendait chez madame Lyonnais qui plus tard venait la visiter à se demeure. Le même soir monsieur Lyonnais venait aussi la visiter. Puis le docteur Delev retournait à Hamilton.
Environ une semaine plus tard, il est revenu à la maison et son épouse ne voulant pas lui parler allait dans la chambre d'un garçon. L'enfant endormi, le docteur Delev lui intimait l'ordre de sortir et de venir dans leur chambre où elle se couchait. Il arrivait alors avec une hache et l'accusait de putain, de nymphomane, d'être capable avec n'importe qui, même avec leurs garçons quand ils seraient grands, d'avoir même couché avec son frère - il comprenait maintenant pourquoi ce frère avait été contre l'idée du départ - d'être malade sexuelle. Il lui reprochait la visite du marin et de toutes autres personnes qui étaient venues à leur résidence.
Il avait toujours la hache et madame avait très peur. Il lui disait qu'il allait les tuer. Il était presque défiguré, il était pâle, son nez tremblait et ses yeux étaient perçants. Elle lui demandait de prouver ses assertions. Lui répondait qu'il avait découvert que le marin Armanda était demeuré plus longtemps qu'elle ne lui avait dit. Elle tentait de le calmer en lui parlant de leurs enfants. A ce moment le bébé se réveillait et elle attirait son attention sur l'enfant et lui disait de lui apporter de l'eau. Pendant qu'il s'occupait de cette tâche, madame Delev en robe de nuit fuyait à l'extérieur en criant au secours, l'époux derrière elle. Finalement, une voiture arrêtait et l'occupant refusant la demande de l'époux d'évincer sa femme, la conduisait chez lui où la police était sommée.
Retournant a la maison avec les policiers, elle leur demandait d'amener le mari à la prison ou à l'hôpital car elle avait peur. Il la représentait aux policiers comme une femme qui fait des choses pareilles. On recherchait la hache qui n'était pas retrouvée. Alors les policiers leur disaient de régler leurs querelles ensemble. Comme elle insistait pour qu'ils l'amènent, il lui disait en Yougoslave: «Arrête, tu peux me mettre en prison ou à l'hôpital mais je te retrouverai où que tu ailles». Il semblerait que plus tard durant l'hospitalisation la hache ait été retrouvée derrière de vieux meubles entreposés dans le sous-sol de leur résidence.
Après, il était calme. Quelques jours plus tard, il retournait en Ontario.
Dans l'intervalle, elle parlait à madame Lyonnais des événements passés. Elle en parlait aussi aux Dionne. Il fallait faire quelque chose; elle lui écrivait aussi de consulter un médecin. Dans sa réponse, il disait qu'il trouvait la suggestion insultante. (Cette lettre a été produite comme DSMA-T-3.)143
Auparavant elle avait rencontré le docteur Grenier et son infirmière à qui elle avait relaté sa version des faits.
Vers le 10 novembre, le docteur Delev revenait à Québec pour la première fois depuis l'épisode de la hache. Il était déprimé, peut-être a cause d'un accident de voiture qu'il avait subi et il se plaignait de son ulcère. Elle le recevait bien et tout était calme. Le lendemain matin, il allait à l'Hôtel-Dieu pour examen gastrique. Durant la matinée, elle recevait un appel du docteur Dufour lui demandant d'aller signer. Sa réaction première fut de refuser parce qu'il avait été gentil les deux jours précédents. Devant l'insistance du médecin qui disait que la même chose pouvait revenir à tout moment, elle se rendait à l'hôpital pour parler à son mari.
A cet endroit, elle rencontrait le docteur Dufour et refusait toujours de signer et descendait rencontrer son mari au service d'urgence. Dès le début de la rencontre alors qu'elle pleurait, celui-ci l'accusait d'être venue signer, d'être une putain, disait que sa vie avait été ruinée par deux putains et la traitait d'infidèle. Elle eut peur, la même peur que le soir de l'épisode le la hache. Il la menaçait du poing et s'approchait d'elle; elle eut l'impression qu'il voulait la frapper. Elle sortait en courant et remontait au service de psychiatrie où, en pleurant, elle demandait la formule qu'on avait voulu lui faire signer plutôt. Elle était bouleversée et signait la formule III.
Sautant les étapes, à ce point de son témoignage, elle affirme qu'avant le début du procès, le demandeur en lui parlant au téléphone à exprimé des doutes relativement à la paternité surtout du dernier enfant et peut-être aussi de l'avant-dernier et a dit qu'il allait les faire tous examiner pour savoir ce qu'il en était. Madame lui disait qu'elle acceptait ces examens.
Après l'hospitalisation, le témoin à rencontré le docteur Dorion une fois seule, une fois en présence de son mari, et une fois en présence du beau-frère Kosta et des docteurs Roy et Dorion. Elle a raconté au docteur Dorion les mêmes faits qu'elle venait de relater devant le tribunal.
Le beau-frère, Constantin dit Kosta, est venu en décembre. Madame lui avait écrit pour demander son aide parce qu'elle voulait que la vie commune continue. C'est la même raison qui l'avait poussée à demander une aide psychiatrique. A son arrivée, Kosta allait directement à l'hôpital voir son frère et par la suite demeurait à Québec chez sa belle-soeur durant une période d'environ 3 semaines. Durant cette période, il visitait souvent son frère et il lui est arrivé de revenir de telles visites complètement bouleversé. A un moment Kosta défendit à l'épouse, qui nie avoir eu une liaison ou des relations avec son beau-frère, de même parler au téléphone avec son mari. De fait, elle affirmait n'avoir jamais de sa vie eu de relations sexuelles avec quiconque sauf le demandeur.
En contre-interrogatoire, elle a expliqué que vu que son mari avait de l'hôpital parlé aux enfants, elle a dû leur expliquer l'événement de la hache et que c'est avec eux qu'elle a conduit les recherches dans le sous-sol qui ont mené à la découverte de ladite hache 2 ou 3 semaines après l'hospitalisation. A la question de savoir si elle n'aurait pas dit aux psychiatres que la hache retrouvée n'était pas celle qui aurait été dans les mains du mari lors de l'événement, elle affirmait que la hache retrouvée était bien celle-la.
Ce qu'elle avait trouvé bizarre dans le comportement jaloux de son mari en Yougoslavie c'était qu'il lui faisait des reproches particulièrement en relation avec un individu mais il demeurait quand même ami avec cet individu.
Elle n'a pas vu son mari l'espionner lors de l'épisode de la mer Adriatique; ses propos sont entièrement fondés sur ce qu'il lui a dit. Comme d'ailleurs ce qu'elle a relaté quant au premier mariage.
Lors de son hospitalisation à l'hôpital Enfant-Jésus, elle a surtout dormi. A sa sortie, les médecins ne lui ont pas conseillé de suivre une psychothérapie. Lors de son entrevue avec l'infirmière du docteur Grenier, elle ne croit pas avoir mentionné cet épisode. Elle ne se croyait pas malade et ne s'est jamais considérée comme telle. Elle avait été passagèrement découragée par les événements, par les accusations de son mari, par la perte de ses espoirs de le voir se calmer rendu au Canada où, dès le début, il la blâmait de tout et alors qu'il y avait beaucoup de conflits et des bagarres.
Il l'avait accusé d'être neurasthénique
devant le gynécologue et devant les amis d'être communiste, athée et d'être la cause de leurs nombreux déménagements et de ses difficultés au travail, au point que ses amis sont devenue influencés contre elle.
Elle avait dit que le beau-frère Kosta était un homme exceptionnel. Pressée de préciser, elle mentionne qu'il s'est occupé en Yougoslavie des deux garçons avant qu'ils viennent rejoindre leurs parents à Québec, que c'est lui qui, pendant un certain temps, a payé la pension que le docteur Delev devait à sa première épouse.
Lorsqu'on lui montre la note au dossier de l'Hôtel-Dieu où l'infirmière Lord a écrit que le docteur Dionne demande que le patient soit gardé à St-Michel jusqu'à l'arrivée du frère qui «a tenté d'ailleurs d'interner le Dr. Delev il y a 3-1/2 ans en Yougoslavie», elle reconnaìt que l'information vient d'elle. En expliquant les circonstances de ce qui s'était réellement déroulé, il ressort qu'aucune tentative n'avait réellement été faite. Tout ce qui était survenu avait été une discussion entre elle et le beau-frère qui, trouvant l'idée de l'émigration déraisonnable, avait fait allusion au fait que le docteur Delev lui paraissait déséquilibré et qu'il faudrait faire appel à la police.
Lors de la rencontre pour la cueillette originale de renseignements, elle a rencontré le docteur Grenier qui lui a dit qu'il ne pouvait garder le mari à l'Hôtel-Dieu et que si elle avait peur il pouvait lui donner des calmants. Elle n'a pu préciser la durée de sa rencontre avec le docteur Grenier. Elle a passé plus de temps avec l'infirmière. Elle ne se souvient pas de lui avoir parlé de la prétendue tentative d'internement par le frère en Yougoslavie.
Lorsqu'elle a rencontré le docteur Dufour, il était au courant de ce qu'elle avait relaté a l'infirmière et il n'a pas posé beaucoup d'autres questions, s'il en a posé aucune. Il avait surtout insisté sur ses devoirs de mère et sur le danger de changements brusques dans le comportement du mari.
Le témoin reconnaìt que son mari était un père qui aimait beaucoup ses enfants mais il ne leur donnait pas de sécurité financière à cause des nombreux déménagements.
Répétant pour le procureur du demandeur, qu'elle avait toujours été fidèle, elle reconnaissait cependant être devenue enceinte avant le mariage. La note à l'intake de Garde Drouin à l'effet qu'elle avait eu son premier enfant après neuf mois de mariage était donc une erreur car l'aìné Gligor est né sept mois après le mariage.
Pressée de préciser la chronologie des événements, elle affirme que l'incident qui a suivi la visite des Vargas a eu lieu alors qui'ils habitaient à Ste-Foy alors que l'événement de la hache a eu lieu en octobre 1971 alors qu'ils demeuraient à Duberger depuis le mois de mai. Elle ne se souvient pas d'avoir parler de l'incident «Vargas» à Garde Drouin ou aux psychiatres.
Parlant de la lettre que son mari lui envoyait de Hamilton après l'incident de la hache, elle l'a qualifiée de «très menaçante».
Décrivant lors du contre-interrogatoire l'entrevue qu'elle a eue avec son mari à l'Hôtel-Dieu, elle révèle maintenant que le demandeur avait alors le même type de visage que le soir de l'événement de la hache.
Interrogée relativement à l'entrée au dossier P-3 mentionnant son appel où elle demandait la sortie de son mari parce qu'il avait eu sa leçon, elle affirme que le docteur Delev l'avait tellement attendrie et bouleversée qu'elle appelait le docteur Dorion pour lui dire qu'elle prendrait charge de son mari. C'était le docteur Delev qui lui avait dit qu'il avait appris sa leçon. Elle n'est pas certaine si elle a informé le docteur Dorion de ce fait.
Elle a toujours été consentante à reprendre la vie commune. Elle n'a décidé de divorcer qu'une fois que les médecins l'eurent assurée que son mari était inguérissable et qu'il continuerait toujours à la soupçonner. D'ailleurs, il parlerait encore aux enfants sur le sujet de son infidélité.
En réinterrogatoire, madame révélait qu'elle n'a jamais été hospitalisée depuis l'hospitalisation de St-Enfant-Jésus et qu'elle n'a jamais requis depuis de soins psychiatriques.
Appelée en contre-preuve par la demande,
elle affirme qu'elle avait parlé de sa tentative de suicide au docteur Juretic, mais qu'elle n'en avait pas parlé à Garde Drouin, ni au docteur Dufour ni au travailleur social. Elle a confirmé qu'à l'Hôtel-Dieu son mari ne l'avait pas touché, qu'il s'était seulement approché d'elle les poings levés dans sa direction au point qu'elle avait eu l'impression qu'il la frapperait. Elle a dit que les déménagements en Yougoslavie n'étaient pas reliés à des questions monétaires mais à des conflits.
Depuis sa sortie de l'hôpital, le demandeur lui a parlé au téléphone mais ne l'a jamais menacée. Dans un lettre il l'aurait cependant fait relativement à une question de bien-être social. Elle n'a pu d'autre part retracer cette lettre parmi celles qu'elle avait alors avec elle. Le demandeur, comme dès au début de son hospitalisation, soulève encore avec les enfants la question de sa fidélité ce qui a causé, et cause toujours, des frictions entre eux et lui.
Des mentions en passant de parties de témoignages de d'autres témoins ont à l'occasion été antérieurement faites. Pour compléter, il est utile de faire un court résumé d'autres parties pertinentes de certains témoignages.
C). Madame Lyonnais
Ce témoin qui est encore aujourd'hui très amie avec madame Delev a élaboré à l'audience ses dires au travailleur social en affirmant que le demandeur était du type qui se sentait maltraité par tous. Elle a relaté que la nuit de la tentative de suicide de madame sans comprendre ce qu'il disait, elle avait remarqué que la longue querelle avait été très orageuse.
Même après leur départ du logis qu'ils occupaient dans la maison des Lyonnais, le docteur Delev se confiait au témoin. Il s'est plaint à elle à plusieurs reprises du comportement de son épouse. Une fois il lui a dit qu'il l'avait battue. Le même jour, elle a visité madame Delev et elle a noté une enflure sur la joue gauche de cette dernière prés de la lèvre supérieure. Elle a aussi témoigné que madame Delev lui avait raconté l'épisode de la hache qu'elle s'était empressée de répéter à madame Dionne.
Elle estime que madame Delev a toujours été fidèle et n'a pas eu d'aventures avec quiconque. Le contraire est impensable.
En contre-interrogatoire, elle n'a pu expliquer pourquoi le rapport de travailleur social relatait aucun des événements sérieux au sujet desquels elle venait de témoigner. D'ailleurs, elle se rappelait guère d'avoir été à l'époque approchée par un travailleur social. De plus, elle était très évasive quant au fait de savoir si elle avait elle-même eu des problèmes psychiatriques. Elle ne croit pas avoir été suivie avec une certaine régularité par un psychiatre entre 1968 et 1971.
D). Monsieur Lyonnais
Ce témoin, qui est celui qui a identifié le demandeur pour les policiers le 12 novembre 1971, a confirmé la dispute orageuse qui a précédé la tentative de suicide de madame Delev. Il a aussi dit avoir vu certaines tuméfactions du côté gauche de la figure de madame Delev. A son avis en 1970-1971, le docteur Delev parlait très bien le français. Pour lui, il est impensable que madame Delev ait eu des liaisons: «elle n'avait pas le genre pour ça», dit-il.
Il pense qu'il a accompagné les policiers le 12 novembre à la demande de madame Lyonnais parce qu'elle lui avait dit que le docteur Delev était malade, qu'il devait être hospitalisé et qu'il s'était enfui.
Il n'a pas visité le patient à St-Michel parce qu'il n'a pas été invité et que le docteur Delev avait semblé furieux contre lui lorsqu'il l'avait identifié pour les policiers.
Il suffit de lire les réponses de ce témoin durant le contre-interrogatoire pour s'imaginer son attitude à l'audience et comprendre qu'il n'a pas impressionné le tribunal par son comportement. Le tribunal s'interroge aussi sur la crédibilité de madame Lyonnais quand l'on compare ce qui apparaìt au rapport du travailleur social avec l'abondance de détails dont elle se souvenait environ 8 ans après les événements.
E). Madame Claudette Dionne
Ce témoin, qui demeure une très bonne amie de madame Delev, a confirmé qu'elle a entendu parler des allégations de menaces de mort par madame Lyonnais. Elle est allée visiter madame Delev qui lui a paru bouleversée et terrorisée. Son mari a parlé de l'affaire au docteur Grenier, un psychiatre de l'Hôtel-Dieu qui, sur la demande du docteur Dionne, a rencontré madame Delev.
Le soir de l'hospitalisation, madame Delev était tellement, terrorisée, bouleversée et nerveuse qu'elle est allée coucher chez les Dionne avec sa famille. Elle y est demeuré deux jours. Ce témoin considère que madame Delev bien au contraire de dramatiser ses problèmes cherchait à les cacher. Entre 1968 et 1971, madame Delev ne s'est jamais plainte de son mari. En 1971, elle lui apparaissait une femme normale.
A sa connaissance, madame Delev n'a jamais trompé son mari, n'a jamais eu de liaison, même depuis le divorce. Elle n'est pas remariée et encore aujourd'hui elle est très réservée et ne vit que pour ses garçons.
Quant à la note du docteur Dorion où son nom est mentionné, elle reconnaìt avoir reçu un appel de ce médecin. Elle savait à ce moment la que Kosta était en route. Madame Delev était encore terrorisée et, comme les autres, elle espérait que la venue du frère apporterait une solution. On croit comprendre du témoignage qu'elle et ses amis ont été surpris de la tournure des événements. Cependant elle ne croit pas avoir eu aucune influence sur les médecins traitants, même si tous étaient inquiets de la décision qu'ils pourraient prendre relativement au congé du docteur Delev.
F). Le docteur Louis Dionne
Ce témoin était en 1971 chirurgien à l'Hôtel-Dieu de Québec et en cette qualité, il lui était facile de faire voir des gens malades dans cette institution. C'est lui qui a demandé au docteur Hudon de faire voir le docteur Delev par un psychiatre et ses gestes relatifs à cet épisode ont été relatés plus haut.
Durant ses rencontres sociales avec les Delev, l'épouse lui est apparu comme une personne qui minimisait et cachait ses problèmes. Jamais elle ne s'est plainte. Il ne l'a jamais trouvée déséquilibrée; elle n'a jamais à sa connaissance portée de faux jugements. Selon lui, il est inconcevable de croire que madame Delev aurait pu avoir des relations avec d'autres hommes. Même à l'époque du procès, il ne lui connaìt aucune liaison.
Il a su que madame avait tenté de se suicider alors qu'elle était enceinte. Il croit que c'était une réaction circonstancielle dans un contexte particulier.
Comme son épouse, il a été surprise de la tournure des événements. Comme le docteur Delev appelait souvent chez lui et qu'un jour ce dernier lui disait qu'il était responsable des événements et qu'il devait l'en sortir, il est devenu suffisamment troublé pour téléphoner et demander qu'on garde le docteur Delev parce qu'il était inquiet et parce qu'on attendait la venue de son frère. Les téléphones du docteur Delev continuant, il demandait qu'on les empêche.
G). Monsieur Majcen Zoran
Ce compatriote du demandeur vit à Québec depuis 1968 où il a eu l'occasion de se lier avec les Delev. Le majeure partie de son témoignage a été relaté ailleurs.
Il a aussi dit qu'avant les événements le couple Delev lui avait paru un couple ordinaire et qu'il n'avait jamais entendu le docteur Delev critiquer son épouse.
Il considère madame Delev, qui est une bonne amie de son épouse, comme une femme impeccable et vraiment honnête. Il ne croit pas qu'elle ait des liaisons. Elle est la dernière personne qu'il pointerait du doigt a cet égard.
H). Madame Danielle Armanda
Elle habite Québec et est l'épouse d'un yougoslave qui est un marin. En l'absence de son mari, elle a eu en 1971 à différentes époques la visite de deux de ses beaux-frères qui sont aussi marins. Afin de pouvoir communiquer avec eux, elle a demandé à madame Delev de servir d'interprète. Lors de chaque visite, elle s'est rendue chez madame Delev toujours accompagnée de membres de sa propre famille. Une fois elle a apporté une bouteille de boisson qu'elle rapporta chez-elle par la suite. Le docteur Delev était absent lors de chacune de ces visites. Durant leur visite à Québec, ses beaux-frères ont couché chez-elle ou sur leur bateau.
Quelque temps plus tard, le docteur Delev s'est présenté chez-elle et a accusé l'un des beaux-frères d'avoir couché avec sa femme. Lorsqu'on lui disait que les beau-frères avaient couché chez-elle, le docteur Delev affirmait que c'était elle qui avait couché avec des marins. Le docteur Delev voulait absolument se chicaner et elle eut de la difficulté à le mettre à la porte.
En contre-interrogatoire, elle reconnaissait qu'aucune personne ne l'avait questionnée relativement à ces événements avant l'appel de la cause.
I). Madame Danuta Kekys
Cette dame a rencontré le docteur
Delev alors qu'ils prenaient tous deux des cours d'anglais à Hamilton. Il a vécu chez-elle pendant environ deux mois avant son hospitalisation et environ trois ou quatre mois après. Le demandeur lui a paru aimable et chaleureux. Après l'hospitalisation, il lui a paru différent même s'il a encore beaucoup d'amis parmi les étudiants et les professeurs.
J). Père Georges Hugel
Ce témoin qui était aumônier à
l'Hôpital St-Jean de Dieu en 1971 a alors eu l'occasion d'y rencontrer le demandeur. Il le rencontrait dans une salle qui était fermé à clef et d'où l'on ne pouvait sortir à moins que quelqu'un en ouvre la porte. Un des thèmes de la conversation du demandeur était, comme la plupart des patients, de sortir le plus vite possible.
K). Père Claude Lavergne
Ce témoin a connu le demandeur
en 1970 alors qu'il était hospitalisé à l'Hôpital St-Sacrement où le docteur Delev était infirmier. Il l'a revu assez fréquemment par la suite. Il est même allé à son domicile. Il a toujours eu des rapports cordiaux avec le demandeur qu'il a trouvé un homme aimable avec qui il ne s'est jamais chicané.
Il n'a jamais eu connaissance que son ami ait été un menteur ou une personne violente. A son avis, le docteur Delev s'exprimait en français de façon intelligible et convenable et sa connaissance de cette langue lui permettait de tenir des conversations assez longues.
Rappelé en contre-preuve, il dis qu'il a visité le docteur Delev à St-Michel à deux reprises mais que lors d'une troisième tentative, on ne lui a pas permis le voir le patient. Il lui a téléphoné assez fréquemment. Au début, il pouvait parler sans difficulté mais plus tard on lui a dit que monsieur Delev ne venait pas au téléphone.
Il ne se souvient pas que quiconque l'ait approché durant l'hospitalisation pour obtenir des renseignements au sujet de son ami. Il a cependant communiqué avec le bureau du Protecteur du citoyen où il a parlé à un monsieur Lépine pour lui demander d'aller voir le docteur Delev qu'il ne croyait pas à sa place à l'hôpital. Monsieur Lépine a refusé.
Il a reconnu que le docteur Delev aimait ses enfants qui avaient de bons rapports avec lui. Il savait que les époux Delev avaient des difficultés matrimoniales mais il n'en a jamais su la cause.