COUR D'APPEL
J'ai appelé du jugement du juge Boudreault. Le 17-02-1988 la Cour d'appel, en la présence des honorables juges Vallerand, Tyndale, jj.c.a., Meyer, j.c.a.(Ad hoc), s'est prononcée:
LA COUR, statuant sur le pourvoi contre un jugement de la Cour supérieure du district de Montréal, rendu par l'Honorable Juge Pierre Boudreault, le 14 ao�t 1981, qui a rejeté avec dépens l'action en dommages-intérêts du demandeur;
Après audition, examen du dossier et délibéré;
ATTENDU que le premier juge, dans un jugement interminable - ce qui serait généralement matière à reproche172, mais ne l'est certes pas en l'espèce - de plus de deux cents pages a minutieusement analysé chacune des dépositions et fait connaìtre avec soin tous ses motifs quant à la crédibilité des témoins;
VU les propos de la Cour Suprême du Canada, entre autres, le récent arrêt Lensen173:
C'est un principe bien établi que les constations de fait d'un juge de première instance, fondées sur la crédibilité des témoins, ne doivent pas être infirmées en appel à moins qu'il ne pousse prouvé que le juge de première instance a commis une erreur manifeste et dominante qui a faussé son appréciation des faits.
ATTENDU que l'appelant n'a pas su nous faire voir quelque erreur manifeste et dominante qui ait pu fausser l'appréciation des faits par le premier juge;
PAR CES MOTIFS: REJETTE l'appel; avec dépens.
Au contraire de l'opinion des juges, j'ai su faire voir non seulement quelques erreurs manifestes et dominantes mais bien plusieurs gaffes impardonnables du juge Boudreault.
D'abord et avant tout, la plus manifeste et dominante erreur: Le juge a disqualifié les dossiers médicaux - les documents écrits par mes adversaires, comme s'ils étaient les �aide-mémoires�. Monsieur le juge a remplacé les documents avec la preuve verbale, en fait avec les parjures, ce qui est en totale contradiction aussi bien avec ses propres références qu'avec le Code civil et - avec le bon sens. Les auteurs auxquels le juge se réfère (lire Bibliographie) sont tous d'avis que les dossiers sont les seuls documents valables indiquant ce qui a été fait et ce qui s'est passé pendant le traitement d'un patient ou si les médecins traitants se sont montrés compétents et honnêtes et vice-versa.
Dans mon cas, les dossiers ont démontré que mon état mental était parfaitement normal tandis que les psychiatres étaient incompétents ou corrompus.
Le cas Lensen c. Lensen n'a aucun rapport avec le mien. Dans ce cas-là, le juge n'avait que le témoignage oral pour établir les faits. Ce n'était pas le cas dans mon litige.
Au contraire du cas Lensen v. Lensen, le juge possédait sous les yeux, la meilleure preuve possible si on s'en tient au Code civil du Québec (art.204) et, selon le même Code, l'art.1234: �Dans aucun cas la preuve testimoniale ne peut être admise pour contredire ou changer les termes d'un écrit valablement fait.�
J'ai déjà cité la décision de bon sens de la Cour suprême, qui dit:
�... Les dossiers, doivent être reçus en preuve comme preuve prima facie des faits qu'ils relatent...L'omission d'éléments qui doivent normalement s'y trouver peut constituer une preuve qu'ils n'ont pas eu lieu...Les documents sont moins susceptibles de perdre de leur crédibilité avec le temps que la mémoire humaine�. (Lire le chapitre Déontologie et dossier médicale.
Selon L. Ducharme, l'interdiction de contredire les termes écrits avec la preuve testimoniale n'est pas nouvelle. Elle existe depuis l'ordonnance de Moulin de 1566174. Je doute que le juge Boudreault et les honorables juges de la Cour d'appel aient été ignorants de cette interdiction.
L'histoire du cas Lensen c. Lensen se résume comme suit: Le fils Lensen accusait son père, arguant le fait que tous deux s'étaient verbalement mis d'accord, sans aucun témoin, que le père lui lèguerait la plus grande part de la ferme au détriment des huit autres enfants. Il est bon de dire que les problèmes entre le père et le fils ont commencé après la mariage du fils. Avant ce mariage, tout était plus que parfait.
Le père a par la suite nié cette promesse faite à son fils et le testament n'en démontrait aucune mention. Le fils, en fait, était un petit malin qui n'avait aucun scrupule à s'approprier ce qui ne lui appartenait pas.
Dans mon cas, il était clair que les �témoins� étaient de fieffés menteurs, et ce, tant pendant mon internement qu'en témoignaient à la cour. Logiquement, si leurs dossiers écrits durant mon internement avaient été dignes de foi et satisfaisantes pour justifier mon internement, il ne leur aurait pas été nécessaire de se présenter à la cour.
Conclusion: les trois honorables juges de la Cour d'appel ont commis une gaffe ou ont malicieusement appuyé le jugement de monsieur Boudreault acquittant ainsi des psychiatres malfaiteurs.
COMMENTAIRE DE L'AUTEUR
À propos des droits de la personne
Depuis ses origines, l'humanité lutte contre les abus et les tyrannies imposés aux hommes et aux femmes. Les dogmes religieux nous montrent les premières tentatives d'organisation de relations humaines qui soient justes. Cependant, les dogmes religieux ne sont pas des règles universelles qui forcent les gens à obéir.
Les règles primordiales qui traitent des droits de la personne se trouvent dans la fameuse Magna Carta. Toutefois, la charte n'a eu qu'un usage limité. Elle a été proclamée par le roi Jean-sans-Terre d'Angleterre, en 1215, et n'avait pour but que de régler les relations entre ses vassaux et lui. La population générale n'a pas été touchée par cette charte.
Le premier acte universel écrit sur la liberté et la justice a été instauré en France, en 1789. Depuis, la France est reconnue comme étant le bastion de la liberté et de la justice. Par la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, on affirmait que les hommes étaient nés égaux et que, par conséquent, avaient des droits égaux. Depuis, la France est le refuge des personnes opprimées, sans distinction de nationalité, de race ou de religion. Pour cette raison, avant de venir au Canada, j'ai tenté d'aller m'installer en France pour y travailler et y vivre. Pour cette même raison, j'ai choisi d'immigrer au Québec.
Malheureusement, j'ai trouvé ma vie au Québec indigne d'un pays civilisé. Dans un ouvrage précédent, publié en anglais (Psychiatry and Justice on Trial), j'ai comparé le traitement que j'ai subi au traitement inquisitorial175. Non seulement les psychiatres se sont-ils montrés inhumains mais, ce qui m'est apparu encore plus étonnant, c'est que les autorités qui sont censées protéger les gens faisant l'objet d'abus, ont pris - tacitement ou explicitement - des rôles de protecteurs des oppresseurs. Je me réfère ici au Protecteur du citoyen, titre fort ironique si l'on considère le fait que plutôt que de me protéger, il m'a laissé à la torture de ces psychiatres indignes.
La déclaration citée ci-après s'inspire de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen promulguée il y a plus de deux cents ans. Mais les psychiatres impliqués et le juge l'ont littéralement transgressée et les autorités sont restées sourdes et muettes quant aux souffrances que m'ont infligées ces psychiatres sans scrupule. Pourquoi? J'aimerais obtenir la réponse du lecteur.
J'attire l'attention du lecteur sur le texte qui suit pour qu'il l'ait en regard de mon traitement dans des hôpitaux psychiatriques du Québec et le jugement du Juge Boudreault:
Déclaration canadienne des droits
Loi ayant objets la reconnaissance et la protection des droits de l'homme et des libertés fondamentales (Adoptée par le Parlement du Canada et sanctionnée le 10 ao�t 1960)
Le Parlement du Canada proclame que la nation canadienne repose sur des principes qui reconnaissent la suprématie de Dieu, la dignité et la valeur de la personne humaine ainsi que le rôle de la famille dans une société d'hommes libres et d'institutions libres.
.....
... les droits de l'homme et les libertés fondamentales ci-après énoncés ont existé et continueront à exister pour tout individu au Canada quels que soient sa race, son origine nationale, sa couleur, sa religion ou son sexe:
a) le droit de l'individu à la vie, à la liberté, à la sécurité de la personne ainsi qu'à la jouissance de ses biens, et le droit de ne s'en voir privé que par l'application régulière de la loi;
b) le droit de l'individu à l'égalité devant la loi et à la protection de la loi;
.....
2. Toute loi du Canada à moins qu'une loi du Parlement du Canada ne déclare expressément qu'elle s'appliquera nonobstant la Déclaration canadienne des droits, doit s'interpréter et s'appliquer de manière à ne pas supprimer, restreindre ou enfreindre l'un quelconque des droits ou des libertés reconnus et déclarés aux présentes, ni à en autoriser la suppression, la diminution ou la transgression, et en particulier, nulle loi du Canada ne doit s'interpréter ni s'appliquer comme
a) autorisant ou prononçant la détention, l'emprisonnement ou l'exil arbitraire de qui que ce soit;
b) infligeant des peines ou traitements cruels et inusités, ou comme en autorisant l'imposition;
c) privant une personne arrêtée ou détenue
(i) du droit d'être promptement informé des motifs de son arrestation ou de sa détention,
(ii) du droit de retenir et consulter un avocat sans délai
(iii) du recours de voie d'habeas corpus pour qu'il soit jugé de la validité de sa détention et que sa libération soit ordonnée si la détention n'est pas légale;
d) autorisant une cour, un tribunal, une commission, un office, un conseil ou une autre autorité à contraindre une personne à témoigner si on lui refuse le secours d'un avocat, la protection contre son propre témoignage ou l'exercice de toute garantie d'ordre constitutionnel;
e) privant une personne du droit à une audition impartiale de sa cause, selon les principes de justice fondamentale, pour la définition de ses droits et obligations;
f) privant une personne accusée d'un acte criminel du droit à la présomption d'innocence jusqu'à ce que la preuve de sa culpabilité ait été établie en conformité de la loi, après une audition impartiale et publique de sa cause par un tribunal indépendant et non préjugé, ou la privant sans juste cause du droit à un cautionnement raisonnable;
g) privant une personne du droit à l'assistance d'un interprète dans des procédures où elle est mise en cause ou est partie ou témoin, devant une cour, une commission, un office, un conseil ou autre tribunal, si elle ne comprend ou ne parle pas la langue dans laquelle se déroulent ces procédures.
Quelle déclaration! La plus belle déclaration que je n'ai jamais lue! Mais est-ce qu'elle s'applique �pour tout individu au Canada�? Peut-être que les �fous� ne sont pas les fils de Dieu et qu'ils n'ont pas la dignité et la valeur d'une personne humaine? Et pour cette raison, on doit les laisser à la merci de psychiatres dépravés.
Notre société se préoccupe et s'inquiète du sort qui est réservé aux animaux de cirque pour leurs �souffrances psychiques�. On a déjà écrit dans les quotidiens que l'emprisonnement de deux castors dans une cage a soulevé un tollé de protestations de la part des protecteurs des animaux. La souffrance de l'homme est-elle le dernier des soucis de notre société?
Au début, je croyais sincèrement que mon internement était une erreur. Je croyais mon cas unique. En fait, c'est moi qui était dans l'erreur complète et totale.
Après quelques jours à l'hôpital, j'ai rencontré un paysan qui me paraissait sain d'esprit. Étant curieux, je lui ai demandé la raison de sa présence à l'hôpital. Il m'a répondu que le juge lui avait ordonné par écrit de se présenter à l'hôpital �volontairement� afin d'y subir des soins appropriés. Lorsque je lui demandai s'il avait été vu par le juge ou un psychiatre, il m'a répondu par la négative. Le cas de cet homme était plus choquant que le mien. Sur la seule déclaration de sa femme, le juge lui a recommandé un traitement psychiatrique. Ce �traitement psychiatrique�, croyez-le ou non, consistait à soigner les vaches de l'hôpital!!! Heureusement, il a été libéré grâce à ses enfants qui sont venus dire au psychiatre que leur mère était �nerveuse� et que le père était �normal�. Imaginez! La femme nerveuse convainc le juge que son mari est fou et le bon juge savant, sans avoir jamais vu cet homme, lui recommande d'aller suivre un traitement psychiatrique. Les psychiatres internent le pauvre homme et, sans tarder, lui prescrivent pour thérapie -- le soin des vaches! Malgré ma situation plutôt pitoyable, je le plaignais.
Un autre homme, agent au sein d'une compagnie d'assurances, a été emmené par la police à l'hôpital sur la �recommandation� de sa femme. Cette dernière lui a rendu visite à plusieurs reprises, en fait, pour l'irriter, lui disant qu'elle était ravie de le voir parmi les fous. Plus tard, j'allais découvrir que j'étais dans une situation encore bien pire que celle de ces messieurs.
La présence de ces deux personnes dans le département où j'étais interné m'a terrifié (je conserve toujours leurs adresses). Cela m'a poussé à écrire et à téléphoner au Protecteur du citoyen, à l'Assistance juridique et aux quotidiens, espérant qu'ils m'aideraient à sortir de cet enfer. Malheureusement, mes efforts ont été vains.
Les psychiatres ont le pouvoir de priver une personne de tous les droits qui lui appartiennent en dépit de la Déclaration canadienne des droits. Ils peuvent, selon leur bon vouloir, imposer une détention sans mandat, emprisonner sans procès et infliger des peines ou des traitements cruels ou encore exiler de façon arbitraire des gens. Ils se moquent des principes de la Déclaration canadienne des droits de la personne proclamée par le Parlement du Canada. Ils règnent en rois et maìtres sur ce monde.
Le docteur Raymond Legault, chef de la Salle Saint-Gabriel ou j'étais �en cure libre� sans toutefois avoir le droit de sortir de la salle, s'est vanté au cours du procès de pouvoir imposer un isolement complet, contrairement à La Loi concernant les hôpitaux pour le traitement des maladies mentales. Il a affirmé que je ne pouvais écrire au Protecteur du citoyen ou au Premier ministre du Canada, même s'ils �auraient été ravis de recevoir mes lettres�.
Ce qui est plus difficile à expliquer, c'est que les officiers de justice ont failli à leur devoir. J'ai demandé l'aide du Protecteur du citoyen, de l'Assistance judiciaire et, plus tard, de la cour, mais sans succès. Il ne s'agit pas ici d'une ou deux personnes dans cette affaire. Elle implique plusieurs psychiatres et juristes et, pourtant, on doit présumer que tous ont agi de façon �normale�, intellectuellement et moralement.
Le phénomène qui explique que des gens se livrent à des activités illégales ou immorales se trouve dans la théorie du docteur Stanley Milgram176. Selon sa théorie, les gens non-responsables de leurs actions peuvent commettre des crimes. Et, il n'y a rien de plus facile que d'abuser des personnes étiquetées comme malades mentaux car la société, chargée de préjugés à l'égard des �fous�, ne croit que les gens �normaux� - les psychiatres et les juristes. C'est un cercle vicieux.. Je pense que c'est l'explication la plus plausible dans mon cas.
Edgar Allan Poe, dans son oeuvre, The system off Dr Tarr and Prof. Fether, a bien décrit le �système� dans la Maison de Santé, où des psychiatres, sadiques et pervers, se conduisent de manière plus bizarre que leurs patients. Son système et beaucoup d'autres histoires, écrites et narratives, montrent que les �systèmes� de ce genre dans les hôpitaux psychiatriques ne sont pas nouveaux.
L'Inquisition de nos jours
Le lecteur a déjà suivi bien des remarques sur la façon dont mes libertés civiles et mes droits humains furent gravement violés par les psychiatres. À cause de circonstances qui sont particulières à mon cas, je pense qu'il probable que même les juristes auraient de grandes difficultés à découvrir un cas similaire à travers la jurisprudence canadienne de nos jours. Ceci m'amène à faire une analogie entre les procédé révoltants de l'inquisition du Moyen-âge et ceux non moins révoltants que j'ai éprouvés pendant mon internement et ensuite devant les cours des tribunaux.
1.- L'Inquisition souvent agit à partir d'un seul témoignage.
Ce ne fut qu'a partir de la seule information prétendue de mon ex-épouse que je fus arrêté, interné pour six mois et abusé physiquement et mentalement.
2.- Brièvement, voila ce qui caractérise de manière importante les procédés de l'Inquisition:
Le préjugé fondamental vient d'être décrit: l'homme fut �defamatus� et lui-même eut le fardeau de prouver son innocence.
Pendant mon hospitalisation et devant la cour, j'ai eu le fardeau de prouver mon innocence. En outre ma situation était aggravée par le fait qu'on ne m'avait jamais dit de quoi j'étais accusé. De plus, on traitait mes efforts de prouver que je n'étais ni fou ni dangereux comme des signes de maladie mentale. Voilà pourquoi je n'ai pas eu l'occasion de faire face à mes persécuteur. On pourrait me comparer à quelqu'un à qui on demande de marcher, les pieds liés.
2.- Ses juges furent tous des hommes d'église et donc ayant des préjugés contre lui. Le pouvoir civile essaya en vain d'user de son droit d'accès aux documents.
Dans mon cas, les �juges� étaient tous les psychiatres et des amie de mon ex-épouse. Même le Protecteur du citoyens Me Louis Marquis ne voulait pas exercer son pouvoir légale pour me protéger contre les personnes profanes. On peut commenter de même sur le juge Pierre Boudreault. Il préférait plutôt accepter le témoignage �hors dossiers hospitaliers�, en d'autres mots, les mensonges les plus vulgaires, que les documents indiscutables rédigés et écrits par les psychiatres impliqués. Le juge ignorait l'évidence accablante qui prouva l'illégalité de mon arrestation et l'internement ainsi que les abus physiques et mentaux dont je souffrais.
3.- La procédure fut secrète.
Deux semaines avant mon internement, mon ex-épouse a conspiré avec les psychiatres et ses propres amis pour réaliser mon internement alors que je suivais des cours d'anglais à 1000 km au loin d'elle. Je fus arrêté sans mandat judiciaire et interné sans qu'une décision soit prise par la cour. Je ne fus ni interrogé ni même renseigné sur la raison de mon internement. Dans mes dossiers médicaux on peut découvrir que les psychiatres ont refusé de me dire la cause de mon hospitalisation.
5.- En Général, les noms des témoins furent dissimulés. Ceux-ci pouvaient agir avec des préjugés, être partiaux ou tenir des propos infamants. L'accusé ne fut jamais que par hasard dans la situation d'être confronter à eux.
5.- Ces infâmes personnes furent admises à témoigner, même si les autres cours des tribunaux avaient complètement rejeté leurs témoignages.
Moi, je n'ai jamais su avant ou pendant mon internement l'identité des témoins. Les témoignage de personnes mensongères et mentalement dérangées furent admis comme véridiques. Par contre, mes amis, tel que le docteur Jaromil Danek, professeur de l'Université Laval, le docteur Georges Sotiroff, professeur de l'Université Laval, le père Claude Lavergne, Recteur et Directeur général du Séminaire Saint-Augustin, furent ignorés. En plus, mes demandes bien légitimes de savoir pourquoi j'étais interné étaient considérées par les psychiatres comme étant la preuve de ma maladie mentale (Cette manière de raisonner des psychiatres est appelé en mathématiques un raisonnement à caractère circulaire ou tautologique.)
6.- Ensuite, les enfants furent autorisés à témoigner par le procureur, mais ni les enfants, ni aucune des personnes n'avaient la permission de parler en faveur de la défense de l'accusé.
Mes enfants, les meilleurs témoins sur mon attitude et ma qualité morale, n'étaient jamais contactés ni durant mon hospitalisation, ni durant le procès.
7.- Au commencement les avocats furent admis à présenter les accusés mais s'il avait été prouvé que l'accusé fut coupable, l'avocat devait partager la punition. Cet expédient était tellement exploité sans vergogne que même la prétention d'avoir des avocats pour la défense fut définitivement abandonnée.
Il était vraiment honteux de la part des hôpitaux de me refuser le droit de faire appel à un avocat. Le Protecteur du citoyen, lui aussi, ne voulait pas m'aider. Plus tard, au procès, le docteur Legault à suggérer que mon avocat souffrait d'une �perturbation paranoïde� apparemment parce qu'il avait passé beaucoup de temps sur mon cas. Ces remarques s'adressent plus au juge Bourreau qu'a mon avocat, car celui-ci a passé bien plus de temps au procès et à la rédaction du jugement. Néanmoins, le juge qualifia les remarques du docteur Legault de pertinentes et comme étant très à propos.
Faculté de raisonner
Afin de clarifier la question de ce qui est raisonnable ou �normal�, il est bon de dire quelques mots sur la faculté de raisonnement car dans cette histoire, il s'agit d'un �fou� dont le mécanisme de la pensée est considéré comme étant perturbé, et de �spécialistes� qu'on tient incontestablement pour des gens intelligents et mentalement sains. Il importe donc, dans cette perspective, de clarifier d'abord le rôle du langage - ce moyen par lequel nous exprimons et transmettons nos pensées, nos idées et nos conclusions aux autres - car la langue fut l'une des pierres d'achoppement de la communication entre le personnel, avant tout les psychiatres, et moi-même. Plus précisément, la langue fut la première cause du développement de cette histoire, si l'on fait abstraction du manque d'éthique et de l'incohérence des psychiatres. Car, j'ose le dire, les psychiatres remplissaient le dossier et agissaient de manière inacceptable pour des médecins.
Négligeant pour l'instant les notes illisibles et insensées écrites par un certain docteur Hudon, on s'attachera d'abord, à titre d'exemple, à la première constatation du psychiatre Jacques Dufour:
�Le docteur Delev, un schizo-paranoïde non-coopératif, connu du docteur Grenier qui a déjà fait envoyer l'histoire à (l'Hôpital) Saint-Michel-Archange, est amené à l'urgence par docteur Louis Dionne pour évaluation psychiatrique et investigation gastro-duodénale (ulcus?) Délirant, paranoïde, a menacé de tuer sa femme avec une hache, halluciné, méfiant... Non-coopératif. Dx Schizo-paranoïde, Danger d'homicide�. (lire quatre différents certificats médicaux).
Les faits relatés dans cette note sont entièrement faux. Ces gribouillis ont même été complètement niés par un étudiant en médecine. En plus, il a été bien établi que le docteur Grenier ne m'a pas rencontré et, phénomène incroyable, le diagnostic �schizo-paranoïde� est un diagnostic inexistant. En ce sens, le dossier entier regorge de sottises.
À ce propos, dans son article Systematically Misleading expressions177, le professeur Gilbert Ryle, philosophe éminent, écrit que des gens intelligents s'expriment de façon intelligible et qu'il n'est pas nécessaire de les interroger sur la signification de ce qu'ils ont écrit. D'autre part, il arrive très souvent que des expressions soient employées à mauvais escient; dans un tel cas, leurs auteurs ne peuvent que bredouiller comme des perroquets.
Selon le professeur Ryle, il n'est pas nécessaire d'être philosophe pour s'exprimer de manière compréhensible, ni pour comprendre ce qu'on nous dit. Dans mon cas, il est certain que ceux à qui j'ai eu affaire n'étaient pas tous des idiots ou des perroquets. Il est fort possible qu'il en existait ça et là, mais il est fort improbable qu'il n'y ait eu que ce genre d'individus, surtout lorsqu'il s'agit d'un grand nombre des psychiatres, d'avocats et d'honorables juges.
Il est bon aussi d'ajouter quelques mots sur la logique et sur son emploi.
Dans un excellent ouvrage de A.A. Luce, on peut lire ceci:
Partout où les personnes entrent dans un débat, discutent et argumentent, la logique se présente, en fond de scène, comme une cour d'appel; chaque fois qu'une personne débat d'une question dans son esprit, une logique silencieuse porte un jugement. Aucune personne sensée ne défiera volontairement et obstinément un verdict clair de la logique. Quiconque entend défier la Logique, comme il a été dit, sera anéanti par elle. Pendant des siècles, l'étude de la Logique a été une étude préliminaire essentielle aux études avancées et elle a laissé ses marques profondes et durables sur la langue et la vision des personnes cultivées.
178
Non seulement le docteur Grenier, mais aussi presque toutes les autres personnes impliquées dans mon internement et, plus tard durant le procès à la cour, n'avaient ni l'allure, ni le discours de personnes cultivées. D'ailleurs, le lecteur peut tirer ses propres conclusions à la lecture du dossier, du jugement et de mes commentaires.
Car, tout comme les psychiatres, les �savants� hommes du droit, les avocats, se sont aussi confondus dans leur logique. Je citerai à cet effet un autre livre plein de bon sens, du professeur de droit G. L. Gall, qui s'adresse aux hommes de loi:
En dernier lieu, la loi doit être envisagée, comme l'a écrit Lon Fuller: �comme une dimension de la vie humaine.� Comme telle, elle peut forcer la société à s'engager dans une direction, dont les deux extrêmes sont exposées par le Professeur Fuller dans son traité Anatomy of the Law (Anatomie de la Loi).
(La loi) peut apparaìtre comme la plus grande réalisation de la civilisation, libérant pour des fins créatrices, des ressources humaines autrement consacrées à la destruction. On peut la considérer comme étant à la base de la dignité humaine et de la liberté, notre meilleur espoir pour en arriver à un monde où la paix règne.
Dans la capacité qu'a l'homme de percevoir ses propres défauts et de légiférer en cette matière, nous pouvons discerner sa justification principale à se situer nettement au-dessus du niveau animal.
Les philosophes des temps anciens n'ont, de fait, pas hésité à faire un certain rapprochement avec le divin, dans la faculté de l'individu de réorganiser sa propre nature défectueuse et de fait, de se récréer selon les règles de la raison.
Un changement d'humeur et tout cet éblouissant éclat de la loi peut être réduit en poussière. La loi devient alors le symbole de l'infamie de l'homme, sa confession d'une perfidie indéracinable.
179
Sur le même sujet, traité cette fois pour des profanes, Me P.-E. Marchand, un avocat canadien-français, écrit:
D'après Ulpien, la loi est �une ordonnance de la raison, en vue du bien commun, émanant de l'autorité et manifestée par elle.
La loi découle, avant tout, de la raison, de la raison libre, de la raison en possession des principes qui président au règlement des choses, de la raison qui sait discerner les conditions de temps, de milieu, de personnes, de la raison pratique, non seulement spéculative. Le mot �ordonnance� évoque une idée de direction et une idée d'obligation pour marquer l'intervention de la volonté mais commandée par la raison.
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En d'autres mots, si nous disons que quelqu'un est coupable, malade, blanc ou noir, ce ne sont-là que des hypothèses qui ne prouvent absolument rien. Pour tirer des conclusions syllogistiques, nous devons partir de prémisses valides et véridiques.
Je suis particulièrement enchanté du commentaire de Me Marchand, écrit pour des gens ordinaires, de belle et lucide manière, au sujet de l'axiome éternel qui doit s'appliquer à tous, y compris psychiatres, avocats et juges.
Dans le traitement de mon dossier, j'ose dire que la raison a fait défaut dès le départ.
Toute cette affaire découle d'un manquement au bon sens, à la raison et à la logique. C'est ce que j'appelle bêtise ou ânerie.
Quelques mots sur la psychiatrie
Chez la population en général et même chez les psychiatres, les opinions divergent quant à la valeur, la pertinence et le rôle de la psychiatrie. Elles vont d'un extrême à l'autre.
Peu de patients de psychiatres sont satisfaits de leur expérience. Nombre d'ex-patients, souvent appuyés par des groupes de défense, dénoncent les traitements, surtout les électrochocs, qu'ils ont reçus. On ne voit que rarement ce genre de mouvements contre les autres branches de la pratique médicale.
Chez les profanes, il est de bon ton de ridiculiser les psychiatres. Certains vont même jusqu'à avancer qu'ils sont tous un peu �détraqués�. Au sein même de la profession psychiatrique, les plaisanteries abondent.
Les psychiatres �traditionnels� sont les plus nombreux et leur influence est fort grande. Ils sont souvent la cible de critiques de la part de leurs confrères de la profession médicale et du public en général mais, compte tenu de l'importance et de la puissance de leur association, ils ne tiennent guère compte de ces attaques. Cependant, chez les psychiatres, on trouve des �hérétiques�, relativement peu nombreux, qui critiquent à haute voix les pratiques de la psychiatrie traditionnelle. Leurs dénonciations leur rendent parfois la vie difficile. Chez les �antipsychiatres�, on retrouve toute une gamme de �philosophies� et de �doctrines�.
En Europe, l'antipsychiatre le plus connu est le docteur R. D. Laing. Il affirme que les termes �sain d'esprit� (santé mentale) et �folie� sont ambigus�. �Les schizophrènes, selon lui, sont ceux qui ne sont pas capables de supprimer leurs instincts naturels et se conformer à la société normale.�181
Le docteur T. Szasz, professeur de psychiatrie à la State University of New York, à Syracuse, dans plus d'une douzaine de livres et plusieurs centaines d'articles, condamne la psychiatrie institutionnelle. Il compare la psychiatrie traditionnelle à l'Inquisition. Il considère l'internement (cure fermée) comme un �crime contre l'humanité�. Selon lui, le diagnostic de �schizophrénie� est une pure invention.182
Le docteur E. Fuller Torrey, doyen de psychiatrie et auteur des plus prolifiques, accorde aux sorciers plus de valeur qu'aux psychiatres183. À ses dires, la longue formation des psychiatres (environ dix ans) est une pure perte de temps. Il est d'avis que la formation psychiatrique doit être complètement révisée et réformée.
De son côte, le docteur Morton Rapp, professeur en psychiatrie, compare à des �prostitués�, les psychiatres qui servent �d'experts�.184
En France, il y a des myriades d'antipsychiatres. Je recommanderais aux curieux la lecture de L'antipsychiatrie, ouvrage écrit avec la collaboration d'une quinzaine d'antipsychiatres.185
Je partage l'avis du docteur Fuller Torrey lorsqu'il dit que les psychiatres doivent étudier la psychologie, la sociologie, l'éthique, la logique et peut-être même la pharmacologie. Les autres sujets que l'on aborde dans les facultés de médecine sont une pure perte de temps dans la formation d'un psychiatre.
J'ai déjà écrit, dans un autre ouvrage, sur la compétence des psychiatres impliqués dans mon internement mais je tiens à y revenir. Ce qui caractérise leur action est le manque total d'éthique professionnelle et, non seulement le leur, mais également celui de quantité d'autres psychiatres qui ont été impliqués, rendant mon affaire tout à fait invraisemblable.
Ils ont interprété comme �un délire bien organisé� le fait que je leur répétais que ma femme était malade, qu'elle souffrait d'hystérie. Ils n'ont jamais vérifié mes allégations, pas plus qu'ils n'ont voulu consulter son dossier à l'Hôpital de l'Enfant-Jésus (pourtant situé tout juste à côté), alors que, par son comportement et son discours, elle a pratiquement avoué elle-même qu'elle était malade.
J'utilise le terme �malade� pour mon épouse parce que, selon les psychiatres institutionnels, les hystériques sont des malades. Cependant, mon observation personnelle et mes connaissances professionnelles me portent à affirmer qu'il faut plutôt parler de caractère ou de personnalité hystérique que de maladie.
De plus, il est à remarquer que les traitements médicaux et l'attitude des médecins à l'égard des hystériques diffèrent complètement de l'approche que l'on a face à d'autres types de patients. Par exemple, les attaques d'épilepsie et d'hystérie, à première vue, se ressemblent; néanmoins, le traitement est diamétralement opposé. L'épilepsie est considérée comme une condition extrêmement sérieuse: les patients doivent être sous médication permanente, doivent être sous une surveillance constante (ils ne peuvent exercer des métiers qui mettent leur vie et celle des autres en danger, tels chauffeurs, métiers de la construction, etc.) et doivent faire l'objet de mesures préventives (casques, etc.) Toutes ces précautions sont contre-indiquées pour les hystériques. Cependant, la prudence est de mise car ils peuvent être gêneurs, voire dangereux, lorsqu'ils réussissent à convaincre les autres qu'ils sont des �martyrs�. Ce fut précisément le cas de mon épouse.
Quant aux personnes hystériques, les psychiatres traditionnels sont unanimes.
Le professeur Lawrence C. Kolb, dans son manuel, dit que �la personne hystérique, qui est plus clairement définie chez la femme que chez l'homme, est reconnue pour son caractère vaniteux, sybarite et à son égocentrisme associé à un certain théâtralisme, à la dramatisation ou à l'exhibitionnisme. Le caractère émotif de la personnalité hystérique est inconstant, capricieux et montre une propension aux sautes d'humeur.� �Leur attitude séductrice à l'égard des hommes dissimule une agressivité ainsi qu'un désir pour une relation de dépendance enfantine. Elles évitent et ne sont pas à l'aise avec ce qui est exact et précis.� �Parfois, elles s'en remettent au mensonge et à la tromperie ou bien jouent la comédie pour attirer l'attention ou pour éviter la honte. Ici, les réponses affectives peuvent paraìtre superficielles et frauduleuses. Ces femmes ayant des personnalités moins bien structurées proviennent de familles où règnent la contradiction et la désorganisation.�186
Cette description correspond parfaitement à la personnalité de mon ex-épouse. On l'a vu, dans les pages qui ont précédé, notamment dans les remarques des psychiatres qui se trouvent dans mon dossier psychiatrique.
L'aspect humain
Comment expliquer qu'un si grand nombre de gens se soient impliqués et aient collaboré pour me rendre la vie difficile? Certains sont intervenus de façon active et consciente pour ruiner ma vie alors que d'autres, à mon humble avis, imbus de préjugés, ont agi sans penser aux conséquences de leur geste.
L'homme n'étant pas parfait. Des erreurs tragiques ont toujours été commises. On ne peut blâmer les gens qui agissent de bonne foi mais, dans mon cas, on ne parle pas de personnes naïves. Tout d'abord, dans le cas de ma femme, je maintiens qu'elle est hystérique et qu'elle ne sait pas ce qu'elle veut. Depuis le début de notre mariage, elle m'a blâmé pour des riens devant les enfants et même devant d'autres personnes ou alors m'a couvert d'injures. Des injures qui étaient même offensantes pour elle-même. J'ai toujours trouvé son comportement infantile. Elle n'était jamais satisfaite et n'a jamais été sensible à mes attentions. Je crois qu'elle était incapable de prendre soin d'elle-même. Je crois aussi que les gens auprès desquels elle m'a blâmé ne l'ont jamais prise au sérieux.
Lorsque je cherche, en rétrospective, la cause de ma situation, je vois d'abord les imperfections de la nature humaine: un mélange d'égoïsme, de luxure, d'ignorance, de superstition, de vanité, de concupiscence, d'envie - un amalgame de faiblesses humaines qui me poussent parfois à me demander si la vie vaut la peine d'être vécue.
À l'encontre des partisans de la rectitude politique, certains savants et philosophes ne croient pas que la majorité ait toujours raison.
Gustave LeBon, un cynique, a dit: �La foule est composée de plusieurs têtes sans cerveaux.�
Voltaire s'est indigné du traitement accordé par les tribunaux à Jean Calas et a dénoncé l'exécution d'un innocent. Dans son Traité sur la tolérance, écrit il y a plus de deux cents ans, il a décrit la réaction de la foule qui, faisant preuve de préjugés, de superstitions et d'ignorance, a insulté dans la rue le pauvre Calas. Cette même foule, qui a dansé et chanté sur la place publique avec frénésie pour marquer son approbation d'une exécution des plus cruelles a, plus tard, montré son indignation par d'immenses manifestations contre le pouvoir judiciaire lorsque Voltaire a prouvé que Calas était innocent.
Dans mon cas, des psychiatres, voulant faire plaisir ou protéger le docteur Louis Dionne, sont entrés dans le jeu sans réfléchir. Par la suite, réalisant qu'ils participaient à un gigantesque coup monté, plutôt que d'admettre leur erreur, ils se sont consciencieusement ingéniés, par un camouflage éhonté, à occulter la vérité de leur méprise. Dans mon cas, il était en général difficile de falsifier les faits, en dépit du fait que les psychiatres étaient anxieux de pouvoir couvrir leur crime. Comme un grand nombre de falsificateurs étaient à l'oeuvre, ils n'ont pu �coordonner� leurs actions déplorables, de sorte que mon dossier s'est retrouvé rempli de contradictions.
L'un après l'autre, ils se sont livrés à une surenchère dans leur manque d'humanisme le plus fondamental. Dès ce moment, leurs responsabilités ont pris des proportions encore plus grandes.
J'espère bien que mes enfants, Gligor, le médecin et Slobodan, l'avocat, voudront déterminer avec plus de compétence et de précision la responsabilité de ces êtres méprisables qui ont déchiré nos vies.
En écrivant mes commentaires sur cette histoire des plus intimes, j'avoue que ma capacité est d'autant plus limitée puisque que je tente de l'écrire en langue française, une langue que je n'ai apprise qu'au cours d'un bref séjour au Québec. Aussi, en étant le principal acteur, il est compréhensible qu'il me soit difficile d'être objectif et impartial. C'est la raison pour laquelle, je m'appuie, dans une large mesure, sur l'opinion des autres.
À ce stade-ci, l'histoire est longue et complexe. Pour avoir une idée plus exacte de son envergure, précisons encore une fois, qu'après cinq pages anonymes (c'est-à-dire, sans signature) de renseignements sans valeur légale et médicale, le dossier de mon hospitalisation comporte plus de 250 pages, soit des notes écrites par le personnel hospitalier, la correspondance d'autres personnes impliquées à l'extérieur des hôpitaux, ainsi que 44 volumes de pièces légales (plus de 10 000 pages), des documents de cour, les écrits d'un grand nombre de psychiatres, les interventions diverses d'infirmières, d'avocats, de juges, d'experts et de témoins, en plus des employés auxiliaires (secrétaires, sténotypistes, etc.). Le temps démesuré perdu pour un �fou�, parle de lui-même...
Après mon hospitalisation, j'ai compris qu'il me serait extrêmement difficile de convaincre quiconque que j'avais été interné pour rien. Mon plus proche ami, le docteur Atanas Varadinov, vétérinaire, ne pouvait croire qu'il est possible que l'on hospitalise quelqu'un sans qu'il ne soit malade. Mes soeurs, dans leurs lettres, m'ont recommandé de prier Dieu pour qu'il me vienne en aide.
L'opinion des autres à mon sujet
J'ai cité déjà les opinions des autres. Cependant, ça vaut la peine de répéter quelque unes. Je commence par l'opinion des personnes les plus pertinentes et, à mon avis, les plus crédibles - l'opinion de mes enfants. Voici maintenant quelques mots écrits par mes enfants avant l'internement. Ils en disent long (lire Pièce No 02):
Mon cher papa! Oh mon cher papa que je t'aime! Mon cher papa,
tu as fait tout ce que tu pouvais faire pour moi, mes frères et ma mère. Papa, je te promets que quand je serai grand, je te remettrai tout ce que tu as fais pour moi. Maintenant, que j'ai une grande chance de te dire un grand merci, je te le dis. Papa, maintenant tu vois pourquoi je te dis MON CHER PAPA (Les majuscules écrites par Gligor).
Ton fils Gligor (maintenant médecin)
.....
Cher papa, je sais que tu m'aimes et je t'aime beaucoup aussi. Que pourrais-je dire que tu ne sais déjà? Il fait si doux quand ton sourire éclaire tout sous notre toit! Je me sens fort, je me sens roi quand je marche à côté de toi.
Ton fils Slobodan (maintenant avocat)
......
01-06-1972.
Cher papa,
J'ai attendu ta lettre depuis longtemps et je l'ai finalement reçue. Je peux te dire que je me sens plein de joie. Je suis très fier que tu m'aies adressé ta lettre et pour cela, je me suis senti très honoré. Tu es pour moi le meilleur père du monde. Dans ton travail, je voudrais que tu sois le meilleur docteur qui puisse exister.
Tout va bien pour nous trois à l'école. Nous avons avancé au niveau de la discipline. Avant, il y avait beaucoup de batailles mais maintenant, nous nous entendons. Je vais terminer l'école dans deux semaines. Aussitôt que nous recevrons les bulletins, nous te les enverrons. Nous allons tous très bien. A l'école, ça marche très bien en français, en mathématiques et, en anglais, je suis parmi les meilleurs de mon école. Slobodan et Alexandre, tous les deux, ont cent pour cent en mathématiques. Quand je serai grand, je voudrais être ingénieur en mécanique. La mécanique m'intéresse beaucoup. Je voudrais dessiner des automobiles de course, des avions etc.
Papa, n'oublie pas que tu es le meilleur père au monde et que je t'aime beaucoup. Je t'envoie mes salutations et beaucoup de baisers.
Ton fils Gligor.
La lettre de mon deuxième fils, Slobodan:
Cher papa,
J'ai reçu ta lettre. Quand tu étais à Montréal, maman m'a demandé de t'écrire�187, tandis que j'attendais que tu m'écrives parce que je ne savais pas ton adresse. Le 8 mai, jour de mon anniversaire, nous avons reçu la lettre du docteur Juretic qui a écrit que tu étais sorti de l'hôpital et que tu était parti pour Hamilton. Ta lettre a été mon meilleur cadeau d'anniversaire. Ta lettre m'a tant ému que j'en ai pleuré parce que j'ai été rempli de joie en apprenant la belle nouvelle que tu était sorti de l'hôpital. J'étais s�r que tu allais m'écrire.
Tout le monde ici va bien. Nous n'avons pas beaucoup d'argent mais maman en dispose comme il faut. Comme cela, il ne nous manque rien. Comme d'habitude tout va bien pour nous à l'école.
Pendant mes vacances, sois s�r que je vais venir te voir. Je vais t'écrire quand je viendrai exactement.188
A la fin, je t'envoie mille, mille baisers,
Ton Slobodan.
Encore une fois mille et mille baisers de
ton Slobodan.
La lettre de mon troisième fils Alexandre:
Papa, comme je viens de commencer l'école, je vais t'écrire brièvement. Je t'aime beaucoup et t'embrasse de tout mon coeur.
Ton Alexandre.
La lettre de la tante de mon ex-épouse:
Cher Risto,
Je suis tellement contente de recevoir ta lettre! Je te sais bon gré parce que tu te fies à moi et m'a ouverts ton coeur.
Dans un sens, elle (mon ex-épouse) appartient à ma famille mais après tout ce qui s'est passé là, elle ne vaut rien à mes yeux. En effet, elle me rend honteuse.
Encore une fois, je voudrais te dire comment je t'apprécie, quelle confiance j'ai en toi! Je me rends compte de tes souffrances, des ennuis qu'elle t'a apporté. Heureusement, tu possèdes un caractère très fort qui t'aide à braver ces gens maudits et même cette femme. Je me demande pourquoi elle a fait tout cela? Elle était si chanceuse d'avoir ce qu'il y a de meilleur: elle a obtenu de toi tout ce qu'elle pouvait désirer. Tu l'as comblée d'amour et elle n'avait qu'a se réjouir de vos enfants beaux et sages, comme tu le dis. Pourtant, elle a refusé le bonheur. Pourquoi? Pour moins que rien. Elle ne faisait que des intrigues avec ses collaborateurs vils et malhonnêtes afin d'aboutir à la position d'une femme vulgaire, méprisée partout. Maintenant, je suis s�re qu'elle n'est pas saine d'esprit et avec son mauvais caractère, elle est néfaste du fond du coeur! Au lieu de t'être reconnaissante, elle devint ton ennemi et t'amena à l'asile.
Cher Risto, en lisant ta lettre, je me sentais très malheureuse. J'ai le coeur plein de douleur. Je pense à toi et prie le bon Dieu qu'il te fasse fort et courageux pour triompher de tes griefs et te débarrasser de cette femme qui ne parvient pas être humaine, mais reste une bête sauvage. Accueille ton espérance des mains du bon Dieu, sois s�r qu'il t'aidera. Il assiste ceux qui croient en Lui, ceux qui sont justes et pas mauvais. Dieu abonde en miséricorde.
Je te respecte, Risto. La seule chose à laquelle je m'attends de ta part, c'est que tu me considères comme membre de ta famille. Je serais très heureuse de recevoir tes lettres et de continuer nos relations comme auparavant.
Je te souhaite du bonheur et tout le meilleur de mon coeur. Je t'aime. Ta tante.
Nafsika Sotiriadou
La lettre de recommandation du docteur Filip Juretic au docteur Louis Dionne je l'a commenté déjà dans l'article Antécédents personnels et familiaux. La lettre est écrite le 12 juillet 1971, quatre mois avant de mon internement. Il est bon de la cite encore une fois dans sa totalité:
Cher docteur Dionne,
Vous m'avez agréablement surpris et je vois que votre intérêt pour le docteur Risto Delev est plein d'humanisme et de sentiment médical profond. Je suis en train de faire tout ce qui est possible pour notre collègue et mon ami (sic) et je suis certain que je parviendrai à trouver une solution satisfaisante.
J'ajoute une lettre que nous avons reçu du docteur Berchmans Rioux, North Dakota. Le docteur Delev devrait immédiatement prendre contact avec moi, même par téléphone.
Je sais qu'il attend une réponse des Services psychiatriques du Nouveau-Brunswick.
Je vous informerai de solution de nos efforts mais je ne désespère pas du tout car je crois que le docteur Delev est un médecin honnête et brillant (sic) et il mérite toute notre considération.
Veuillez agréer, cher docteur, l'expression de mes sentiments les meilleurs.
Le Chef de service,
docteur Filip Juretic
(lire Pièce No 03: Copie de la lettre du docteur Juretic au docteur Dionne).
Cette lettre est très singulière car elle montre comment des gens considérés par la société comme �quelqu'un de bien�, peuvent peu à peu tomber dans l'infamie.
La lettre du Père Claude Lavergne, du 2 janvier 1974 à la
Cours de la citoyenneté, à Toronto:
Il me fait plaisir de témoigner en faveur de monsieur Risto Delev.
Je connais monsieur Delev depuis près de quatre ans déjà. J'ai eu avec lui de nombreux contacts durant ces années. Je crois être en mesure d'affirmer que monsieur Delev, d'origine yougoslave, mérite en tous points que vous donniez suite à sa requête en vue d'obtenir la citoyenneté canadienne. Monsieur Delev est médecin et bien qu'il n'ait pas obtenu le droit à la pratique médicale, en raison des circonstances, il a toujours su gagner sa vie par un travail honnête depuis qu'il est au Canada.
Monsieur Delev est un homme, d'ailleurs, dont l'honnêteté n'est absolument pas sujet à caution. Je le sais d'une excellente moralité. L'octroi de la citoyenneté à cet immigrant ne peut qu'honorer le pays qui la lui accordera.
(Les lignes souligener sont faites par l'auteur).
Claude Lavergne, s.ss.r.
Recteur et Directeur général
Séminaire Saint-Augustin
Cap-Rouge (Québec)
La référence du 02-01-1974 de l'Honorable juge John Grudeff:
Je connais mon ami, le docteur Risto Delev, depuis plus d'un an et je prends la liberté de le recommander auprès des autorités gouvernementales pour que soit acceptée sa demande de citoyenneté canadienne. Je le connais comme un homme honnête, courageux, intelligent et actif. Il mérite toute la considération possible. Je m'en porte garant.
John Grudeff, c.r.
Référence sur mon travail de madame E. Hughson, directrice, et madame Hazel Hasking R.N., infirmière principale de Highbourne Lodge, 420 The East Mall, Etobicoke, Ontario:
Monsieur Risto Delev travaille à Highbourne Lodge et nous trouvons qu'il est bon travailleur, ponctuel, consciencieux et d'attitude raisonnable. Les patients sont très heureux que Risto prennent soin d'eux. Il se mêle bien avec ses compagnons de travail qui, de leur côté, trouvent plaisir à travailler avec lui.
L'opinion du docteur Nikola Pamukoff189, 580 Mountain Brow Blvd, Hamilton (Ontario):
Je reconnais docteur Delev comme étant un gentilhomme, sérieux, tranquille, un peu timide, plein d'attention envers les autres et honnête.
Il met dans son travail une persévérance et volonté à toute épreuve et il connaìt bien ses devoirs humains et professionnels. J'admire sa confiance en soi et sa fierté! En dépit des grandes difficultés financières qu'il connaìt présentement, il se tourmente et rejette quelqu'aide matérielle qu'on lui offre... même cette institution si bien exploitée dans ce pays, le Bien-�tre social, et préfère travailler temporairement dans la construction ou quelqu'autre travail similaire, étudiant en même temps l'anglais (il parle déjà français).
Pièce No 29: Lettre de mon fils Slobodan, l'avocat, à monsieur René Lévesque, Premier du Québec à l'époque:
Honorable Premier ministre,
Un fait inusité s'est passé dans la vie d'un immigrant Yougoslave, mon père. Il s'est fait interné dans un asile de fous. Grâce aux fausses déclarations de divers gens de la société et grâce à des falsifications de dossiers et de tous genres de manipulation, ils ont réussi à le garder pendant six mois.
Depuis ce temps, nous en sommes restés marqués. On avait peur de sortir dehors d'être questionné sur la disparition subite de mon père: je ne voulais à tout prix leur dire la vérité puisque moi-même, je savais mon père en très bon état mental.
Après six mois d'�emprisonnement�, il en sortit avec dix ans de plus dans le visage. Pendant les premiers jours de sa sortie, il vécut dans la terreur et dans la faim puisqu'il était seul et n'avait aucun soutien moral après une telle épreuve. Après l'�emprisonnement�, il ne put jamais pratiquer son vrai métier, d� son dossier psychiatrique.
Et dire que il y avait quelque semaines de tout cela, il avait été demandé comme psychiatre au Nouveau-Brunswick.
Il y a très peu de temps de cela, un nouveau parti vient an pouvoir avec en tête, vous, monsieur Lévesque.
Voilà une chance de prouver que vous êtes avec le peuple.
Malgré mon jeune âge, je me crois assez mature pour imposer une telle tâche à un gouvernement aussi jeune que le vôtre.
Nous apprécierons beaucoup une aide telle que la vôtre. Tout ce qu'on exigerait de votre part serait de mener ce mystère à bien.
S.V.P. Aidez mon père à retrouver sa place dans la société. Aidez-nous à effacer ce dossier qui représente non seulement une tache de boue sur la vie de mon père mais aussi dans toute la famille.
�a non plus, ça ne peut plus continuer comme ça!
Veuillez agréer mes plus sincères sentiments. Au nom des fils du docteur Delev,
Slobodan Delev
(fils du docteur Delev)