Tijuana mon amour
(in divers recueils publiés aux USA - 1999 - 2004)
James Ellroy
Rivages/Thriller - Éditions Payot & Rivages - 2007
Avant de donner quelques détails sur le contenu des articles
et nouvelles reprises dans le présent volume publié par Rivages, il faut
signaler qu’ils sont réunis en un volume qui n’existe pas tel quel dans les
publications américaines de l’œuvre d’Ellroy.
La nouvelle qui donne le titre à ce recueil de 2007 en
français, Tijuana mon amour , est le titre d’une nouvelle qui fut
publiée dans le recueil « Crime Wave » aux USA, nouvelle qui ne fut
pas reprise dans la traduction de ce recueil de 1999 (Crimes en
série ).
(En 2000, il y a eu une édition restreinte, en petit format,
de deux nouvelles inédites en français, dans le cadre d’une promotion commerciale,
intitulé également « Tijuana mon amour »- « Hush Hush » étant
la seconde nouvelle. Le présent recueil n’est PAS la réédition de cet opuscule,
mais il comporte entre autres ces deux
nouvelles. Ndlr)
De fait, le contenu du recueil Tijuana mon amour de 2007 est
l’assemblage de 8 textes ( 3 articles et 5 longues nouvelles) qui n’avaient pas
été repris par Rivages dans leurs éditions françaises de Crimes en
série (1998) et de Destination morgue (2004).
La plupart de ces textes d’Ellroy avaient été publiés à
l’origine dans le magazine américain « GQ », tout comme ceux déjà
publiés par Rivages dans les deux recueils cités.
-Pour avoir une vue d’ensemble sur la publication en
recueils aux USA et la répartition de ces même nouvelles dans les recueils
français, consulter la page annexe que nous avons établie: Ellroy –GQ
articles + novellas.
Des précisions qui peuvent sembler complexes, mais qui à mon
avis étaient nécessaires pour que les amateurs d’Ellroy puissent s’y retrouver.
Et les nouvelles d’Ellroy, comme la plupart de ses articles, sont loin d’être
du matériel de seconde zone, très loin.
Nouvelles
On ne peut qu’être emporté une fois de plus par le délire
verbal de Danny Getchell qui, ici, raconte dans trois nouvelles certains de ses
souvenirs liés aux stars d’Hollywood et à la police de Los Angeles des années 1950,
récit qu’il fait du fond d’une clinique clandestine de la fin des années 90
pour sidaïques friqués. Danny ce journaliste des égouts de la célébrité made in
USA, manieur de ragots dans sa revue à scandales « Hush-Hush » (devenue
« L’Indiscret » dans la version fr.), maître-chanteur, fouilleur des
plus immondes poubelles, manipulateur avide de dollars et de sensationnel
abject, destructeur de carrières, Danny qui nous livre ses combines et ses
découvertes parfois dangereuse pour lui et les autres, dans un récit fait staccato
et empruntant à tout bout de champ un langage qui semble sorti des titres des
articles qu’il publie, avec jeux de mots, répétitions de syllabes dans des expressions
en forme de comptines, injures baveuses et fausses pudeurs.
Saluons au passage la souplesse du traducteur face à ce
déluge de créations verbales dans le texte d’origine.
Laissez-vous emporter par le monde fétide de Daniel
« Danny » Getchell et le langage inventif d’Ellroy dans ces trois
nouvelles. Une réussite.
Les deux autres nouvelles du recueil font partie du
cycle : « Rick aime Donna », qui nous content l’attachement
quasi-fétichiste du super inspecteur de police surnommé Rino pour l’actrice de Hollywood
et de certaines séries TV, Donna. Dans celles-ci on assiste à un curieux
glissement temporel vers un futur qui est contemporain, puisque Rino continue à
veiller sur Donna, l’amour de sa vie, et ce après sa mort. Le personnage de
Donna Donahue est basé sur une actrice réelle (Dana Delaney), mêlée à des
récits de fictions qui reprennent malgré tout certains éléments réels de la vie
de celle-ci.
Des deux nouvelles, c’est certainement « Jungleville
Jihad » (Jungle Jihad) qui retient l’attention par son humour noir et son
récit décalé.
Articles
La section consacrée aux articles écrits par James Ellroy
pour la revue « GQ » s’ouvre en fait sur un récit autobiographique,
« Let’s Twist Again » avec le
ton particulier que l’auteur sait leur insuffler. Ses souvenirs de ses
débuts au collège, il a 11-12 ans, il ne demande qu’à apprendre. Apprendre la
vie. Truculent et sans pitié pour lui-même.
Suit un article sur le cas du meurtre d’une jeune femme
de 22 ans, Karyn, datant de novembre 63,
non élucidé et pour lequel Ellroy reprend le fil de l’enquête (une de
ses marottes comme on le sait). Le dernier article, ironique, vengeur et
sarcastique, décrit les liens d’un district attorney avec la politique, ses mécaniques
de décisions liées à son arrivisme et au carriérisme, avec un enrobage fait de
déni de justice ; le tout raconté par Ellroy avec une subtilité qui est
noyée sous un apparent désordre verbal.
Pour trouver des renseignements complémentaires sur les
intentions d’Ellroy dans plusieurs de ces textes, de même que les détails
concernant les personnages réels embarqués dans les enquêtes ou dans les fictions
reprise dans « Tijuana mon amour » -2007, ainsi que dans Destination morgue , on consultera l’interview originale de
l’auteur traduite publiée dans POLAR NOIR (et les notes qui
l’accompagnent).
Tijuana mon amour , un recueil que ne peuvent
rater les fans d’Ellroy et qui leur fournira les textes complémentaires
jusqu’ici absents des deux précédents recueils traduits en français.
Et comme nous l’avions fait auparavant, nous ne pouvons que
le recommander aussi à tous les détracteurs d’Ellroy, afin qu’ils puissent regarder
de près les qualités de textes qui en
font un des meilleurs auteurs du roman noir contemporain, auteur qu’ils
s’obstinent à dénigrer.
EB (novembre
2007)
(c)
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