La dernière allumette
(The Last Match - 2006 - écrit en 1973)
David Dodge
Hard Case Crime n°6 - J'ai Lu n° 8524 - 2007
Bien que datant de 1973, dernier roman écrit par l’auteur -
non publié de son vivant, “La dernière allumette” est une résurgence directe
des années 1950, et des collections policières américaines publiant des livres
bon marchés qui firent la vogue du livre policier au détective privé
grande-gueule, les « hard-boiled novels », et même de la branche plus
sombre qui donna ses lettres de noblesse au roman noir policier. Le panorama de
l’époque ne serait pas complet sans citer les pastiches humoristiques et souvent
ravageurs de ces genres dans des romans utilisant
des aventuriers durs-à-cuire, ou encore le roman policier mêlant ton ironique à
un humour continu entretenu en demi teintes par le narrateur à la coule, bordure
cynique, tout en évoluant dans un monde assez réaliste.
C’est à, cette dernière veine que se rattache ce roman de
David Dodge, avec, de plus, une bonne dose d’influence venant des aventuriers susmentionnés…
On l’aura compris, La dernière allumette ne porte pas à la mélancolie,
mais ce n’est pas un humour déjanté et fracassant qui vous fera sourire, mais ce
sera cette déclinaison peuplée de faux voyous, vrais arnaqueurs, baladant un
regard ironique désabusé sur ce qui les entoure et sur eux-mêmes, évitant
cynisme destructeur et humour trop noir. Une forme qui n’a presque plus cours à
l’heure actuelle, mais qui peut être d’un comique assez réjouissant par sa légèreté de ton lorsqu’il est bien
manié. Une forme assez courante dans les années 40 à 60.
Et pour la plus grande part du roman, David Dodge s’en sert
plus qu’honorablement. Le reste étant plutôt de la veine
« aventuriers » picaresques de ces mêmes époques.
A tel point qu’il me semble que Dodge y a mis matière à deux romans.
La dernière allumette se déroule d’ailleurs
dans les années 1954-58, ce qui en renforce la portée, puisque plongé dans ses
propres racines et dans une spécialité de l’auteur : l’Américain évoluant
sur la Côte d’Azur.
Le narrateur, dont le nom n’est jamais cité, un Américain démobilisé, vit d’expédients et
d’escroqueries, toujours à la recherche du pigeon bien gras sur la Côte, ce
repaire de friqués avides qu’il prend plaisir à plumer. Sur base de sa belle
gueule, il affole aussi les dames, jeunes et vieilles, et là aussi ses talents
de raconteur de bobards peuvent faire des miracles. Et de l’argent. Mais les
temps sont durs et ses gains fondent vite, c’est pourquoi il va se laisser
tenter par la contrebande avec des truands Corses, pour son plus grand malheur.
Bien que, réflexion faite, son plus grand malheur c’est peut-être d’avoir
rencontré l’Honorable Regina Forbes-Jones, jolie anglaise de la Haute, fort
distante, et d’avoir accepté de lui louer ses services. Après des démêlés
courts mais instructifs avec la justice française, il finira à Tanger puis à Marrakech,
tout en affinant ses talents d’escroc doué.
Il serait fastidieux de reprendre ici les divers épisodes de
la saga du narrateur, saga qui l’enverra en Amérique du Sud, qui fera de lui un marin temporaire, qui le
propulsera dans des geôles immondes, et j’en passe. Sans jamais abandonner ses
talents innés pour l’arnaque.
Faites confiance à l’auteur, à son imagination débordante, à
sa connaissance de la France (des années 50) et d’une bonne partie du reste du
monde pour maintenir notre héro en mouvement. Et dans les sacs de nœuds. Toujours avec des pages d’humour
en demi-teinte, et des commentaires pertinents. Comme celles, inénarrables, où,
par la voix de son héros, l’auteur nous fait une description hilarante du
système judiciaire issu du code Napoléon. Hilarante, mais un raccourci
saisissant.
La dernière allumette est une lecture
distrayante aux rebondissements de roman-feuilleton, gardant en arrière-plan
assez d’ironie que pour arriver à nous faire rire plus d’une fois.
Doublé d’un guide de voyage tel qu’en 1950, avant les GPS,
avant la biométrie électronique et les cartes à puces, avant les portiques de
sécurité des aéroports, avant les téléphones portables et les centraux
électroniques, avant les ordinateurs personnels, avant les voyages
intercontinentaux de masse, avant, avant…
Un temps que vous ne pouvez plus connaître.
Un temps pour les petits artisans. Y compris arnaqueurs !
David Dodge
Comme avec tous les romans publiés dans la collection
Hard-Case Crime, il y a une intéressante page bio-bibliographique au sujet de
David Dodge (dont certains titres furent publiés dans la Série Noire), nous
rappelant que cet auteur fur un véritable bourlingueur, que c’est à lui qu’on
doit « La main au collet » (qui donna lieu au film d’Hitchcock), et
que « La dernière allumette » est un roman non publié qui fut
redécouvert dans les papiers de l’auteur- écrit en 1973, juste avant le décès
de David Dodge en 1974- et publié pour la première fois aux USA en 2003. EB
EB
(novembre 2007)
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