JAMES ELLROY
_______________________________________________________________________ Notes les notes avec renvoi numérotés sont des ajoutes faites principalement pour mieux identifier certaines personnes citées dans l'interview; elles ne faisaient pas partie du texte original E.Borgers _______________________________________________ Craig McDonald Est-ce que les possibilités offertes par le magazine GQ1 - comme moyen de diffusion pour vos écrits- vous manque ? J’avais l’impression qu’on vous laissait une grande latitude quant aux sujets et thèmes choisis. 1GQ : magazine mensuel américain sur papier glacé, pour hommes. Mélange d’articles sur la mode, les tendances, l’actualité, le glamour et quelques articles de fond -ndt James Ellroy Très bonne question. Formidable entrée en matière. La réponse, c’est : ouais, ça me manque. Un tas d’événements sont intervenus l’année passée, en juin (2003). Ils ont viré Art Cooper, le légendaire rédacteur en chef de magazines, d’ailleurs entré dans le Hall d’Honneur des Directeurs de Magazines (Magazine Editors’ Hall of Fame- mention honorifique- ndt). Ils ont alors introduit un type qui voulait transformer le magazine. Curieusement on m’a éjecté. Bizarre. McD Ouais, étant donné que vous aviez remporté -au moins deux fois je pense- le Prix GQ du meilleur romancier de l’année… Ellroy Leur prix littéraire, ouais. Et, j’ai la cinquantaine. Ils ont viré tous les types âgés. McD J’ai remarqué qu’il y a certains textes que vous aviez écrits pour GQ après « Crime Wave ("Crimes en série ") –le premier recueil GQ- qui ne sont pas dans Destination Morgue !2 ("Destination morgue" - Rivages). C’est pour une raison particulière ? Il y avait, d’après ce que je sais, le dernier texte sur Anne Sexton3 et Dana Delaney4 , quelque chose de court sur le 11 septembre 2001… 2Destination : Morgue ! est sorti aux USA en septembre 2004, juste avant cette interview. Ce recueil comporte plusieurs articles publiés par Ellroy dans GQ. Il en va de même pour Crime Wave (1999) -ndt 3Anne Sexton : (Anne Gray Harvey) poétesse -et dramaturge- américaine (1928-1974), représentante de la tendance « confesionnaliste » où l’auteur se dévoile complètement dans ses écrits. Sa vie tourmentée se reflète dans ses œuvres qui finiront par déboucher brièvement sur des poèmes religieux. D’une beauté physique réelle, elle fut même mannequin de mode. Ellroy utilise une citation de cette poétesse dans « Le Dahlia Noir » -ndt 4Dana Delaney : actrice américaine contemporaine -ndt Ellroy C’était un texte court qui faisait partie de quelque chose de plus long sur les attentats terroristes. McD Et le texte sur les élections présidentielles, sur la compétition entre Bush et Gore n’y est pas non plus. Ellroy Le texte sur les élections, qui était un texte hilarant, n’a pas été retenu. Ce n’était pas le bon moment. C’est Sonny Mehta5 qui pensait que ce n’était pas le moment. Mon article sur Bill O’Reilly6 n’y est pas non plus. Ils voulaient se limiter au crime et à L.A. 5Sonny Metha : éditeur et président de la fameuse maison d’édition Knopf ; personnage respecté de la scène littéraire américaine contemporaine - ndt 6Bill O’Reilly : présentateur ultra conservateur de la chaîne TV Fox de Rupert Murdoch, chaîne qui soutient les initiatives du gouvernement Bush et en assure la propagande. Bill O’Reilly est un aussi un commentateur des nouvelles pour cette chaîne, dans une série d’émissions très suivies ; devenu très populaire à cause de ses critiques des « anti-américains » durant les crises de la guerre d’Irak et par ses positions nationalo-patriotiques, versant carrément dans le populisme le plus dégoulinant. Venait d’être poursuivi en justice à New York, pour harassement sexuel par une collègue de la chaîne, en octobre…2004 -ndt McD Est-ce qu’il y a quelque chose qui s’est passé récemment dont vous aimeriez tout particulièrement vous emparer en tant qu’essayiste ou journaliste ? Ellroy En fait, non. Je ne suis pas la politique. Je ne regarde pas les nouvelles. J’ai été à Vegas pour deux combats de boxe, et je ne les ai pas trouvés, d’aucune manière, emballants ou représentatifs. Ce que j’aime dans ce livre ( "Destination morgue" – ndt), c’est que c’est un vrai révélateur de ce que je suis, de mes obsessions, mes centres d’intérêts… de mes fixations. Et il y a aussi ces trois longues nouvelles déjantées, à la fin. McD Parlons directement de celles-ci. Je me souviens que dans votre dernier article pour GQ vous parliez de, peut-être, écrire certaines choses avec l’actrice Dana Delaney comme protagoniste. Or vous y avez une « Donna Donahue », et c’est, en grande partie, dans un ensemble d’histoires contemporaines ; dès lors je me demandais si on avait raison d’y décoder quelque chose ? Ellroy Certainement, vous le pouvez. Dana et moi sommes amis. Je voulais une Dana Delaney légèrement déguisée. Je voulais une doublure de Dana Delaney. Vous avez aimé ces « novellas » (= longues nouvelles ; inclues dans "Destination morgue", ndt) ? McD J’ai préféré la dernière : Jungletown Jihad. Et, c’est marrant, j’aurais aimé qu’elle soit la première, car elle donne le contexte pour les deux autres, en quelque sorte. Ellroy Mais rappelez-vous qu’il y a une chronologie là-dedans. La première, dans laquelle Donna et Rick (Richard W. Jenson, dit Rhino Rick, le flic obsédé par Donna, ndt) se rencontrent, c’est 1983. Puis ça va à 2004 et 2005. McD Et vous allez largement dans le futur. Ellroy Ouais, ouais, parce que Rhino Rick raconte ça du ciel. McD Vous avez déclaré que le « roman criminel » était mort, ou s’éloignait de la fiction criminelle. Je pensais vraiment qu’après le cycle Lloyd Hopkins, vous n’utiliseriez plus un autre flic contemporain. Vous avez même confirmé que c’était le cas. Et voici maintenant ces histoires… Ellroy Ce sont des novellas, rappelez-vous. Et souvenez-vous aussi qu’elles sont volontairement comiques. Ce sont des nouvelles comiques, et je crois que par beaucoup d’aspects c’est aussi noir que l’humour peut l’être. Examinez la dernière…c’est une comédie sur les terroristes arabes. Dont la moitié d’entre eux veulent faire exploser le building et dont l’autre moitié veulent aller tripoter des strip-teaseuses assises sur leurs genoux et se faire faire des pipes. McD Ce qui est factuel et correct, si je me rappelle bien des faits concernant Atta7 et compagnie, avant le 11 septembre 2001. 7Atta : Mohamed Atta al-Sayed est le nom annoncé par le FBI comme étant celui du pilote-suicide du premier avion qui s’est écrasé sur les tours de Manhattan le 11/09/01 -ndt Ellroy Exactement basé sur les faits. Et chacune des trois histoires est liée à un tueur « sexuel » de la scène du L.A. des années 50. McD Exact. Dans ces novellas vous utilisez du matériel sur lequel vous aviez déjà écrit (mais dans ce qui n’était pas de la fiction) : le meurtre de Stephanie Gorman8 . Dans ces novellas, c’est une enquête obsessionnelle pour votre détective Rick Jenson. Qu’est ce qui fait que vous y reveniez dans ce livre ? Je suppose qu’en terme d’âge, elle devait être approximativement de votre génération… 8Stephanie Gorman : jeune fille de 16 ans, assassinée avec sévices sexuels en 1965 par un meurtrier qui ne fut jamais retrouvé -ndt Ellroy Elle était de 15 mois plus jeune que moi. On a grandi séparés par seulement 8 Km, environ. Elle a grandi dans un milieu plus aisé que moi. On a fréquenté des « high schools» adjacentes. Je me rappelle très très faiblement de cette affaire qui a eu lieu lors de ce qui était pour moi « l’été de la libération », 1965 – l’année où mon père est mort et où j’ai été renvoyé du collège… où j’ai été renvoyé de l’armée. C’est un crime particulièrement horrible, qui aurait dû être pour la police criminelle de L.A. un vrai crime signé, s’il n’y avait pas eu l’interférence des émeutes de Watts (cette même année, à Los Angeles- ndt). C’est aussi un crime sexuel qui ne s’est pas répété. Ils n’ont jamais été capables –et j’ai lu le dossier plusieurs fois- de relier le meurtrier à d’autres crimes, d’avant ou d’après celui-ci. McD C’est un peu, dans le même registre, comme ce qui s’est passé dans le cas du meurtre de votre mère. Ellroy Ouais, mais pour ce cas-ci, ce fut un crime sexuel délibéré, préparé. Dans le cas de ma mère, c’était un viol au cours d’un rendez-vous, viol qui a mal tourné. McD Vous avez récemment écrit un avant-propos pour Black Dahlia Avenger 9 (la traduction fr. : «L’affaire du Dahlia Noir » de Steve Hodel, Seuil policier, 2004). Vous ne partagez pas nécessairement la théorie de l’auteur, mais vous semblez l’accepter comme une possibilité réelle. 9Essai et enquête publié par un ancien inspecteur de la crim’ de L.A. à la retraite, Steve Hodel, prétendant avoir résolu le mystère de la mort d’Elizabeth Short, torturée et tuée dans des circonstances atroces en 1947. Le livre depuis sa sortie en 2003 a été très contesté, surtout aux USA. Cette affaire non résolue avait inspiré un des romans exceptionnels d’Ellroy : The Black Dahlia, publié en 1987 (Le Dahlia noir) ; Ellroy avait été marqué par les circonstances atroces de ce meurtre, similaire par certains aspects à celui de sa propre mère, tuée en 1958 dans des circonstances sordides non élucidées. Le meurtre de sa mère reste une des grandes obsessions d’Ellroy. L’édition reliée (la première) du livre de Hodel aux USA date de 2003 ; la brochée dont parle Ellroy date de juin 2004. On vient d’annoncer aux USA- pour août 2006- une édition revue, brochée. A noter que l’édition de poche française, parue chez Points en septembre 2005, annonce un « complément d’enquête ». La première édition française (Seuil, 2004) se terminait sur une note de Steve Hodel qui annonçait qu’il avait découvert de nouvelles preuves alors qu’il corrigeait les épreuves… -ndt Ellroy Je crois que c’est plus que cela. Je crois qu’il l’a résolu. Je dis ça avec une certaine réticence. Je crois que beaucoup de parties qui font la structure de l’histoire ne tiennent pas. Il suggère un complot massif de la part du LAPD qui aurait aussi étouffé le dossier, mais ne peut rien prouver. Quand j’ai lu le livre dans sa première édition cartonnée, je n’étais pas convaincu. McD Rien que les photos supposées d' Elizabeth Short, m’ont fait douter. De toute évidence, ce n’étaient pas des photos d' Elizabeth Short. Ellroy Bon, voilà ce qui se passe. Ce que vous devez au moins en croire –et c’est le saut qui a eu lieu entre l’édition originale et l’édition brochée : George Hodel était un libertin psychopathe. Il a été poursuivi pour inceste sur sa fille de 14 ans. Un type très mauvais. Il avait 11 enfants, de diverses femmes. En grandissant, un des enfants devint inspecteur dans la section homicide du LAPD. Curieux en soi. Bon, papa meurt. Steve Hodel examine ses effets personnels et en arrive à la conclusion – erronée, je pense- que ces photos sont celles de Elizabeth Short. Il devient convaincu et il organise sa théorie, selon laquelle son père a tué Elizabeth Short, et en fait une histoire bien organisée, fondée sur des présomptions. Je ne suis pas convaincu… Dans l’intervalle entre l’édition originale et l’édition brochée, Steve Lopez,un reporter du « Los Angeles Times », a exhumé le dossier de l’affaire Short du bureau du Disctrict Attorney (aux USA : fonction publique, entre juge d’instruction et procureur français - ndt). Le père de Steve Hodel, George Hodel, était le suspect numéro un. Sa maison et son téléphone avaient été mis sur écoute. Ils ont une bande magnétique dont la transcription écrite conforme reprend ce qu’il dit en février 1950 : « Si j’ai tué le Black Dahlia, qu’est-ce que ça peut faire ? Ils ne peuvent pas le prouver. La seule qui le sait, c’est ma secrétaire, et elle est morte. » Etant donné ça, mais avec réticence, j’accepte l’explication. Pour moi, c’est presque comme une intervention divine. Si en effet, comme je le suspecte, ces photos ne sont pas celles d’Elizabeth Short, et qu’il a fait des recherches en profondeur pour rassembler une histoire finalement peu convaincante, mais qu’il ressort que son vieux était le suspect numéro un et qu’il l’a admis sur un enregistrement, c’est suffisant. McD Vous n’avez jamais eu des contacts en vue de remplacer votre job chez GQ ? Il me semble que Vanity Fair10 vous courtisait à un certain moment. 10Vanity Fair : mensuel de luxe américain, mélange de mondanités, d’actualités, d’articles de fond. Sous cette forme, il a existé depuis 1914 jusqu’en 1936. Relancé au début des années 1980 par le groupe de presse Condé Nast Publications, qui est aussi le propriétaire de GQ -ndt Ellroy Ils m’ont approché il y a six ou sept ans, lorsque je travaillais pour GQ. Vous savez, ce que je fais est très particulier, et Art Cooper me soutenait à cent pour cent. Je suis convaincu que les magazines existant actuellement ont d’autres buts. Je ne connais pas très bien la culture américaine. Je me désintéresse de la « guerre au terrorisme ». J’écris sur un nombre de choses très spécifiques, j’ai une imagination très limitée. Je crois que les rédacteurs chefs prudents le savent. McD Vous êtes revenu vivre en Californie. Est-ce que ça a déclenché quelque chose qui vous pousserait à écrire à nouveau sur L.A. ? Ellroy Nan… C’est juste que j’aime la partie centrale de la côte. C’est très souple. C’est rarement très chaud. McD C’est mieux que l’été à Kansas City ? (Ellroy habitait cette ville- ndt) Ellroy Mon vieux… ! McD L’affaire Robert Case est traitée dans un des textes de Destination : Morgue !. Est-ce que vous savez eu d’autres idées à ce sujet, depuis que votre article fut publié pour la première fois, dans GQ ? Ellroy Je ne sais pas. Je ne l’ai pas suivie du tout. Le meurtre a eu lieu en mai 2001, on est en octobre 2004 (quand a lieu l’interview – ndt). Ca fait trois ans et demi… McD Est-ce qu’il y a des crimes actuels sur lesquels vous aimeriez faire quelque chose, ou que vous suivez ? Ellroy Non, aucun. J’ai gardé quelques relations amicales fortes avec le département de police de L.A. J’ai plusieurs amis dans le département des affaires classées du LAPD et je parie que si on pouvait me laisser tranquille, j’aimerais parcourir et lire certains vieux dossiers. Je suis sûr que je pourrais le faire. Mais, alors je pourrais deviner obsédé, comme je l’ai été pour Gorman. Ma vie serait à nouveau interrompue, et je ne peux me le permettre pour le moment. McD Ce fut un tel investissement en temps que de travailler sur ce sujet ? Ellroy Ouais, ouais… Il y avait 5 boîtes de dossiers, de souvenirs et textes divers à lire. Et il vaut mieux les parcourir tous. D’une certaine manière vous n’aurez probablement tout au plus que 8 pages comme reconstitution des détails essentiels des rapports, mis en ordre chronologique (dans « Stephanie »). Pour y arriver, j’avais à lire 5 boîtes de dossiers et prendre des notes. McD C’est un dossier d’enquête bien plus gros que ce que vous aviez à consulter pour écrire la relation du meurtre de votre mère, écrit qui prenait tout un livre : My Dark Places ( traduit en fr. : "Ma part d’ombre"). Ellroy Oui McD J’ai vu récemment une copie de presse du film Bazaar Bizarre à propos du tueur en série de Kansas City, Bob Berdella. Vous êtes le producteur exécutif de ce film. En saviez-vous beaucoup au sujet de cette affaire, avant le documentaire ? Ellroy Non. Ben Meade (le réalisateur) est un ami proche et j’ai reçu de la documentation de Ben. Et, vous savez, nous allons faire un documentaire ensemble, Destination : Morgue !, à la fin de cette année. En ce qui concerne Berdella, Ben m’a fait visionner des morceaux spécifiques de films, et je les commentais. Je n’ai pas vu le film, mais apparemment, un tas de mes commentaires sont marrants. McD Vous ne l’avez pas vu ? Ellroy Non. Mais c’est un bon cinéaste. On va faire en fin d’année ce documentaire, Destination : Morgue ! . Ce seront des morceaux du livres qui seront recréées- pris de la partie non-fictive du livre. Les reconstitutions jouées, ma voix, des interviews avec Steve Cooler, le district attorney du comté de Los Angeles, et peut-être même un dîner avec mes copains policiers qui se concentrent sur un crime. Puis nous ferons une partie documentaire sur ces trois tueurs (Stephen Nash, Donald Keith Bashor, Harvey Glatman) qui ont servi de base aux trois longues nouvelles. McD Maintenant que vous n’avez plus les possibilités offertes par les publications dans GQ , je me demande ce que vous faites lorsque vous n’écrivez pas de roman. Ecrivez-vous encore des nouvelles et novellas ? Ellroy Non. Je travaille pour le cinéma et la TV, pour gagner de l’argent et pour patienter entre les romans ; et c’est à plein temps. McD Il y a aujourd’hui des tas de pressions sur les auteurs pour qu’ils écrivent un livre par an. Souvent avec des résultats assez pauvres… Vous y avez résisté, et en fait vous avez une approche tout à fait différente. Est-ce qu’il y a des pressions quelconques pour vous faire produire plus ? Ellroy Non. J’ai 56 ans et je suis en bonne santé. Je veux écrire sept romans supplémentaires au cours de ma vie, et j’en écrirai probablement plus. McD Mais vous vous êtes fixé un objectif de sept romans. Je sais que vous parliez d’un livre sur Warren Harding11 . 11Warren G. Harding : président des USA de 1921 à 1923, mort d'une crise cardiaque pendant son mandat. Appartenait au parti Républicain. Partisan du libéralisme sauvage, du laisser-faire économique et social. En partie à cause des scandales qui frappèrent l’Administration, après sa mort, et surtout à cause de son incapacité et sa médiocrité, Harding est considéré par beaucoup d’historiens comme ayant été le pire des président des USA. La rumeur a prétendu qu’il avait été empoisonné par sa femme -ndt Ellroy Ah oui, Warren Harding vient juste après ce roman (le volume trois de la trilogie Underworld USA12 ). J’ai ce livre sur le Wisconsin, un roman de génération. 12Trilogie faite des romans : American Tabloid, The Cold Six Thousand et le futur (annoncé par Ellroy) Police Gazette. En « français », les titres de ces romans sont en… anglais et les deux derniers sont modifiés -et conservent le mot « American » pour marquer la filiation. -ndt McD Avec une famille d’agents de police… c’est ça ? Ellroy Je n’en suis pas encore certain. Mais plus tard, j’en dirai plus. Et je pense que j’écris un très bon bouquin -ils sont formidables. Et c’est le genre de livre que j’aime lire… Je ne veux pas d’une foutue merde d’enfoiré vérolé habituel comme bouquin. Oh, je suis impatient pour le dernier roman, vous savez. McD Et cela se passe comment ? Etes-vous déjà loin dans l’écriture du troisième volume (Police Gazette) ? Ellroy Ouais, ouais. Je suis déjà loin dedans. Je n’ai pas promis de date de livraison, mais c’est énorme. C’est plus gros que The Cold Six Thousand (devenu "American Death Trip" pour l’édition française - ndt). McD Vous aviez déclaré que vous vouliez trois romans qui, littéralement, allaient être de plus en plus épais. Je me demande comment vous parvenez à maintenir votre intérêt et votre concentration tout au long de ces nombreuses années. Ellroy L’intérêt, c’est facile. La concentration… cela demande une très très forte structure. Et vous avez besoin des plans et esquisses dont nous avions discuté en 2001 (une autre interview faite par Craig McDonald, en 20001- ndt) à Ann Arbor. Vous avez besoin d’une très grande structure de construction, et de la volonté de la faire fonctionner. Mais, une de mes grandes révélations, que j’ai eue dans le temps- alors que j’écrivais The Big Nowhere (Le Grand Nulle Part)- est que j’ai réalisé que je pouvais produire quoi que ce soit que j’avais conçu. McD C’est … étonnant. C’est renversant. Cela vous crée cependant une pression. Si vous avez cette capacité, vous devez l’utiliser… pas vous retirer. Ellroy Ouais McD Vous lisez beaucoup de poésie ? Vous donnez des citations de poèmes dans vos interviews, articles… et j’ai constaté que vous l’avez fait durant plusieurs années. Auden13, en particulier. 13W.H. Auden : poète anglais (1907-1973) qui débuta dans la mouvance de T.S. Eliot ; naturalisé Américain après la guerre. Considéré comme un des plus grands poètes anglos-saxons modernes, il eut une grande influence sur les générations de poètes qui suivirent.. -ndt Ellroy J’ai beaucoup lu Auden , vous savez. Avec un tas de ce foutoir que je ne comprends pas, et que je n’aime pas et dont je ne me préoccupe pas. McD Je sais que vous lisez Anne Sexton. Ellroy Ooh, mon vieux ! McD Chaude, mais tragique. Ellroy Craig, tu es formidable. Tu viens de définir Anne Sexton : chaude, mais tragique. Tu te la ferais, hein ? McD Ouais, sur la base de photos que j’ai vu d’elle, jeune… ouais. Ellroy Ha ! McD Avez-vous écrit de la poésie ? Ellroy Naan. Mais j’aime Sexton. « Chaude, mais tragique » McD Je sais que vous ne lisez pas beaucoup de fictions policières, mais en avez-vous lues récemment ? Et si oui, c’était quoi ? Ellroy Non, non. Les gens me disent qu’il y a des « Ellroy manqués » (en fr. dans le texte) partout. Je ne sais pas qui ils sont. Je reçois toujours par courrier des foutus pastiches du "noir dans les années 50 ". McD J’en suis certain… j’ai entendu parler de certains d’entre eux, j’ai parcouru un ou deux livres, mais à part la période, ils n’ont rien à voir avec ce que vous faites. D’un autre côté, j’ai entendu une chanson (« Tijuana Bible ») d’un chanteur résidant au Texas (né à L.A.) : Tom Russel, qui parle de Johnny Stompanato14 et qui a dû être inspirée par le L.A. Quartret ( "Quatuor de Los Angeles" - tétralogie qui regroupe 4 romans d’Ellroy et commence par Le Dahlia Noir- ndt) 14Stompanato: personnage interlope, gigolo, escroc brutal, il fut le compagnon de Lana Turner, jusqu’à ce que la fille de celle-ci –Cherryl Crane- le poignarda en 1958. Agée de seulement 14 ans, sa seule défense était qu’elle volait au secours de sa mère, brutalisée par Stompanato, couteau de cuisine à la main. Et… il heurta le couteau. A la gorge. Cette affaire fut un des grands scandales de l’époque. Mère et fille furent acquittées au procès. Les spécialistes prétendirent que Lana Turner donna sa meilleure performance d’actrice lorsqu’elle témoigna à la barre. Elle avait déjà eu 4 maris (dont l’un d’eux, Crane, l’épousa deux fois- donc techniquement mariée 5 fois) et divorcé de ceux-ci, avant sa liaison avec Stampanato -ndt Ellroy Est-ce que vous avez vu le film "Collateral" (2004, film de Michael Mann- le réalisateur de "Heat", le fameux film noir avec Pacino et De Niro- ndt) McD Nan Ellroy Et bien, c’est un navet. Mais il y a une scène entre Jamie Foxx et Tom Cruise où ils divaguent dans une suite de courtes répliques sur la vie et sur la mort, et Jamie Foxx sort cette phrase : « The Big Ass Nowhere » (ass = cul - ndt ). McD Est-ce que, à l’heure actuelle, vous relisez votre plus ancienne production ? Ellroy Non. McD Vous ne regardez pas en arrière ? Ellroy Non. Je me concentre sur ce que j’ai devant moi. McD Une fois, vous avez commencé un roman que vous n’avez jamais fini. Je crois qu’il s’appelait The Confessions of Bugsy Siegel (= Les confessions de Bugsy Siegel – basé sur le personnage historique, maffieux notoire qui s’établit en 1937 à Los Angeles et qui a fondé pour le compte de la maffia le premier casino de Las Vegas, « Le Flamingo », en 1946- ndt). Ellroy Ouais, c’était un nanar. McD Un nanar ? Ellroy Ouais, c’est dans mes archives qui sont à l’Université de Caroline du Sud. McD Je suppose qu’il ne sera jamais possible d’avoir "The confession of Dudley Smith, as Told to Dave Klein " (=La confession de Dudley Smith, telle que racontée à Dave Klein) ? (Dudley Smith, personnage sulfureux, flic perverti qui apparaît dans : Clandestine- The Big Nowhere- LA Confidential et White Jazz – Dave Klein : lieutenant de police dans White Jazz - ndt) Ellroy Ha ! Non. McD C’est fini ? Ellroy Voyons, Dudley il aurait 100… non 102 ans, environ. Il vit toujours. Je suis le type qui l’a créé, donc je peux dire quand il est mort. Dans 20 ans : « Très bien, il est foutument mort ». Le mal meurt avec lui. McD Est-ce que vous avez quelque chose en tête dont vous voudriez particulièrement parler ? Ellroy J’aime beaucoup ce livre ("Destination morgue", qui venait de sortir aux USA-ndt). J’aime les illustrations. Kaya Christian (Playmate de Playboy en novembre 1967). Aller en arrière, écrire sur le fait d’être excité par Kaya Christian, et voir une photo de Kaya Christian là-dedans… McD C’est une grande amélioration par rapport à Crime Wave (Crimes en série), car une des choses que j’aimais à propos des articles originaux dans GQ, c’est qu’il y avait des photos, des illustrations, mais dans Crime Wave, le premier recueil de GQ, non. Certaines illustrations et les graphismes dans GQ étaient si bien faits. Ellroy Ouais... vous savez quoi ? GQ me manque. Qu’ils soient bénis. Art Cooper me manque, vous savez. J’avais des rédacteurs formidables, là. J’avais Paul Scanion, Ilena Silverman et Michael Hainey. J’y avais des amis formidables. McD Je vous souhaite bonne chance pour votre tournée, qui semble être de taille, encore une fois. Je suppose que vous avez déjà fait l’Europe ? Ellroy Vous savez quoi, j’ai fait la France. McD En France vous êtes très important. Qu’est-ce qui dans votre littérature les attire, là-bas ? Ellroy Vous savez, ce sont eux les pionniers découvreurs du « roman noir » (en fr. dans le texte). McD M. Ellroy, je vous remercie de m’avoir consacré votre temps. Ellroy Ça a été le pied, vraiment. Interview réalisée par Craig McDonald - Californie, octobre 2004 Traduction française: E.Borgers février 2006 © E.Borgers 2006
pour la traduction française |
James Ellroy
|
||||||||||||||||||||||||
| Liens sur le WEB: Ellroy à Brest : compte-rendu de sa visite de 2001 dans PN Rivages : (Payot-Rivages)
site de l'éditeur de James Ellroy Contactez-nous: [email protected] |
|