UNE RENCONTRE AVEC
JAMES ELLROY
Brest, librairie Dialogues le 22/03/01
La librairie « Dialogues
» à Brest avait invité
James Ellroy à une
rencontre avec ses lecteurs bretons ce
jeudi 22 mars, à
l'occasion de la sortie française de
«American Death Trip
».
Après mes deux heures
d'attente dans une salle trop petite (et bondée!), l'auteur d' «
American Tabloid » apparaît pile à l'heure.
Première surprise,
son « look »: habillé d'un confortable
gilet de laine et coiffé
d'une casquette en tweed, James
Ellroy a tout du «
gentleman-farmer »: si on se fiait à
l'apparence on s'attendrait
à dialoguer avec un auteur de
whodunits se passant dans
la paisible campagne du Kent, et non avec l'auteur de romans policiers
parmi les plus durs de ces dernières années.

Heureusement, dès qu'il
prend la parole, on retombe en
terrain connu: exubérance,
effets de voix dans le micro,
aboiements... et vocabulaire
plus que « familier ». Le
personnage Ellroy fait son
numéro.
Une petite déception:
malgré toute sa bonne volonté la
traductrice n'est pas vraiment
à la hauteur. Cependant,
James Ellroy s'exprimant
un peu comme il écrit, par des
phrases brèves et
concises, l'anglophone moyen pouvait saisir le sens général
de ses réponses. Même s'il en perdait
parfois le piquant et l'humour!
Au bout de quelques questions
posées, une autre agréable surprise: malgré l'image
de chien fou et imprévisible que
lui donnent parfois les
médias, James Ellroy semble
éprouver un réel
respect pour son lectorat, sans jamais
paraître dédaigneux
ou ennuyé. Personnellement, j'ai même eu l'impression que
les réponses fournies
étaient plus fouillées
et plus sincères que celles qu'il avait
données à
un journaliste lors d'une émission télé vue quelque
jour plus tôt. Il faut dire que le public dans la librairie
était constitué uniquement de lecteurs, sans professionnels
de la presse écrite ou télévisuelle. Les questions
ont donc surtout porté sur son oeuvre et non sur ses opinions politiques
ou autres, et peut-être cela a-t-il eu comme effet de moins le mettre
sur la défensive.
Les questions ont
surtout concerné ses oeuvres
antérieures à
« American Death Trip », car très peu de personnes avaient
déjà lu ce livre, sorti seulement quelques jours plus tôt
(et quand on voit le pavé...). On a cependant appris que le personnage
dénommé Mesplède qui y figure porte ce nom en
hommage à Claude Mesplède, bien connu des amateurs de polar
(auteur entre autre de
« Les auteurs de la
Série Noire », aux édition Joseph K. en
collaboration avec Jean
Jacques Schleret). De même le Laurent Guéry d' « American
Tabloïd » était un clin d'oeil à son agent...
James Ellroy n'envisage pas
de revenir dans l'immédiat à
l'écriture de romans
purement policiers: il a pris goût
à présenter
"sa" version de l'histoire américaine dans
ses romans, et envisage
de continuer dans cette voie. S' il
ne prétend pas que
sa trilogie en cours, "Underworld USA", reflète la vérité
historique, il pense cependant qu'elle en est bien plus proche que des
films comme "JFK".
On a pu noter à cette
occasion la fascination qu'exerce
encore l'affaire Kennedy
sur le public, des questions sur
ce sujet revenant continuellement.
James Ellroy a alors
expliqué que ce n'était
pas tant qui avait tué JFK qui
l'intéressait, mais
plutôt comment le climat social de
l'époque aux USA
avait pu mener à l'assassinat d'un président. Sa volonté
de démythifier est manifeste et il le dit et le répète:
« L'Amérique n'a jamais été innocente ».
Ni avant ni après l'assassinat de(s) Kennedy...
Il conseille par contre
la lecture de « Libra » de Don De
Lillo à ceux que
ces événements passionnent encore.
Il précise également
qu'il n'a jamais eu de problèmes
avec les Kennedy car sont
ceux-ci sont bien trop occupés à boire et à se droguer
que pour lui intenter un procès en
diffamation...
Il ne sait par contre pas
s'il pourra écrire un jour
l'équivalent d '
« American Tabloïd" sur l' administration
Clinton. Il a une trop piètre
opinion du personnage (à ce
moment quelques «
délicieux » qualificatifs, à la mode
Ellroy, sur Bill Clinton
ont malheureusement été traduits par de simples « enfoiré
» et « gangster sexuel »...).
Il a ensuite confirmé
qu'il n'y aura jamais de quatrième
Lloyd Hopkins. Il considère
la trilogie « Lune sanglante
», « A cause
de la nuit » et « La colline aux suicidés »
comme mineure, et, pour
lui, le personnage est bel et bien
mort.
Concernant ses relations
avec le cinéma, il confirme bien aimer bien le film « L.A.
Confidential », même si à son avis celui-ci ne représente
pas plus de vingt pour cent de son roman. Il déplore également
la mort de Dudley Smith dans le film, car lui-même avait répugné
à le faire mourir dans « White Jazz » ( il est dans
le coma à la fin du livre). Mais il
conclut ,fataliste: «
C'est Hollywood ! ».
Il ne veut par contre même
pas parler de « Cop » film de James B. Harris, qui était
une adaptation de « Lune sanglante » avec James Woods et qui
date déjà de quelques années.
Évoquant les projets
actuels, il ajoute que l'adaptation en
cours de « White Jazz
», au niveau du scénario,
serait désastreuse
( j'avoue que je n'ai pas compris s'il était sérieux ou non).
C'est d'ailleurs ce manque de contrôle sur l'oeuvre finale qui le
fait dire qu'il ne travaillera probablement jamais lui-même en tant
que scénariste pour adapter une de ses oeuvres.
Pour en finir avec le cinéma,
il précise que l'adaptation
du « Dahlia Noir »
n'était pas près de se faire, et en
tout cas pas par David Fincher
comme cela était prévu à
l'origine.
D'autre part, il a également
fait quelques dures révélations sur sa vie privée:
Il lit très peu -( les « millions » de
bouquins qu'il a lu étant
jeune lui ayant suffit)... et de toute façon il n'a plus de place
sur sa table de nuit, place occupée par une photo de sa femme et
une autre de son chien (lequel chien le remplace quand il est éloigné
de la maison et est en train d'écrire ses mémoires!)-
il ne connaît que deux auteurs de polars français: Simenon
( pas de panique, on lui a bien dit qu'il était Belge) et Manchette.
La rencontre avec questions
et réponses a duré environ une demi-heure et s'est
terminée par une séance de dédicaces ou chacun à
eu droit à une poignée de main de l'auteur et un «
God bless you ».
Emmanuel MISCHKOWITZ
©2001 Emmanuel
Mischkowitz - texte et photo |
Le dernier livre
d'Ellroy
"American Death Trip" est le deuxième
volet de la trilogie "Underworld USA", après "American Tabloid".
Un troisième est en préparation et s'intitulera:"American
Madness" en France (titre original: Police Gazette) pour garder une filiation
avec le premier volume dans les titres.
American Tabloid-
couverture de l'édition
poche aux USA-
Premier volet de la trilogie
en cours
Introduction: "L'Amérique
n'a jamais été innocente."
-cette première phrase
éclaire crûment le point de vue
adopté par Ellroy dans
sa chronique des années 60
Parus chez Rivages
Lune sanglante
A cause de la nuit
La colline aux suicidés
Brown's Requiem
Clandestin
Le Dahlia Noir
Un tueur sur la route
Le grand nulle part
L.A. Confidential
White Jazz
Dick Contino's Blues
American Tabloid
Ma part d'ombre
Crimes en série.
American Death Trip
Hors série :
Tijuana mon amour
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Texte manuscrit de l'auteur
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L.A. CONFIDENTIAL - une
des affiches du film
Le Cas Mesplède
Hush-Hush... on a de grandes
oreilles....
Malgré les faux bruits
qui courraient dans l'hexagone polardeux, on vous confirme que l'utilisation
dans le dernier roman d'Ellroy du patronyme de Claude Mesplède
-critique et archiviste du polar bien cconnu en France et ailleurs- est
bien un hommage de Demon Dog Ellroy à ce professionnel français
qu'il estime.
Comme Ellroy l'a déclaré
lui-même, d'ailleurs, lors de certaines interviews récentes.
Mesplède est bien le
nom que Ellroy a donné au personnage de tueur français, nom
qui apparaît dans la version française,
comme dans l'américaine, dans l'italienne et dans toutes les
autres versions de son nouveau roman 'The Cold Six Thousand'-
titre français: " Américain death trip "
Claude Mesplède et Ellroy
se sont rencontrés en France lors de visites précédentes
de l'auteur américain,
et se connaissent depuis 10
ans...
Comme le disait Ellroy, en
mars, sur les antennes de Radio Inter en parlant de Claude Mesplède:
"It's a good guy...."
(trad: C'est un type bien...).
Tsk,tsk,tsk... il n'y avait
donc pas de personnage ayant un nom à géométrie intercontinentale
variable!
Méfiez-vous, les bobards
circulent...
Polar Noir les arrête...
PN
Numéro hors série
de la revue POLAR
entièrement consacré
à James Ellroy.
Interview, nouvelles et analyses.
Également: textes ayant
un rapport
direct avec l'auteur.
Photo d' Ellroy avec son chien...
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