Yedjats
id Umaru
Homère a trempé sa plume
d'argent dans cette goutte bleue salée qu'est la méditerranée
et nous a laissé l'Odyssée, voyage à rebondissements
d'Ulysse, héros dans la peau duquel le Maghrébin en général
et l'Algérien en particulier n'a aucune difficulté à
se glisser.
Comment être dépaysé dans ce
foisonnement de couleurs et de lumières, dans cette orgie de senteurs
familières dont le conteur vous met plein les narines et où
se mêlent , en un mélange têtu , le parfum fort et lourd
de l'huile d'olive, les émanations douçâtres des réserves
de figues et l'odeur fétide du sang des bêtes que l'on immole
pour rendre grâces à Zeus, fils de Chronos.
Nous sommes bel et bien chez nous dans l'Odyssée.
Ceux qui viendraient à en douter n'ont, d'ailleurs, et pour commencer,
qu'à bien considérer le nom de l'auteur de l'ouvrage.
Homère ! Epelez haut et fort ce nom dans
n'importe quelle vallée du pays et écoutez l'écho
qui vous le renvoie : Amaru…, c'est-à-dire, l'écrivain en
langue berbère.
Considérez aussi, si vous le voulez bien,
le nom du héros : Ulysse.
Vous me mentiriez si vous m'affirmiez qu'il n'a
strictement rien à voir avec Uliss- son cœur dans notre langue-
l'adjectif possessif renvoyant, bien entendu , à Pénélope.
Vous pourriez me porter la contradiction mais à
quoi bon ? Il me plait de voir les choses ainsi et je compte sur votre
noblesse de cœur pour ne pas troubler ma croyance.
Voyons maintenant Pénélope. Voilà
une femme exemplaire qui a attendu, toute une éternité ,
le retour d'un mari en perpétuelle vadrouille. Elle s'occupe de
son fils Télémaque, ruse avec les prétendants et tue
le temps comme elle peut. En quoi diffère-t-elle, dites-moi, de
la montagnarde Kabyle qui dresse l'assetta et tisse à n'en plus
finir, à en perdre les yeux, burnous sur burnous I win thetcha l'gherva,
autrement dit, pour celui que l'émigration a mangé ?
En vérité il y a trop de connivence
entre Homère et nous. Je ne serais pas étonné, en
tout cas, d'apprendre que quelque ascendant lointain de si Muh U M'hand
a soufflé à l'Amaru grec quelques uns de ses chants. N'est
ce pas le cas , par exemple , de celui où Ulysse , revenant du royaume
des morts , reprend son voyage sindbadien vers sa patrie , Ithaque , et
se trouve obligé de traverser deux méchants écueils
où logent les fameux monstres marins, Charybde et Scylla ?
Scylla qui gîte dans le premier rocher est une méchante
bête .
Elle aboie comme une chienne nouveau née.Elle
a douze pieds, tous difformes et six cous d'une longueur singulière
et sur chacun une tête effroyable, à trois rangées
de dents, serrées, multiples, pleines des ténèbres
de la mort.
De l'intérieur de sa caverne elle tend ses
têtes hors du gouffre et de là elle pêche du poisson
ou du matelot.
Sur l'autre écueil se trouve un grand figuier
sauvage (Ah !!!) à la frondaison luxuriante et , au pied du roc,
la fameuse
Charybde engloutit l'eau noire.
Trois fois par jour elle l'engloutit avec un bruit
effroyable. Il ne s'agit surtout pas d'être là quand elle
commence à l'engouffrer.
Pauvre Ulysse ! Comment faire passer sa felouque
et ses compagnons par delà Charybde et Scylla ?
Il l'a pourtant fait .
Il est vrai que Circé, la déesse aux
mille drogues, l'a aidé de ses conseils.
Mais, dites ?! Et si nous l'invoquions, nous autres,
Algériens, au lieu de rester ainsi bloqués entre une Charybde
politique et une Scylla économique?
Kaci ABDMEZIEM
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