Le
Sherpa et le Paralytique
Cela fait un sacré bout
de temps quand même que l'on dit de ce pays qu'il est rongé
par un mal mystérieux. Aucune personne charitable n'a songé
à lui faire passer un scanner.Je viens de m'en charger à
mes frais , pour combler votre curiosité.
En vérité , ce que m'a révélé
cet appareil sophistiqué est d'une affligeante banalité :
l'Algérie est malade de ses jointures.
Il y en a quelques unes où le mal est au
stade inflammatoire aigu qui par un processus physiologique connu des initiés
peut devenir chronique.
A l'heure qu'il est il s'y forme des oedèmes
gros comme ça . Je n'ose même pas palper car je pressens que
le malade va hurler , dans toutes les langues du pays , des choses horripilantes
à entendre.
On peut , paraît-il , obtenir une atténuation
du mal pour peu que le patient évite la trop longue station debout
devant ce miroir où il reluque ses performances sans voir, sous
l'effet de l'hypnose, cette araignée noire et velue qui chemine
avec assurance en direction de son nombril.
Bien entendu, toutes les jointures, sont, à
des degrés divers , atteintes. Le secret médical m'oblige
à taire le nom alambiqué de l'agent pathogène , mais
une chose est certaine: si l'on fait acte de négligence , la paralysie
est au bout du calvaire .
Il faudra alors que quelqu'un accepte de porter
ce lourd pays chargé d'or sur ses épaules pour le conduire
sur les chemins escarpés de ce monde bordé de précipices.
Je sais que vous espérez de tout coeur avec
moi qu'il ne sera pas fait appel , ce jour là , aux services d'
un sherpa aux yeux morts.
Kaci ABDMEZIEM
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