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Une rentrée  blousée

       Je mettrais ma main dans une marmite de chorba Brûlante que le referendum du 29 septembre, talonné par l’éclipse solaire annulaire du 03octobre, relayée elle-même par la Nuit du Doute qui vous a jeté, dès l’aube du jour d’après, tous phares éteints, dans le boyau de la longue trémie du carême, je mettrais ma main dans une marmite de chorba brûlante, disais-je, que ces conjonctions et disjonctions astrales, vous ont fait oublier que votre progéniture a rejoint les bancs de l’école.
    Hé oui ! Vos enfants se sont éclipsés le 10 septembre dernier par la porte de derrière de votre villa, ont traversé sur la pointe de leurs stan smith le gazon humide de votre jardin, ouvert précautionneusement la clôture blanche qui vous sépare du monde ambiant et, à petites foulées tranquilles, ont mis le cap sur les préaux.
    Hé oui ! La vacance studieuse a commencé. Nos écolières et nos écoliers ont repris, cahin-caha, le chemin que l’on sait. Nos collégiennes et nos collégiens, nos lycéennes et nos lycéens en ont fait de même.
    Nos villes et nos campagnes ont donc renoué avec ce spectacle étonnant de tabliers rose- quelconque et blanc-douteux, suspendus sur des cintres alignés à la queue leu leu aux abords austères des établissements.
    Je suppose qu’un  étranger de passage chez nous doit se dire que l’Algérie s’y prend décidément très tôt pour former des chimistes. Avec un peu de malchance, seul produit côté en bourse d’Alger en dehors des hydrocarbures, quelques exemplaires de ces tabliers pourraient vite atterrir sur le bureau ogival de la Maison Blanche où l’on se réserve déjà le droit de les renifler sous toutes les coutures, d’en retourner les poches et d’en extraire, avec délicatesse, quelques molécules d’anthrax et de poudre de perlimpinpin qui serviront  de prétexte pour nous tenir à l’œil.
    Nous n’en sommes pas encore là, bien entendu, mais avant que d’y être, rien ne nous empêche, par devoir citoyen, d’aborder le problème.
    Vous conviendrez sans doute, avec moi, qu’un tablier de cuisine ou une salopette de mécanicien, ont  pour fonction de protéger, le temps d’une exposition à des agents salissants, les vêtements que l’on a choisi de porter..
    Jadis, dans les écoles, l’encrier et la plume qu’on y trempait étaient les principales sources de pollution pour nos doigts, pour les commissures de nos lèvres, pour nos pommettes ardentes, pour nos chemises blanches - quand nous en avions -  ou pour nos gandourahs.
    Pourtant, aussi loin que je remonte dans ma mémoire, je ne retrouve nulle trace de cette espèce de deuxième peau qu’on impose à la jeunesse d’aujourd’hui dans des salles aseptisées où le stylo à bille a cessé depuis longtemps de baver au grand  dam de Maître buvard qui n’a plus rien d’autre à sécher que les larmes bleues des enfants recalés.
    En raclant à fond mes souvenirs, je trouve tout de même l’exception qui confirme la règle. Au lycée Emir, ex Bugeaud, sévissait dans les années soixante, une petite bande de farfelus engoncés dans des tenues spéciales. Il s’agissait de la brigade martyre de « Mathématiques Supérieures » dont les militants portaient tous des bérets qui leur évitaient des déperditions de formules et des  fuites d’eau lourde, précieux constituants de leur matière grise.
    A part ce carré de kamikazes, je n’ai côtoyé, durant toute ma scolarité, que des camarades civils fagotés du mieux que pouvaient leurs parents.
    Voilà pourquoi je suppose que les promoteurs de la blouse obligatoire avaient un mobile et poursuivaient un dessein obscur. 
    Je les suspecte d’avoir cherché à maquiller les réalités sociales de l’écolier algérien et à entretenir la bonne image de marque du pays.
    Si c’est bien de cela qu’il s’agit, il reste à réaliser dans le même esprit, ce véritable coup de maître : Imposer le port de blouses roses et blanches aux votantes et aux votants, lors du prochain referendum.

  Kaci  ABDMEZIEM
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