Les
petits trous
Les quartiers d'Alger sont souvent
visités par des sections spéciales de laboureurs urbains
qui viennent y creuser des sillons profonds où ils déposent
, délicatement , des câbles , des buses , ou autres tuyaux
nécessaires au fonctionnement organique des hameaux de la capitale.
Je ne vous cacherai pas que j'éprouve toujours
une très grande joie à voir opérer ces équipes
et à manger des yeux ces mottes de terre dont la tiédeur
réchauffe , malgré eux , les trottoirs froids de nos tristes
banlieues.
Pour un peu on se ferait moineau et on irait , sur le tracé
du sillon , chiper un grain de rêve au semeur.
Les enfants du goudron partagent , je crois , cet
élan joyeux vers le miel de la terre.
Observez les !
Vous les verrez , après le passage
des sections spéciales , s'amuser , sur les tranchées approximativement
refermées , à faire patiemment , avec une extraordinaire
concentration du corps et de l'esprit , de petits trous dans la glaise.
Des petits trous qu'ils auront bien du mal
à se faire plus tard dans ce foutu pays où , comme vous savez
, les places au soleil sont terriblement rationnées.
Kaci ABDMEZIEM
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