Un
rêve en parpaings
Les pharaons ont parfois bon dos. Souvent on
voit en eux des espèces de Pinochet de l’Antiquité qui ,
ayant usurpé les fonctions de Dieu sur Terre, ont abusé le
peuple d’Egypte et l’ont accablé de malheurs.
On leur reproche, par exemple, d’avoir
envoyé au charbon des milliers et des milliers d’esclaves dont la
plupart devaient mourir à l’ombre, alors inexistante, des pyramides
en construction.
Je ne saurais, pour ma part, lapider arbitrairement,
à titre posthume, la lignée de Ramsès. Car on aura
beau dire, je jure sur ce qui reste de la tête de Toutankhamon, que
toutes les guerres pharaoniques réunies ont fait moins de
morts que les batailles de Verdun, de Stalingrad, d’Hanoi, de Bagdad et
d’Icheridène.
Vous serez en tout cas d’accord avec moi qu’il est
d’une stupidité absolue d’aller, le cœur fier, rendre l’âme
sur quelque champ d’horreur des temps modernes et que, mourir pour mourir,
il vaut mieux le faire au travail, en bâtisseur, même forcé,
d’un édifice appelé à survivre aux déluges
et aux faux prophètes.
En tout cas, si le cœur vous dit, on murmure partout
en rase campagne qu’un chantier va être incessamment ouvert.
On demande, pour réaliser la surprenante chose, des candidats
dits Constituants. Le jour J, chuchote – t – on, ces mystérieux
personnages se rendront sur la pelouse du stade du 5 Juillet encore toute
chaude des débats menés, balle au pied, par les beaux athlètes
du MCA et de l’USMA, munis de paniers d’osier remplis de galettes, de jarres
pleines d’huile d’olive vierge et d’une quantité respectable de
chapelets d’ail et d’oignons rouges.
On les y enfermera, sur ordre venu d’en haut jusqu’au
moment où ils auront achevé ce fabuleux monument où
s’imbriquent préambules, chapitres, articles et qu’ils appellent
entre eux : Constitution.
Cet édifice pourrait, selon ses promoteurs,
dépasser en éclat, la pyramide de Chéops.
Bien entendu, les personnes replètes ou ayant
atteint l’âge fatidique où les muscles ne répondent
pas, où les yeux atteints de myopie et de presbytie associées
ne permettent plus d’apprécier les choses ni de près ni de
loin, ne font aucunement l’affaire.
L’expérience a d’ailleurs montré que
lorsque de tels maçons se mettent au pied du mur, on les surprend
toujours, mains tremblantes, souffle court, à construire pour les
autres une baraque étriquée, posant l’une sur l’autre, en
équilibre précaire, les séquences en parpaings d’un
rêve de mauvais goût.
Kaci ABDMEZIEM
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