Le
paradis perdu
Il y a de cela des millions d'années, le Sahara
actuel était couvert d'une végétation luxuriante.
Il suffisait de tendre la main pour prendre un lapin
blanc , une poule sauvage. Il suffisait de faire mine de secouer un arbre
pour avoir à ses pieds , au choix ,un gros tas de cerises , de figues
fraîches, de noisettes , de châtaignes ou de noix de coco.
Il suffisait , enfin, de faire semblant de courir
, pour rattraper un de ces moutons de l'époque dont la légende
dit qu'ils avaient une toison d'or.
Cette capture mettait votre famille à l'abri
du besoin pour trois lunes au moins et vous pouviez alors consacrer tout
votre temps , pour faire plaisir aux pierres et épater la postérité
, à peindre ou à dessiner des tableaux exquis.
Toute cette féerie n'est , hélas ,
qu'un souvenir lointain. Où sont passés les hommes ? Partis!
Où sont passées les bêtes ?
Parties avec ou sans les hommes!
Où sont passés les arbres ?
Tous morts en combattant debout le soleil et le
gel , ils sont au paradis des grands végétaux.
Cet immense paradis où l'homme , cet ingrat
de toujours , ce prédateur suprême s'en va les déranger
dans leur seconde vie , s'activant - jusqu'à y perdre son âme-
, à tarir leur sève noire : le pétrole.
Kaci ABDMEZIEM
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