Le
moucheron du vinaigre et la drosophile d’Hawaï-
Alger, 5 juillet 2006 (KA)- Sur la côte ouest de l’Amérique
du Nord , au-dessus du Tropique du Cancer , entre le Grand Lac Sale et
San-Francisco, paissaient, il y a de cela cinq millions d’années,
des escadrons de drosophiles, communément dites moucherons du vinaigre.
Le temps était paisible, l’herbe grasse,
les fleurs épanouies en vastes tapis étourdissants de couleurs
et de parfums.
La bouse de buffle fumait au soleil et l’Océan
Pacifique vaquait tranquillement à ses affaires.
La journée se serait , sans doute, achevée
sur le délirant coucher de soleil qui empourpre ces fantastiques
contrées si Eole, le Bon Dieu du vent de cette époque
héroïque du multipartisme de la Foi , chassé de sa grotte
humide par sa femme acariâtre, n’avait déboulé
dans la prairie , dévastant tout sur son passage et emportant dans
ses impétueux tourbillons , deux petites poignées de
drosophiles qu’il parachuta , au bout de sa furie , 3.200 km plus loin
, au-dessus de ces îles qui ne s’appelaient pas encore
Hawaï.
D’abord assommés par le voyage , les moucherons
ouest- américains eurent vite fait , le lendemain de leur
débarquement, d’aller en reconnaissance. Ils furent tout heureux
de constater que leur nouvelle patrie était plutôt luxuriante
et qu’elle comptait une variété infinie de nectars ainsi
que des réserves inépuisables de fiente suave de mouettes.
Ils burent et mangèrent à satiété.
Il en fut ainsi , jusqu’au jour où ils eurent la nostalgie du
pays.
L’angoisse , une angoisse innommable prit alors
ses quartiers au milieu de la colonie qui doubla , puis tripla , puis décupla
sa consommation quotidienne de fiente , de cadavres de crabes et
de fleurs de pavot.
Au fil des ans , les moucherons s’alourdirent tant
qu’ils finirent , après avoir obtenu l’aval du Bon Dieu ,
par prendre la décision de changer carrément de programme
génétique.
Ainsi naquit la drosophile dite d’Hawaï
, une espèce de gros scarabée volant , un insecte géant
qui fait presque autant de bruit qu’un hélicoptère au décollage.
Les scientifiques qui découvrirent cette
espèce tentèrent , après avoir vérifié
les faits que je viens de vous rapporter , de croiser une de leurs représentantes
avec de lointains cousins de Californie.
Ils se rendirent vite compte de la vanité
de leur effort qui équivalait , en quelque sorte , à espérer
un succès du croisement d’une lionne et d’un chat.
Ainsi s’est écrite la douloureuse
histoire de la drosophile d’Hawaï, pur produit d’une coupure profonde
suivie d’un isolement total.
Vous conviendrez , peut-être , avec moi ,
que la situation qui est faite actuellement à des êtres humains
dans les biotopes fermés d’Irak et de Palestine, rappelle,
à bien des égards, la triste aventure des drosophiles.
J’espère ne pas avoir à vous
donner, demain, un scoop vous annonçant la naissance du mutant de
Gaza ou de Bagdad.
Kaci ABDMEZIEM
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