A
mépris...
L'Algérie est bel et bien devenue une terre
de méfiance exacerbée. Aucune sphère n'échappe
à ce sentiment pernicieux qui ronge le pays et , telle une lèpre
fatale , en pourrit la chair qui s'en va par morceaux.
Il est clair que cette méfiance ne date pas
d'aujourd'hui.Elle remonte, autant que je m'en souvienne , aux premières
déceptions de l'immédiate après indépendance.Si
l'on veut la dater d'une façon plus précise , il faut peut-être
en faire coïncider l'émergence avec ce déplorable conflit
des wilayas , étalage honteux de multiples volontés hégémoniques
devant des populations harassées par la guerre , course poursuite
effrénée vers la capitale , vers le fauteuil.
C'est au cours de ces journées fatidiques
que , me semble-t-il , le peuple a "décroché" comme on dit
dans le langage militaire, car personne n'a eu pitié de ses blessures.
On aurait pu , au moins , s'arrêter en chemin
pour lui expliquer le pourquoi des querelles , le pourquoi du sang.
On aurait pu le prendre à témoin ou
du moins faire semblant. On crut utile de le tenir à l'écart.
Et ce fut le premier mépris pour le peuple.
Pourtant , celui-ci ,se plaçant instinctivement
au-dessus de la mêlée des appétits , sortit dans la
rue pour arrêter les dégâts et appela les protagonistes
à respecter les règles de la décence. Mais la cassure
s'était produite.
Depuis , le fossé de la méfiance n'a
fait que s'élargir entre populations et dirigeants.Personne , à
ce jour , n'a réussi à le combler.Car personne , à
ce jour n'a pu -ou voulu - établir le contact.
On a , certes , parlé aux gens, mais toujours
du haut d'une tribune où il suffisait de se jucher pour avoir raison.
On a fait la morale à des citoyens adultes
comme on l'aurait faite à des enfants.
Certes , on a construit pour le peuple de grandes
choses mais jamais , au grand jamais , on n'a conçu quelque petite
chose avec lui.
On a souvent adhéré aux besoins des
populations mais ce qui n'a pas été compris,c'est qu'on ne
réalise rien de grand par adhérence.Ce qu'il faut c'est l'adhésion
libre des gens.
Bien évidemment le résultat de ce
hiatus chronique est là.
Il se trouve , en caricature , dans les avatars
des dernières élections . A mépris , mépris
et demi , en quelque sorte.
Kaci ABDMEZIEM
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