La
fosse septique
Les spécialistes de la préhistoire
sont, tout compte fait, des gens heureux. Comme des scouts, sacs au dos,
ils se promènent de montagnes en plaines, de vallons en prairies,
de forêts en déserts. Ils font des trous un peu partout, creusent
des tranchées, ramassent un os par-ci ,un crâne par-là,
un morceau de silex, un peigne, une touffe de cheveux.
En fin de journée, ils mettent en ordre leurs
trouvailles sur une table.
Et, à la lumière d'une lampe-tempête,
ils lisent les pages des temps anciens, ceux de Noé, d'Abraham,
de Brahma, quand ils ne poussent pas leur quête jusqu'à Adam
et Eve.
De tous les objets récoltés aucun
ne s'aviserait de leur mentir. Les entrailles de la terre se livrent telles
qu'en elles mêmes.C'est pourquoi, sans doute, les questionneurs d'une
humanité depuis longtemps engloutie, ont toujours ce visage serein
des gens qui travaillent sur un terrain sûr et sain.
Ce n'est évidemment pas le cas, malheureusement
pour eux , de ces chercheurs fiévreux aux teints émaciés,
aux visages allongés, qui ont dû changer par dix fois au moins
leurs paires de lunettes à force d'essayer de déchiffrer,
dans de sombres et humides bibliothèques, l'Histoire récente
et controversée de l'Algérie.
La tâche sera encore plus difficile pour les
experts qui, demain, auront à déchiffrer l'Algérie
d'aujourd'hui et écrire notre médiocre saga. De la matière
à traiter, certes, ils en auront. Des tonnes et des tonnes de mensonges
enrobés d'une épaisse et puante mauvaise foi les attendent
au fond de cette fosse septique où je ne leur conseillerai pas de
s'aventurer sans masques à gaz et quelques plaquettes de Tamiflu
ad-hoc.
Kaci ABDMEZIEM
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