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La malédiction des Druides

     Cet ami de Biskra, blond comme un Vandale, grand comme le palmier qui l’a vu naître, m’a fait rire l’autre jour, à gorge déployée alors que nous avancions, tous les deux , à pas prudents, dans une discussion sur notre identité d’Algériens.
    Lassé sans doute par le tour fastidieux que prenait notre échange il se laissa secouer soudain par une quinte de toux qu’il fit suivre d’une grande tape sur mon épaule.
- En Kabyle, vous dites bien Amchich pour désigner le chat ?
- Oui, lui répondis-je
- Hé bien, fit-il, je ne connais aucun mot qui aille, mieux que celui-là, à l’animal que vous désignez de la sorte
- Nous irions tous les deux au Pôle Nord et demanderions à un esquimau si d’aventure il n’aurait pas aperçu, perdu sur la banquise blanche, un amchich noir aux yeux violets, qu’il hocherait la tête pour nous dire oui ou non.
- N ’est-ce pas ?
- Oui !!! acquiesçai-je
    Là dessus l’envie me prit de m’improviser camelot et de vendre à mon ami un certain nombre de produits berbères.
    Le premier mot qui me vint sur la langue est, je ne sais pourquoi, thifiresth, - la poire- fruit qui ne sait fondre dans ma bouche et y développer son arôme qu’accompagné des sonorités voluptueuses de son nom.
    Ithri, pluriel Ithrène, voilà un autre mot au prononcé duquel vous êtes de plain-pied au cœur du ciel parmi  les palpitantes étoiles.
    Voici encore thifilellesth qui sied si magnifiquement à l’insaisissable hirondelle dont la danse folle annonce l’ivresse du printemps.
    Je m’arrêtai là, question de reprendre mon souffle car ce sont là, mes frères, des fruits que l’on s’en va cueillir très loin, très loin, dans ces jardins luxuriants dont nous séparent les sept mers de la Légende.
    Je sentis, à son silence, la perplexité songeuse de mon ami et tandis que je lui accordais un répit, je ne pus m’empêcher d’avoir une pensée pour Raoul, ce vieux copain parisien qui m’avouait, un jour que nous taquinions, du bout de nos orteils, la algues marines de Sidi Fredj, que partout, dans son pays, le gaulois avait été déraciné.
-Il vous reste sans doute, lui dis-je, de quoi implorer, dans leur langue, les mânes de vos Druides ?
-Pas même, dit-il.
    Je me suis demandé, depuis, s’il n’y avait pas, au fond, derrière les tragiques aventures coloniales de la patrie de Raoul, quelque sombre malédiction des premiers prêtres de la Gaule.

  Kaci  ABDMEZIEM
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