Drapeau
et fausse monnaie
La lumière du soleil, telle qu’elle se propose
à nous, depuis la nuit des temps, semble de prime abord faite d’un
seul tenant, d’un unique jet qui arrose la terre dans le même temps
qu’il la réchauffe.
Il nous a fallu du temps, pauvres hommes que nous
sommes, pour nous rendre compte de notre méprise et découvrir,
médusés, que le plus subtil rayon qui s’en va taquiner les
paupières d’un enfant endormi est en réalité une fantastique
gerbe de couleurs nouée par Dieu Lui-même. Ces couleurs et
leurs nuances ont, chacune prise isolément , une longueur d’onde
mesurable.
Ainsi en est-il, par exemple, du blanc, du vert
et du rouge de notre emblème national dont les caractéristiques
sont rigoureusement consignées et scientifiquement désignées
dans un des premiers textes de loi du pays.
J’aurais été heureux, d’ailleurs,
de vous révéler ici les exactes longueurs d’onde du triptyque
vert, blanc, rouge de notre drapeau, avec, en prime, les mensurations réglementaires
de l’étoffe et autres précisions utiles.
Mais il m’aurait fallu, pour satisfaire votre curiosité,
m’aventurer dans une de ces bâtisses officielles où dorment,
à poings fermés, les témoins de notre passé,
placés sous la bonne garde de plantons intraitables et dont la vue,
de loin, me donne, comme à tout Algérien normal, un sévère
urticaire.
Vous vous contenterez donc de ma parole d’honneur
si je vous dis que vous ne pouvez jamais confectionner l’emblème
authentique de l’Algérie indépendante sans avoir, au préalable,
dérobé ces formules. Si vous réussissez votre coup,
hé bien, croyez-moi qu’il sortira de vos mains un chef-d’œuvre d’harmonie
que vous n’aurez pas besoin de contempler deux fois pour le garder, pour
toujours, au fond de votre pupille et quelque part, au chaud, dans votre
poitrine.
Bien évidemment, les reproductions approximatives,
grossières, voire de très mauvais goût qui foisonnent
un peu partout dans notre environnement et plus particulièrement
dans nos manuels scolaires, ne risquent pas – vraiment pas – d’émouvoir
vos enfants et de marquer leur imaginaire.
Les faussaires, en la matière, devraient
donc essayer de parfaire leur travail. Ils devraient, vous en conviendrez
avec moi, au moins chercher à égaler les performances artistiques
de nos faux-monnayeurs.
Kaci ABDMEZIEM
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