Conseils
pratiques
Le jour où vous serez pressenti pour
diriger un organisme public, vous aurez besoin de quelques idées
sur la manière d'agir pour asseoir votre autorité.
Je me propose de vous en donner quelques unes que
je vous conseille de suivre puisque, je vous assure, elles sont, à
l'application, d'une redoutable efficacité.
La première précaution que vous aurez
à prendre est de vérifier vos diplômes pour vous assurer
que votre cursus scolaire n'a jamais été entaché par
une matière handicapante pour un homme d'action.
Si vous vous apercevez que , par un hasard malencontreux
, vous avez fait un peu de philosophie , par exemple , désistez
-vous du poste qu'on vous propose car vous seriez amené à
passer tellement de temps à réfléchir sur la finalité
de vos actes qu'à la fin vous n'agiriez pas.
Faites vous maintenant parachuter du plus haut que
vous pourrez en faisant des signes frénétiques pour faire
voir au monde la carte blanche qu'on vous aura donnée.
Il est inutile de vous inquiéter sur la manière
dont vous atterrirez.Les mêmes experts en ramassage qui ont su amortir
le choc pour vos prédécesseurs le feront pour vous , plieront
votre parachute et vous accompagneront jusque dans votre bureau.
D'ailleurs , ils ne vous quitteront plus jusqu'au
jour où ils vous méneront vers la sortie de ce que vous aurez
cru être votre propriété privée. Si vous avez
la chance de succéder , au poste qui vous est confié , à
une
nullité notoire , vous bénéficierez d'un état
de grâce dès la première note que vous aurez affichée
et qui comportera deux ou trois fautes de moins que celles de votre prédécesseur.
Il faut maintenant agir. Votre première sortie
sur le terrain coïncidera , de préférence , avec le
décès d'un travailleur. Faites vous voir au premier rang
des personnes affligées . Le visage défait, ne tarissez pas
d'éloges à l'endroit du défunt.Donnez la teneur ainsi
que l'heure exacte des derniers propos que vous avez échangé
avec lui . Vous voilà bénéficiaire d'une rallonge
d'état de grâce que vous mettrez à profit pour désigner
votre adjoint , cet épouvantail qui vous servira de repoussoir ,
une espèce de bourourou , spécialiste en petites combines
, tueur d'idées , imploseur de velléités protestataires
,castrateur d'énergies .
Mettez lui un fil à la patte et laissez le
sévir .Donnez-lui pour consigne d'affamer , d'assoiffer et de traquer
le rire.
De temps en temps vous irez à la rescousse
de votre homme et vous aboierez plus fort que lui question de signaler
votre prééminence et de rabattre dans votre tanière
les membres de la congrégation des délateurs et des pique-assiettes.
Lorsque, enfin, un silence de mort se sera établi
sur l'ensemble du territoire soumis à votre occupation, commencez
à faire vos valises car, sans vous en rendre compte, la puanteur
de votre entreprise en putréfaction aura déjà chatouillé
les narines de vos suzerains.
Faites vous raccompagner jusqu'à la porte
de sortie par ceux-là mêmes qui vous ont naguère accueilli,
vous ont donné le baiser de Judas et qui guettent déjà,
dans le ciel, le prochain parachutage.
Kaci ABDMEZIEM
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