Le
Cobra)
Il existe encore dans certaines contrées chaudes
du monde un métier passionnant, en même temps qu'extrêmement
périlleux.
Il vous faut, pour le pratiquer, avoir une grande
foi, beaucoup de témérité ainsi que cette dextérité
de l'esprit et du corps qui sont la marque des grands hommes.
Il vous faut aussi, bien entendu, ce petit grain
de folie que vous aura transmis, en crachant dans la paume de votre main,
quelque aïeul auréolé de mystère.
Si vous ne remplissez pas ces critères, vous
irez à votre perte, en embrassant la vocation de chasseur de serpents.
Toujours est-il que si d'aventure vous sentez naître
en vous le goût vénimeux du risque et le souffle ample des
Prophètes, alors prenez votre bâton et partez.
Il existe quelque part dans ce pays, tapi sous un
gigantesque rocher de mépris, un immense et silencieux serpent appelé,
je ne sais d'ailleurs pourquoi, le Cobra abstentionniste.
Personne, jusqu'ici, n'a réussi à
lui faire voir le jour. On dit de lui qu'il possède des millions
d'anneaux, des crochets capables de soulever des montagnes, des poches
à venin plus lourdes que les mammelles de vaches normandes que l'on
s'apprête à traire.On dit de lui aussi qu'il a le regard amer
et désenchanté des harragas qui ont raté leur coup.
A quelques encâblures des élections
que se prépare à organiser le pays, il se posera , aux hommes
politiques de chez nous un lancinant problème: Qui d'entre eux osera
taquiner le Cobra dans son trou humide? Qui d'entre eux le mettra debout
et le trainera devant l'urne truquée?
Kaci ABDMEZIEM
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