BOUREBBOU
Non
loin de chez moi, se trouve une colline boisée complètement
défigurée par les incursions saisonnières d'engins
lourds qui s'en viennent, sans crier gare, défoncent le terrain
en conquérants, puis se replient discrètement, comme sur
ordre, après avoir méchamment estropié un ou deux
pins majestueux.
Le jour où vous aurez
un moment de libre, faites moi signe. Je vous ferai visiter le site martyr
et vous épèlerai, un à un, les noms des arbres abattus.
Avec un peu de chance, je pourrais vous faire découvrir quelques
aspects fascinants de ce qui reste de ma pinède. Je vous ferais
voir, par exemple un rang serré de chenilles, alias Bourebbou, s'en
allant, dans un ordre impeccable, accomplir leur destin.
Je sais d'ores et déjà
que je ne résisterai pas à la tentation machiavélique
qui consiste à écarter la chenille de tête. Vous verrez
un frisson parcourir la procession de bout en bout puis ce sera l'arrêt
complet du peloton rampant. On ne bouge plus. On ne mange plus. On attend....
Cela vous rappellera
sans doute notre comportement à nous, pauvres citoyens du Tiers
Monde, que l'absence subite du Chef tétanise à ce point que,
comme les chenilles, nous ne bougeons plus. Et comme les chenilles, nous
ne mangeons plus.
Nous ne mangeons plus? Allons donc ! Mais
ce serait oublier que nous sommes des chenilles humaines spécifiquement
algériennes et que de nos cocons, conçus en hiver, il sortira,
au printemps, non pas de jolis petits papillons mais de vilaines et insatiables
sauterelles.
Kaci ABDMEZIEM
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