Les
bas fonds
J'ai lu quelque part
que nos voisins mauritaniens , en gens avisés , en hommes affectueux
, laissaient vivre en paix leurs poissons soixante jours de l'année.
C'est ainsi que , dès que
le mois de septembre pointe le nez et tant que le mois d'Octobre n'a pas
tiré , derrière lui sa vilaine queue , crevettes , sardines,
badjidjs ,merlans ,qernites ,chiens de mer , chats volants , dauphins ,
requins , raies et mernouzes , tout le peuple aquatique et subaquatique
bénéficie de ce que l'on appelle le " repos biologique".
Je vous laisse le soin de compter le nombre
de bénédictions qui , en un bimestre , s'élèvent
des profondeurs sous marines et viennent former à la surface de
l'Océan , au large de Nouackchott cette écume généreuse
qui s'en va éclabousser la barbe du Bon Dieu , attentif , comme
on sait , aux pulsations du monde.
J'entends d'ici vos objections et
je conviens avec vous que gibier des mers finira bel et bien un jour dans
la marmite et , pour les meilleures pièces , dans l'estomac de quelques
notables bouffis.
Mais enfin, n'est-ce pas là
un répit prodigieux pour la gent halieutique?
Nous accorde -t-on à vous
et à moi , poissons rouges algériens , l'équivalent
politique d'un tel repos biologique?
J'en doute.Et vous certainement
aussi.
Maudissez donc avec moi cette armada
qui , à longueur d'année , louvoie au-dessus de nos queues
et de nos nageoires , nous taquine , nous traîne , nous fatigue et
enfin nous harponne quand nous rejetons les appels d'offres électoraux
dont les échos nous parviennent jusque dans les anfractuosités
de nos bas-fonds bienheureux.
Kaci ABDMEZIEM
|