Noukni
n'a'zeg !!
A mon épicier attitré, originaire d'Azazga,
j'ai osé un jour poser la question de savoir pourquoi je devais
le qualifier d'a'azzoug, c'est à dire de sourd, alors qu'il sursautait
au moindre tintement d'une pièce de monnaie .
Akli a'azzoug a daigné m'éclairer
sur la question. Je vous livre à l'état brut ce qu'il m'a
raconté. J'invite les Historiens à confirmer ou infirmer
la thèse haute en couleurs de mon pourvoyeur en denrées alimentaires
de base, en potins divers et, quelques fois, en pensées concentrées
à haute teneur philosophique.
Remontons donc avec Akli juqu'en Dix huit cent cinquante
sept.
La bataille d'Icherridène fait rage. La kabylie
donne partout à sentir l'odeur de la poudre et du sang. Les généraux
français en ont marre de courir après des capuchons de burnous
qui s'escamotent derrière des figuiers de barbarie pour réapparaître
aussitôt après derrière un frêne ou un olivier.
Ils en ont marre aussi de se battre contre cette
femme qui les fait baver: Lalla Fadhma N'soumer.
Ils pensent donc qu'il est peut-être utile
de lui transmettre un message dont, personnellement, j'ignore la teneur.
Toujours est-il qu'une estafette française
se présente aux abords d'un village qui n'avait pas encore de nom
et fait savoir aux habitants que, les choses étant ce qu'elles étaient,
les siens voulaient prendre langue avec ceux d'en face.
Fûtés, comme toujours, ses interlocuteurs
kabyles lui répondirent qu'ils étaient désolés
de ne pouvoir être utiles et pour cause!
-Nous sommes sourds, dirent -ils, nous n'entendons
pas!
Cent cinquante ans après, c'est à
peu près, me semble-t-il, la même réponse fûtée
qui a été donnée par les Algériens à
ceux qui les ont invités, entre Avril et Mai, à entendre
ce qu'ils avaient, de bonne ou de mauvaise foi, à leur transmettre.
-Noukni naa'zeg !! ou nsellara!!
Kaci ABDMEZIEM
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