|
Première
nuit 2H du matin :
Et
voilà ! Les Canaries c’est fini. Pas de regret. Quand on a longé la
côte de Gran Canaria en partant, ça ne nous a pas paru spécialement
attrayant.
De
toute façon il était temps. Dans le port on devait être à peu prêt
le seul bateau à ne pas faire partie de l’ARC (Atlantic Rallye for
Cruisers). Ils sont 250 à prendre le départ et, pour leur faire de
la place, le capitaine du port met tous les autres dehors. Alors,
nous, on s’est planqué entre un énorme monocoque
et un Catamaran américain flambant neuf et ils nous ont oubliés !
…Ou perdu de vu plutôt tellement Filao paraissait minuscule !
Le
bon côté de l’ARC, c’est qu’ils s’ennuient en attendant de prendre
le départ, alors, ils organisent des bringues…et j’ai encore mal à
la tête aujourd’hui…
Mais
revenons un peu à cette nouvelle traversée. Pour l’instant le vent
c’est pas exactement ce que je pourrais appeler les alizés. Le ciel
est couvert, donc pas une seule étoile à regarder, on a une brise
légèrement SW et il se met même à pleuvoir. Je vous jure ! …. Heureusement,
un banc de Dauphins me tient compagnie en venant jouer dans l’étrave.
Avec ça et un petit cargo, je ne risque plus de m’assoupir…
Même
nuit un peu plus tard
Le
grand rythme des Quarts et reparti. Pour ceux qui ne connaissent pas
bien le bateau, le quart consiste à veiller pendant que l’autre dort.
Car bien évidemment, pas question le soir d’aller tranquillement se
coucher en se disant qu’on reprendra la navigation le lendemain.
Et
c’est ainsi que pour me maintenir éveillée, je griffonne tout ce qui
me passe par la tête.
Donc
pour les quarts, avec Julien, on essaie de tenir 3 heures chacun son
tour. Parfois lorsque la mer est vraiment agitée, on réduit les quarts
d’une heure.
Chacun
a ses petites manies. Moi, pendant le quart, ma vie est rythmée par
tranche de 10 mn. Ainsi, si je bouquine, somnole, écrit, regarde les
étoiles j’ai l’esprit libre car je sais que ma montre me rappellera
à l’ordre pour mon tour d’inspection. Pourquoi 10 mn ? Principalement
pour les cargos car ils vont vite…et quand on commence à les voir
(environ à 8 - 10 milles si la visibilité est bonne) c’est bien d’avoir
le temps de faire tranquillement une manœuvre s’il y a besoin.
Le
reste du tour d’inspection consiste à vérifier que le pilote automatique
ne se dévisse pas, que nous faisons toujours « bonne route ». Pour
ce qui est du vent, s’il change, c’est le bateau qui nous prévient,
pas besoin d’alarme.
Sur
ce bateau, comme je suis la « couche tôt », c’est jules qui
commence la veille. Moi, je me suis trouvée un petit coin dans le carré
et je délaisse la cabine arrière car je trouve qu’il y a trop de bruits
«étranges » ou plus exactement que je n’arrive pas à identifier.
Tiens
on dirait encore un cargo. Décidément, il n’y a que moi qui y ai droit
sur ce bateau !
Deuxième
nuit. 9H00 du matin, après la bataille
Manœuvres
de toutes sorte cette nuit : On tangonne, on détangonne, on enlève
la GV (grand voile), on la remet pour finir…sans un souffle d’air.
Gros
sommeil. Cette nuit les quarts c’était pas de la tarte. J’avais pas
vraiment le goût à faire de la prose ou à philosopher.
Le
vent semble vouloir revenir ce matin. En plus, j’ai pu passer un peu de temps avec Jules, C’est sympa.
Parce que cela peut paraître bizarre mais on ne se voit pas beaucoup.
C’est
pas tout ça mais je suis crevée alors Dodo !
Troisième
nuit :
Imaginez-vous
plein vent arrière, les 2 voiles d’avant tangonnées, une douce brise
qui vous caresse le visage, un clair de lune comme tout romantique
en rêve et une température d’environ 25°C : Voilà, vous y êtes, c’est
la veille sous les 25° de latitude nord (enfin j’espère !).
Je
pensais que cela allait être une nuit à jouer au jeu des constellations
mais la lune est trop claire à l’heure de mon quart et il y a quelques
nuages par-ci par-là qui jouent à cache-cache avec les étoiles.
Cette
journée aura été particulièrement agréable : j’ai bouquiné toute
l’après midi vautrée dans une voile d’avant à me faire chauffer par
les rayons du soleil. Ensuite, petit apéro avec Jules en fin d’après
midi (ben oui, le soleil se couche tôt et les quarts commencent aussi
plus tôt alors on décale !), carbonara du Chef Cuistot (Ah ! les carbo
c’est toujours un peu un plat de fête car si on peut en manger pendant
la navigation ça veut dire qu’on est amariné !!) et en dessert les
moultes manœuvres du soir : Et qu’on évite un Cargo…non…2…et puis
zut en voilà un 3ème ! C’est une vraie autoroute ici non
d’une pipe !
Une
dernière petite manœuvre pour essayer d’en avoir le moins possible
à faire pendant la nuit (du genre, pas de Ciseau à 2 H du mat…) et
c’est parti pour les quarts.
Quatrième
nuit
Mot
d’ordre, pétole ! Pour l’instant on peut pas dire qu’on soit violenté
par les alizés. Pas de vent la journée ok mais la nuit c’est fatiguant
pour les nerfs. On est crevé, on se dit que l’autre essaie désespérément
de dormir et les voiles battent, et la baume tape. Ca fait un boucan
pas possible. La petite consolation
c’est que plein de dauphins sont venus me tenir compagnie. Je pense
qu’ils auraient bien aimé jouer avec la vague d’étrave mais puisqu’on
avançait pas….
Cinquième
jour
Le
vent refait des caprices cet après midi, il est allé ailleurs voir
s’il y était. Tant pis avec Jules on a joué
avec le sextant puis on a eu la visite de dauphins monstrueusement
grands. Après recherche il semblerait que ce soit des globicéphales
tropicaux.
Cinquième
nuit : grève de l’écrivain
sixième
nuit :
Si
j’ai pas écrit grand chose c‘est parce qu’on avait à faire ici...le
vent (le vrai) est enfin venu nous voir et on peut dire qu’on fait
pas semblant d’avancer. Ça change de la première partie du voyage.
Sinon,
quand je vous ai écrit qu’il ne fallait faire confiance à personne
en matière de météo, je confirme. Comme depuis le début de la traversée
je n’ai pas réussi à réceptionner des cartes météo, j’écoute religieusement
RFI tous les midi. Et bien je ne vois pas pourquoi je m’obstine parce
que pas un jour la météo annoncée n’a correspondu avec ce qu’on a
eu. Ça laisse rêveur.
En
fait, j’ai 2 théories : Soit, à météo France ils ont demandé à un
pauvre stagiaire qui y comprend rien de s’occuper de notre zone et
tous les jours il essaie de faire preuve d’imagination en inventant
un prévision,
Soit
les minettes qui sont chargées de lire la météo sur RFI, non contentes
de tenter quotidiennement de battre les records de débit de parole,
intervertissent les prévisions d’un jour à l’autre histoire de mettre
un peu de fantaisie dans tout ça.
Septième
nuit, un peu plus tard :
Grande
nouveauté des dernières 48 heures :
les poissons volants. Cela faisait des années que j’en avais vu. C’est
qu’ils sont vraiment trognons ceux là. Malheureusement on déplore
déjà trois suicides par bateau dans la zone Cap vert. En fait, la
nuit, ils ne voient pas le voilier et ils atterrissent « malgré eux »
dessus. Julien en a retrouvé 2 inanimés face au hublot de la cuisine.
Et hier soir il y en a un qui a essayé de se faire inviter à dîner
en atterrissant à coté de notre assiette. C’est assez surprenant !
Sinon,
en apparté il faut que je vous confie quelque chose. Julien s’inquiète
un peu car depuis le début de la traversée on n’a pas eu un seul poisson
dans notre assiette…Le problème c’est qu’un jour ça a effectivement
mordu mais ça devait être un monstre et ça a tout arraché. Je me suis
dit qu’à la prochaine traversée j’allais acheter des poissons sur
le marché et je lui accrocherait en douce…
Blague
à part, c’est dommage car j’ai un souvenir
ému des bonites de l’autre jour. Ne desesperons pas, il existe bien
dans cet océan un ou deux poissons qui aiment la couleur de nos poulpes
en plastique sans pour autant les gloutonner en ravageant tout sur
leur passage !
Pour
être plus claire, et surtout pour ceux qui, comme moi, sont aussi
familiers avec la pêche à la traîne qu’avec la chasse à l’orignal,
j’explique : Pour pêcher, on met un long bout de ficelle derrière
le bateau, au bout on accroche un hameçon et ici, il paraît que ce
qui plaît aux dorades et aux thons ce sont les poulpes. Alors on a
une petite collection de charmant petits poulpes de differentes les
couleurs. Car, - et là, chaque pêcheur me donne une explication différente
et non satisfaisante mais bon je fais très bien avec – les poulpes
ont une couleur qui peut changer selon la saison et/ou chaque type
de poisson a sa couleur préférée….
J’avoue
que pour l’instant je n’ai pas spécialement approfondi le sujet. Tout
spécialiste en la matière sera le bienvenu pour me fournir de meilleures
explications.
Septième
nuit :
Nuit
fébrile, car dernière. On a tout de suite senti que le vent allait
y mettre du sien et même un peu trop car on risquait d’arriver en
pleine nuit, ce qui, dans des coins non balisés et avec des cartes
aussi peu précises peu s’avérer dangereux. Alors on a réduit les quart
à 2 heures chacun. Et puis, sagement, le vent a mollit offrant une
arrivée sur São Nicolau magnifique, avec le lever du Soleil.
Et
c’est à ce moment là que le miracle a eu lieu.
Vers
les 6 heures du matin, lorsque je me suis levée, j’ai d’abord vu Julien
tout sourire et non avec la tête de quelqu’un qui n’en peut plus de
sommeil et qui aimerait rapidement aller au pieu. J’ai pas tout de
suite compris. Mais quand je suis sortie dans le cockpit et que j’ai
failli mettre les pieds dans un seau où gisait un poisson moche comme
tout mais apparemment succulent, tout est devenu limpide. Ce sera
la touche finale à une très agréable traversée.
On
est pas encore arrivé au mouillage et on prend notre temps. Il n’est
que 9 H après tout et le paysage est si beau. Après 900 milles de
mer, il est toujours bon de voir la terre !
|