Récits de la Guadeloupe à...

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Changement de décor

MAI 2002

Bermudes

 

AVRIL 2002

Turks & Caicos islands

US Navy

 

MARS 2002

British Virgin Islands

 

FÉVRIER 2002

Antigua-Barbuda

 

Ouragan sur les Saintes!


Vous êtes déjà allée chez Disney ? Oui ? Et bien les Bermudes c’est un peu comme cela. Tout y est très mignon. Les maisons pastelles à toit blanc rigide rappellent des meringues, les jardins sont surchargés de fleurs aux parfums entêtants, les gens sont merveilleusement courtois et serviables. Lorsqu’on sait que plus de 90% des touristes viennent des US (et Canada), on comprend mieux. En résumée, c’est de l’île anglaise au service des vacanciers américains.

Après une semaine sur cette charmante  île et bien…on n’a pas grand chose à raconter touristiquement parlant. En revanche, au mouillage, on commence à retrouver l’ambiance hauturière. Fini les promeneurs en bateau de location. Ici, il passe environ 1500 bateaux par an, étonnamment peu lorsqu’on considère que ce n’est qu’à 650 milles des côtes américaines. A côté de Filao sont ancrés d’autres bateaux de copains rencontrés au gré de notre voyage. L'apéro devient Le Moment de la journée, où chacun raconte ses aventures et anecdotes . C’est certainement ça le plus sympa des Bermudes : On se détend avant la deuxième partie du retour. Car maintenant, fini les alizés, fini la rigolade. Nos 800 milles NNE pour venir jusqu’ici, qui se sont transformés en 1000 milles ENE nous ont donné un petit aperçu de la suite. Avec les vents variables, et parfois des calmes plats, y’a jamais de routine.

C’est pas que la traversée ait été éprouvante mais disons, moins évidente.

Pour commencer, on avait le vent dans le nez. « Qu’à cela ne tienne, partons au près vers la Floride ». On a bien failli débarquer à Miami car le vent ne changeait pas et pendant 4 jours (et 4 nuits !) on s’est tapé du près, à barrer le jour à tour de rôle pour perdre le moins de degré possible. C’était plutôt mal parti pour arriver en temps record au bermudes. Heureusement, le vent a daigné tourner à la fin du 4ème jour, changeant de direction et de force toutes les 12 heures. Pas mal pour réviser les manœuvres.

Mais bon, tout ça, c’est que du normal. En revanche Le truc dont je me passerais volontiers pour la suite du voyage, c’est les orages. Or, depuis les Turks et Caïcos, c’est devenu plutôt courant. Je peux vous dire qu’en pleine mer, lorsqu’on voit des éclairs tomber à quelques milles de soi, on fait pas les malins (en tout cas pas moi !) Surtout que ces saloperies là, on ne sait jamais dans quelle direction  ça va aller.  Alors si quelqu'un  connait un danse vaudou pour éloigner les orages ou n'importe quoi, au point ou j'en suis, je suis preneur !

Pour l’atterrissage sur les Bermudes, c’était pas mal non plus. L’île n’est en fait qu’une succession de minuscules îles avec des récifs tout autour et qui peuvent s’étendre par endroit jusqu’à 10 milles des côtes. Et bien, les glandus que nous sommes n’avions pas de carte générale de l’archipel. Alors on a fait avec les moyens du bord. Beaucoup de lecture des documentations que mon frère nous avait emmené et estimation de l’angle d’approche avec la carte générale….du Lonely Planet ! Quand on voit les dizaines et les dizaines de bateaux qui se sont échoués dans le coin et ce, jusqu’à récemment, on se dit que c’était pas bien sérieux  …

En tout cas, pour les Açores, on a tous les documents nécessaires et d’ici quelques jours, si les vents le veulent bien, cap sur Florès pendant 1700 milles. Cela devrait nous laisser un peu de temps pour réviser notre portugais.

Adeus !

 

 



Hors du temps au Grand Turque


Je ne suis jamais allé à Bakou. Mais une fois, je suis passé par Lüderitz, en Namibie. En atterrissant  à Cockburn Town, Grand Turk, je me suis dit que çà devait être de la même veine : des friches, du vent, pas une âme dans les rues. Quelques ânes errants. Des marais salants abandonnés. Une ville assurément intéressante pour qui s'intéresse à l'archéologie industrielle. 

Le conservateur du musée local, tout à sa surprise d'avoir DEUX visiteurs d'un coup pour la journée, ne s'y est pas trompé lorsqu'on lui a prouvé savoir situer Grand Turk sur une carte satellite ; "Vous, vous devez être des marins". Et oui, qui d'autre qu'un navigateur-voyageur va venir s'arrêter dans cet archipel qui n'est déjà plus dans les Antilles, pas encore dans les Bahamas ? On vient habituellement aux Turks pour trois raisons : pour investir offshore avec l'espoir de voir les T&C suivre l'exemple de Nassau aux Bahamas, pour 'plonger le mur' et pour 'traverser le banc'. 

La plongée sous-marine. Difficile de résumer ce qui est dur à décrire, on peut dire qu'un mur dont le haut affleure à -10m et dont le bas descend à -2000m entoure les îles. On s'y prend à voir dans un délire onirique des vallées alpestres sous-marines où les vaches seraient remplacées par des raies géantes, les pins par des coraux délicats comme du cristal. J'entends déjà les "Ah ah, il a mis du rhum dans ses bouteilles d'air" mais non, c'est vrai de vrai, se laisser couler le long de ce mur vertical fut une sensation stupéfiante. 

Le banc. C'est une étendue d'eau de 100km de diamètre que l'on traverse par 3m d'eau sous la coque. Rien à gauche, rien à droite, que du bleu ciel très pâle. C'est miné de têtes de corail aussi, ce qui requiert de poster une vigie à l'avant ("à gauche, à droite, à gauche..."). Si un gros nuage vient à cacher le soleil, on jette l'ancre et on attend que çà passe. C'est en fait assez plaisant et permet d'accéder à de petits îlots perdus en pleine mer, de se ravitailler facilement en coquillages, langoustes et barracudas. Bertrand, le frère de Cécile et Catherine auront je l'espère apprécié les menus 'tout de la mer' parce qu'il n'y avait que çà ! Côté snorkelling (palmes, masque, tuba) c'en est écoeurant pour ceux qui sont venus nous rejoindre et n'ont pas vu autant : débarqués de l'avion, première sortie, une raie léopard qui joue autour de nous, au-dessus d'une langouste gambadant sous les yeux endormis d'un requin qui n'effraie même pas les milliers de poissons alentours. La tortue aussi s'en fout. Le très grand jeu quoi. 

Çà tombe bien parce qu'il n'y a que çà à faire, les cinémas sont rares sur le Caïcos Bank. Comme au large, les moments-clé de la journée que sont les repas + l'apéro prennent leur importance, on y débat de la qualité du coucher de soleil, de la position des étoiles, du nom des bébêtes rencontrées, du programme de la journée. Les Turks et Caïcos c'est un sacré trou, mais un des plus beaux que j'ai jamais vu si on aime la mer. Maintenant que nos hôtes ont débarqué, on fait les pleins dans l'unique port de Providenciales, en attendant que la météo nous soit favorable pour la prochaine étape, de taille. Embouquer  le triangle des Bermudes, 800 milles dans des vents a priori contraires. De nouvelles aventures en perspectives...

 



Thank you for your cooperation...


Lundi 1er avril, 20h, au large de Porto Rico, mer belle, jolie brise, 8000m sous la coque et trois jours de mer dans l’étrave. Cécile et moi sommes bien contents car : 1/ il y a du vent 2/ il n’y en a pas trop 3/ tout s’est bien passé depuis notre départ ce matin des îles Vierges cap sur les Turks et Caicos. Certes rien n’a mordu à l’hameçon aujourd’hui, mais quelle importance ? çà mordra demain. Cette étape marque le retour à la grande croisière, à ses journées passées au large sans voir la terre qui s’enchaînent, ses nuits de quart, 3h de veille 3h de sommeil… Justement la nuit est tombée depuis une heure et je vais bientôt me retrouver tout  seul sur le pont lorsque…

 

 

«  WAARGGHHH ! t’as vu Cec’ ? un bateau !

-Où ?

-Là, devant.

-Vite, le radar. Oh là là. 

 

Il faut dire ici que l’émotion est toujours grande dans ces cas-là. Au large, un cargo, de jour, même à plus de 2 milles c’est très très impressionnant. Là c’est la nuit, il a ses feux éteints, ne bouge pas et c’est un bateau de guerre.

 

-Regarde, il allume ses feux ! ouf, çà passe.

 

Une heure après.

-WAARGGHHH ! t’as vu Cec’ ? un autre.

-Oh là là, c’est pas vrai. Tiens, il allume ses feux pour nous.

-C’est bon, çà passe je crois.

-Y’en a un autre là !! P… c’est la guerre ou quoi ? »

 

Parenthèse. Dans ces moments de grande sérénité, chacun a sa propre méthode pour évacuer le stress et éviter au mieux les cargos. La ‘scientifique’ (et aussi la plus élégante) a la faveur de Cécile, qui se jette en bas sur le radar, relève un gisement, un angle, sur l’écho radar, puis recommence toutes les 5 minutes pour vérifier qu’on n’est pas en route de collision. Pour ma part je préfère la ‘pratique’ qui consiste à rester en haut les jumelles rivées sur les yeux pour voir de quoi il s’agit et comment il marche cet enfoiré de cargo. En fait c’est assez complémentaire et on s’en est pas trop mal sortis jusqu’à présent. Fin de la parenthèse.

 

Quelques heures ont passé, Cécile dort et me voilà de nouveau à scruter l’horizon pour voir ce qui va nous arriver dessus cette fois-ci.

 

Une fusée ! mince, si c’est un bateau en détresse il va falloir y aller. (toujours prêt à aider son prochain à des heures pareilles). Bon, je vais attendre un peu, histoire de voir si des secours vont pas arriver. Oui, oui, oui ! un hélico !  oui, oui, oui ! On est peinards. 

 

Quelques heures ont passé, il doit être 4h du matin, à l’heure où les idées sont aussi claires que du jus de boudin. La radio se fait entendre.

 

« Sailing vessel proceeding 19° 17’ North, 65° 41’ West, this is US Navy Warship 058. Over.”

-Eh Cec’, c’est pour nous çà !

-Hein ?

-Ouais. ‘Sailing vessel’ c’est ‘voilier’ en anglais. Quest-ce qu’on fait ?

-Ben je sais pas moi. Réponds.

-Ah…Ok, ok. »

 

Parenthèse. Les conversations lors du passage de quart en général çà vole pas très haut. C’est même pas la peine de faire de l’humour en général, genre « tout va bien mais on a une voie d’eau à l’avant». Fin de la parenthèse.

 

Un peu impressionné tout de même, je me risque à la VHF.

« US Navy warship, warship, warship, this is French sailing yacht Filao. Over. Ouf.

Un monsieur très distingué, genre officier, répond :

-You are in the middle of a war exercise. Please incurve your course to zero zero zero.

-Quesquidi ?

-Euh, je sais pas. C’est un exercice militaire.

-Ben fais-lui répéter !

-Ah, Ok, ok. Warship, can you repeat please ? my English is not so good.

-Incurve your course to zero zero zero, Sir.

-Euh, does it mean we have to go North ?

-Correct. If you keep on your course, your vessel is in great danger.

-Quesquidi ?

-Faut qu’on change notre route ! on obéit ou pas ?

-We are expecting a missile by 7h30.

-Euh, warship this is OK. We go North now. Over

-Thank you for your cooperation Captain ! Over & out.”

 

Tu parles d’une coopération ! soit on se déroute vers le nord soit on se prend un missile sur la gueule. Nous, comme on est sympas on a choisi de se dérouter bien sûr. Ah, les joies de la navigation de nuit. Par la suite nous eûmes une paix royale, du vent jusqu’à destination, un thon au bout de la ligne, et manque de pot une arrivée à 9h du soir ce qui nous obligera à passer une nuit de plus en mer à tourner en rond en attendant que le jour se lève pour atterrir en toute sécurité, au milieu des coraux, assis à ma place favorite : en haut du mât. Mais c’est une autre aventure qu’on vous racontera bientôt, promis.

 



Les jours et les nuits d'Anegada



Nous voilà avec 15 jours, QUINZE rien que pour nous à naviguer dans les British Virgin Islands avant d'embarquer Bertrand & Catherine aux Turks. Déjà entendu parler de Virgin Gorda, Jost Van Dyke, Great Camanoe, Fallen Jerusalem, Tortola, Anegada ? La navigation y est grisante, par 15 m de fond sans une vague entre les îles. Parfois, comme à Anegada d'où je vous écris ce matin, l'exercice consiste à s'approcher le plus près possible d'un point GPS (positionneur satellite) situé en pleine mer. De là on plie les voiles, on lance le moteur et on entre dans le récif de corail, immense. Entre les têtes de corail à fleur d'eau on progresse (moi je suis en haut du mât et je crie 'gauche toute' ou 'droite toute' c'est cool) jusqu'à toucher une belle patate derrière laquelle jeter l'ancre. Là une sensation irréelle vous prend, celle d'être sur ancre, en plein océan, sans terre à l'horizon ou si loin, et d'avoir tout çà pour soi car on est vraiment, mais alors tous seuls. Sous l'eau c'est le métro à l'heure de pointe : Cécile et moi nous serrons tous les deux avec nos masques et tubas lorsque les tortues, raies léopard, barracudas, requins et autres poissons gigantesques passent nous voir. Question cantine, c'est cigale de mer, lambi (un gros escargot) et of course la langouste qui ici a l'air de couler des jours paisibles vu la taille des spécimen. Comment les nombreux plaisanciers américains qui croisent dans l'archipel font-ils pour ne pas venir pratiquer des mouillages hors-piste comme celui-là ? 

Peut-être parce qu'ils n'ont pas envie de flipper leur race toute la nuit, ouais peut-être. (Ah... une galère, une galère !). Car il faut avouer que le récif de corail, le slalom entre les patates, c'est très ludique mais c'est aussi un sacré piège parce qu'il est impossible d'en ressortir sans avoir le soleil à la verticale. Alors de nuit je ne vous dit pas. Question : comment savoir, lorsque le vent est manifestement bien plus fort que ce qui était prévu, si le bateau dérape sur son ancre en pleine nuit sans repère ? Ben on ne sait pas. Alors on imagine le pire, bien sûr, on demande au GPS de nous rassurer mais avec une tête de corail qui doit être à  30m derrière le bateau... on ne dors pas. On se demande si une langouste royale vaut bien tout çà, on somnole, on écoute le moindre bruit, on attend le jour avec impatience. Le matin, yeux bouffis, langue pâteuse, plus jamais çà , c'est juré. Mais... un petit bain dans l'eau de cristal suffit pour tout oublier. Jusqu'à la nuit suivante au moins. Le grand récif d'Anegada c'est épuisant, mais la beauté du lieu vaut toutes les nuits blanches de veille. Allez, j'irai bien piquer une petite tête moi. Et puis je prendrai mon crochet pour le cas où il y aurait une bonne grosse langouste on sait jamais. En route pour de nouvelles aventures, comme on dit ! 

 



Quand l'instinct de chasse est le plus fort... 


« Cécile, c’est un Barracuda. On peut le prendre ? »

« Non »

«  Pff !!…OK, je le décroche… »

 

Quelques heures plus tard,

« Cécile, c’est un thazard. Pas mieux ? »

« Non »

« Si c’est pas malheureux …tant pis ! je le décroche…C’est vraiment nul cette ciguaterra »

 

Après le départ de Anne et une réunion au sommet plus tard, c’est décidé, nous zappons la Dominique pour passer une vraie semaine de Robinson Crusoé  plus au nord, à Antigua puis Barbuda. Mais de voir la tête de Jules obligé de relâcher les beaux poissons qu’il vient de prendre à la traîne me fend le cœur. On aurait peut être du rester au Sud de la Guadeloupe, là où les poissons ne sont pas encore réputés toxiques.

J’avais pourtant tellement envie d’aller à Antigua. D’abord parce que petite mes parents y avaient emmené toute la famille et cela me fait plaisir de penser que je reviens un peu sur leurs traces. D’autre part, j’ai repéré sur ces deux îles des mouillages qui ont l’air fabuleux, tant par le site extérieur que par la richesse sous-marine.

 

« Allez Jules, fais pas cette tête, le mouillage où on va a l’air super »

«  … »

« Et puis Barbuda, c’est réputé pour la langouste »

« Mmmouais… »

 

Quand nous arrivons au couché de soleil à Nonsuch Bay - Antigua, « Super » n’est pas exactement le terme qui nous vient à l’esprit. C’est tellement beau que c’est presque magique. Les couleurs de l’eau, du ciel…et tout paraît tellement paisible. Puis, évoquant par comparaison les Tobago Cayes ,on se dit que cela les vaut bien et que c’est peut être mieux car ici, il n’y a quasiment personne.

Quelques jours plus tard lorsque nous nous fraierons un passage entre les patates de Coraux au sud de Barbuda et qu’on jettera l’ancre sans que personne vienne troubler notre voisinage, nous nous demanderons une fois de plus pourquoi les autres plaisanciers ne se ruent pas sur des endroits pareils. Tant pis pour eux…

 

Mais même si je propose à Julien les plus beaux mouillages des Antilles, je sens que cette histoire de poisson toxique le chiffonne. Il faut qu’il compense par autre chose. Et autre chose, c’est la langouste…

Après une première journée passée à inspecter les fonds marins de la baie, force est de constater qu’on n’a pas vu l’ombre d’une seule langouste. Julien se rattrape en dénichant quelques lambis (gros coquillages) et suite à mes suppliques, décide, magnanime, de laisser un chatrou (poulpe) tranquille.

Le soir, nous rencontrons d’autres français de Martinique qui nous déclarent avoir entendu qu’à Barbuda, il y a des langoustes à ne plus savoir qu’en faire.

Qu’à cela ne tienne ! Direction L’Ile aux Langoustes !

 

Et bien, le premier jour sur cette île de rêve, j’ai senti comme une contrariété croissante chez Jules car ici non  plus nous ne voyons trace de ce fichu crustacé.

 « Encore une légende cette histoire de langouste »

Heureusement, comme le dit si bien le proverbe :  La nuit porte conseil. La soirée est déjà bien entamée et l’apéritif en bonne voie que Jules, concentré, observe attentivement les faits et gestes des pêcheurs locaux que l’on aperçoit au loin sur leurs barques. Puis soudain il se rappelle que lorsqu’il était en Martinique, certains chassaient la langouste la nuit, avec une lampe étanche. 

Croyez-moi, ça n’a pas traîné. Même si nous n’avons aucune lampe étanche sur le bateau, il s’en fabrique une illico presto. Hop !Hop ! dans la combinaison de plongée, et le voilà parti en expédition de nuit genre commando ou quelque chose comme s’approchant.

« lorsque je te ferais 3 signes avec ma lampe tu pourras venir me chercher ».

J’opine du chef, presque intimidée par cette soudaine détermination dans le son de sa voix. Là, je sens que je ne peux rien objecter tant qu’il n’aura pas fait un nouvel essai de chasse à la langouste. Je lui demande cependant de prendre son couteau de chasse en plus du harpon. "On ne sait jamais..."

Je l’emmène en Dinghy (petit bateau qui va avec le voilier) vers une zone qui lui semble propice et après mes dernières recommandations de prudence je retourne sagement sur Filao attendre de nouvelles instructions.

C’est une nuit magnifique. C’est presque la pleine lune et l’eau est tellement clair qu’on la croirait fluorescente. De temps à autre, on aperçoit par transparence une raie ou une tortue qui se promène autour du bateau.

Pourtant je n’ai d’yeux que pour la zone récifale où j’ai déposé Julien tout à l’heure. Le vent reste fort et sur le pont, je commence à grelotter. Je ne suis pas vraiment tranquille car lors de nos diverses virées sous l’eau, nous étions tombés nez à nez sur des barracudas de plus d’1,5 mètres et même sur un  grand requin bouledogue connu pour son agressivité et ses attaques mortelles. Alors, comme en plus ce genre de bestiole ça chasse la nuit…

1 heure passe, pas de Julien à l’horizon. J’essaie de me raisonner mais je me sens tout à coup bien seule, et cet endroit qui me paraissait paradisiaque il y a encore quelques heures devient bizarrement  nettement moins sympathique. Au bout, d’1 heure trente, toujours aucun signe. L’angoisse monte. Et si il lui était vraiment arrivé un gros pépin ?

Je décide d’aller le chercher en dinghy.  Je me dirige vers la zone où je l’ai déposé et je me dis qu’en faisant des signes avec une lampe, il comprendra que je le cherche. Pendant près de ¾ d’heures je m’exécute, balayant une large zone car le courant est fort par ici.  Aucune réponse.

Tous les scenarii les plus atroces me viennent à l’esprit. Il faut que je me ressaisisse, paniquer ne sert à rien même après plus de deux heures d’absence. Je décide de retourner sur Filao pour réfléchir calmement à ce que je pourrais faire pour le retrouver en pleine nuit, alors que je suis ici, toute seule, au milieu de rien…

J’arrive à une vingtaine de mètres du bateau et j’aperçois une masse sombre qui sort légèrement de l’eau. Je pense immédiatement à Jules alors que l’autre partie de mon cerveau m’avertit qu’il s’agit certainement d’une tortue.

Mais non, c’est bien Jules. Je suis tellement soulagée que je reste bêtement à le regarder pendant que d’un air victorieux il brandit un plein sac de langoustes. Pour l’instant, les langoustes, j’en ai pas grand chose à faire. Je m’exclame de soulagement et, se rendant compte de mon inquiétude il s’excuse un peu gêné : « c’est que c’est tellement beau là dessous, et il y en avait tellement, je me suis laissé prendre… »

Plus tard, remise de mes émotions  je savoure ses fameuses langoustes au barbecue et avec Jules, nous nous mettons d’accord pour nous organiser différemment la prochaine fois.

Le lendemain matin, nous retournons explorer les fonds et là, coup de chance, nous en dénichons 4 grosses en cinq minutes. Tant mieux, la nuit sera ainsi plus calme pour nous deux…

 

 



La (belle) soeur et sa famille embarquent !


1979 : le cyclone David frappe la Dominique

1989 : Hugo dévaste les îles Vierges

2002 : L'ouragan Romain, Emma et Jeanne Tissot s'abat sur les Saintes. Le voilier Filao en sera tout retourné.

Une semaine en famille; quel beau programme après une remontée menée tambour battant du sud des Antilles -les bien nommées 'îles au vent'-. Nous avions bien essuyé un coup de vent, étalé une voie d'eau, bravé le brouillard et les cargos, affronté les sournois trinitéens, vu notre ancre déraper trois fois en une nuit, nous avions vu notre génois exploser de nuit dans un grain... mais rien jusque là ne nous avait préparé à recevoir ces trois neveux  survoltés pendant une semaine à bord. En comptant bien avec Anne et Claire nous voilà 7 dans dix mètres carrés ce 8 février dans le port de Pointe à Pitre.

Dans notre voilier-maison nous avions pris nos petites habitudes; en plus tout est un peu fragile comme du verre. De la pompe des toilettes qu'il faut manier 20 fois avec fermeté mais sans brutalité, aux portes des placards qui ne s'ouvrent que lorsqu'on passe le doigt dans un trou pour y trouver le loquet, ce n'est qu'une juxtaposition de petites ruses connues des propriétaires seuls. Bref un endroit pas très rigolo à habiter pour nos chers bambins, où il est interdit de monter sur les tables, interdit de descendre en maillot, interdit (le comble !!!) de manger du Nutella à l'intérieur, interdit de se promener hors du cockpit en navigation, interdit d' être dans le cockpit pendant le dîner...RIEN n'est permis. On n'a même pas le droit de tirer la chasse d'eau mais çà c'est plutôt marrant parce que c'est maman qui doit le faire la nuit pour tout le monde (3 fois deux pipis = 6 par nuit ndlr). En plus Jules et Cécile n'ont pas trop de pokémons à échanger, juste des M&M's périmés. Quant aux étoiles, la navigation côtière, la liberté, les poissons... ON N'EN A RIEN A FOUTRE. Nous ce qu'on veut c'est se baigner, manger des pâtes et jouer à la gameboy.

La navigation, parlons-en. A peine la bouée du port tournée, on a daigné faire un arrêt baignade, mais il a fallu insister... Alors après, quelle galère. Tout se passait à peu près bien -c'est à dire que tout étant interdit ici, on était assis dans le cockpit à ne rien faire- lorsque la mer s'est mise à grossir dans le canal des Saintes et là... remontée du quatre heures en chaîne. En pôle position, Jeanne qui fait coup double en vomissant et dans le lit de Cécile et Jules, et sur sa maman qui dormait. Suivie de près par Romain, très pro, dans le seau, et enfin d'Emma qui ne veut pas être en reste et opte elle aussi pour un petit renard tactique. Même pas de poisson pour se distraire de cette horreur de navigation ("Les eaux de la Guadeloupe ne sont certes pas très poissonneuses" quel plaisantin ce Julien à croire que les fameuses photos ont été bidonnées !). Et maman qui voulait faire une cure de produits de la mer, la voilà qui devra se contenter des fromages et cochonnailles qu'elle a amené elle-même dans l'avion, ceux-là qui leur tirent des râles de plaisir. Nous, pas le droit de prendre des jouets mais alors elle pour se coltiner le jambon de 5 kg à l'aéroport pas de problème !!!

Bon, arrivés aux Saintes le mal de mer disparaît, allons-nous enfin pouvoir profiter de nos vacances d'hiver ? ben non. Un vent de 35 nœuds tire sur la chaîne du bateau toute la nuit faisant un foin d'enfer, on se lève toutes les deux heures pour faire pipi et histoire de voir Cécile et Jules alternativement en train de faire des quarts pour surveiller qu'on ne va pas déraper pour aller s'écraser contre les rochers. Au petit matin, le petit déjeuner est gâché (là où justement on a le droit de manger du Nutella et où maman s'autorise à s'empiffrer de beurre de cacahouètes) ; en effet l'ancre du bateau d'à côté chasse, il part comme un canard dans la baignoire vers la côte, et le gars dort encore dedans !!! tout le monde s'excite à la radio, les grands après une nuit blanche sont assez secs pour ne pas dire directifs, on lève l'ancre et on s'en va, comme çà, sans se baigner : bonjour les vacances aux Caraïbes ! en plus il pleut comme à Lyon mais en dix fois plus fort plusieurs fois par jour, çà s'appelle des grains mais çà c'est assez rigolo parce que tous les sept sortons dehors et nous savonnons et les filles se lavent les cheveux. C'est plus drôle qu'à Lyon en fait. Après, les grands avaient l'air d'être vachement contents d'eux d'après ce que Claire disait à ses copines sur le téléphone de maman. Contents des mouillages aussi : Jules a fait un nœud avec la chaîne autour d'un gros rocher et subitement il s'est détendu comme par enchantement ! 

Et puis c'est passé très vite... réveiller Claire, Cécile et Anne à 6h du matin, petit déjeuner pendant une heure, se baigner, déjeuner, se baigner, piquer les gâteaux apéro. On a passé de super journées et on n'a rien cassé du tout !

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