|
« Cécile,
c’est un Barracuda. On peut le prendre ? »
«
Non »
«
Pff !!…OK, je le décroche… »
Quelques
heures plus tard,
« Cécile,
c’est un thazard. Pas mieux ? »
« Non »
« Si
c’est pas malheureux …tant pis ! je le décroche…C’est vraiment nul
cette ciguaterra »
Après
le départ de Anne et une réunion au sommet plus tard, c’est décidé,
nous zappons la Dominique pour passer une vraie semaine de Robinson
Crusoé plus au nord, à Antigua puis Barbuda.
Mais de voir la tête de Jules obligé de relâcher les beaux poissons
qu’il vient de prendre à la traîne me fend le cœur. On aurait peut
être du rester au Sud de la Guadeloupe, là où les poissons ne sont
pas encore réputés toxiques.
J’avais
pourtant tellement envie d’aller à Antigua. D’abord parce que petite
mes parents y avaient emmené toute la famille et cela me fait plaisir
de penser que je reviens un peu sur leurs traces. D’autre part, j’ai
repéré sur ces deux îles des mouillages qui ont l’air fabuleux, tant
par le site extérieur que par la richesse sous-marine.
« Allez
Jules, fais pas cette tête, le mouillage où on va a l’air super »
«
… »
« Et
puis Barbuda, c’est réputé pour la langouste »
« Mmmouais… »
Quand
nous arrivons au couché de soleil à Nonsuch Bay - Antigua, « Super »
n’est pas exactement le terme qui nous vient à l’esprit. C’est tellement
beau que c’est presque magique. Les couleurs de l’eau, du ciel…et
tout paraît tellement paisible. Puis, évoquant par comparaison les
Tobago Cayes ,on se dit que cela les vaut bien et que c’est peut être
mieux car ici, il n’y a quasiment personne.
Quelques
jours plus tard lorsque nous nous fraierons un passage entre les patates
de Coraux au sud de Barbuda et qu’on jettera l’ancre sans que personne
vienne troubler notre voisinage, nous nous demanderons une fois de
plus pourquoi les autres plaisanciers ne se ruent pas sur des endroits
pareils. Tant pis pour eux…
Mais
même si je propose à Julien les plus beaux mouillages des Antilles,
je sens que cette histoire de poisson toxique le chiffonne. Il faut
qu’il compense par autre chose. Et autre chose, c’est la langouste…
Après
une première journée passée à inspecter les fonds marins de la baie,
force est de constater qu’on n’a pas vu l’ombre d’une seule langouste.
Julien se rattrape en dénichant quelques lambis (gros coquillages)
et suite à mes suppliques, décide, magnanime, de laisser un chatrou
(poulpe) tranquille.
Le
soir, nous rencontrons d’autres français de Martinique qui nous déclarent
avoir entendu qu’à Barbuda, il y a des langoustes à ne plus savoir
qu’en faire.
Qu’à
cela ne tienne ! Direction L’Ile aux Langoustes !
Et
bien, le premier jour sur cette île de rêve, j’ai senti comme une
contrariété croissante chez Jules car ici non
plus nous ne voyons trace de ce fichu crustacé.
« Encore
une légende cette histoire de langouste »
Heureusement,
comme le dit si bien le proverbe : La
nuit porte conseil. La soirée est déjà bien entamée et l’apéritif en bonne
voie que Jules, concentré, observe attentivement les faits et gestes
des pêcheurs locaux que l’on aperçoit au loin sur leurs barques. Puis
soudain il se rappelle que lorsqu’il était en Martinique, certains
chassaient la langouste la nuit, avec une lampe étanche.
Croyez-moi,
ça n’a pas traîné. Même si nous n’avons aucune lampe étanche sur le
bateau, il s’en fabrique une illico presto. Hop !Hop ! dans la
combinaison de plongée, et le voilà parti en expédition de nuit genre
commando ou quelque chose comme s’approchant.
« lorsque
je te ferais 3 signes avec ma lampe tu pourras venir me chercher ».
J’opine
du chef, presque intimidée par cette soudaine détermination dans le
son de sa voix. Là, je sens que je ne peux rien objecter tant qu’il
n’aura pas fait un nouvel essai de chasse à la langouste. Je lui demande
cependant de prendre son couteau de chasse en plus du harpon. "On
ne sait jamais..."
Je
l’emmène en Dinghy (petit bateau qui va avec le voilier) vers une
zone qui lui semble propice et après mes dernières recommandations
de prudence je retourne sagement sur Filao attendre de nouvelles instructions.
C’est
une nuit magnifique. C’est presque la pleine lune et l’eau est tellement
clair qu’on la croirait fluorescente. De temps à autre, on aperçoit
par transparence une raie ou une tortue qui se promène autour du bateau.
Pourtant
je n’ai d’yeux que pour la zone récifale où j’ai déposé Julien tout
à l’heure. Le vent reste fort et sur le pont, je commence à grelotter.
Je ne suis pas vraiment tranquille car lors de nos diverses virées
sous l’eau, nous étions tombés nez à nez sur des barracudas de plus
d’1,5 mètres et même sur un grand requin
bouledogue connu pour son agressivité et ses attaques mortelles. Alors,
comme en plus ce genre de bestiole ça chasse la nuit…
1
heure passe, pas de Julien à l’horizon. J’essaie de me raisonner mais
je me sens tout à coup bien seule, et cet endroit qui me paraissait
paradisiaque il y a encore quelques heures devient bizarrement nettement moins sympathique. Au bout, d’1 heure
trente, toujours aucun signe. L’angoisse monte. Et si il lui était
vraiment arrivé un gros pépin ?
Je
décide d’aller le chercher en dinghy. Je
me dirige vers la zone où je l’ai déposé et je me dis qu’en faisant
des signes avec une lampe, il comprendra que je le cherche. Pendant
près de ¾ d’heures je m’exécute, balayant une large zone car le courant
est fort par ici. Aucune réponse.
Tous
les scenarii les plus atroces me viennent à l’esprit. Il faut que
je me ressaisisse, paniquer ne sert à rien même après plus de deux
heures d’absence. Je décide de retourner sur Filao pour réfléchir
calmement à ce que je pourrais faire pour le retrouver en pleine nuit,
alors que je suis ici, toute seule, au milieu de rien…
J’arrive
à une vingtaine de mètres du bateau et j’aperçois une masse sombre
qui sort légèrement de l’eau. Je pense immédiatement à Jules alors
que l’autre partie de mon cerveau m’avertit qu’il s’agit certainement
d’une tortue.
Mais
non, c’est bien Jules. Je suis tellement soulagée que je reste bêtement
à le regarder pendant que d’un air victorieux il brandit un plein
sac de langoustes. Pour l’instant, les langoustes, j’en ai pas grand
chose à faire. Je m’exclame de soulagement et, se rendant compte de
mon inquiétude il s’excuse un peu gêné : « c’est que c’est tellement
beau là dessous, et il y en avait tellement, je me suis laissé prendre… »
Plus
tard, remise de mes émotions je savoure
ses fameuses langoustes au barbecue et avec Jules, nous nous mettons
d’accord pour nous organiser différemment la prochaine fois.
Le
lendemain matin, nous retournons explorer les fonds et là, coup de
chance, nous en dénichons 4 grosses en cinq minutes. Tant mieux, la
nuit sera ainsi plus calme pour nous deux…
|