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Amour d'une vie |
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Une r�ception |
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Oh! comme je vogue vers toi Dame byzantine flamboyante! Je cours sous la grisaille et les lits des rivi�res J'enjambe l'amertume et l'angoisse de te revoir Es-tu belle, toi, la vieille? N'est-il pas temps de rendre les armes? J'encours plus de remords Que les arbres de feuilles Et tu fuis � pr�sent, si grise et liqu�fi�e Tu t'accroches � ta fin Tu fais la belle... La belle pute essouffl�e, sur qui on a march� Je te supporte encore, tu me reverras demain Je te surprends d�j�, digne croulante A mater les vieux beaux et leurs perruques fan�es Je te reverrai demain, dessin dans la bu�e N'est-il pas temps enfin de rendre les �mes?
Andre�i Ranine (1997) |
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Dans le noir mis � nu, le chuintement de l'eau. Au loin, un clocher semble sonner. La face de Mercure est tourn�e vers le Sud, le long des c�tes; c'est le vent d'Est qui s'invite. Sous les toits de tuiles rouges, les femmes cuisinent et l'odeur est port�e, tr�s haut, � nos narines. Le brouhaha continu dure depuis une heure. Le bruit obs�dant des couverts sur assiettes, les discours intellectuelset futiles rythm�s par les mastications, indigneraient l'indigent. Mais ces sons ne daignent pas descendre jusqu'� lui. �! mis�re de ceux qui savent! Comme pleurent ceux qui se doutent � quel point indiff�rent on se gausse d'eux! Les belles femmes qui tournent, se tournent et retournent au buffet se goinfrer de plus belle, les jeunes blondinets, fl�te de Champagne en main, tenue comme une fleur p�tillante, la bourgeoisie qui respire et transpire... Tous s'�crasent les uns les autres sur la bouffe, la boisson, comme si leur vie en d�pendait. Les palais sont ferm�s et les fen�tres vibrent de leurs f�tes! Les artistes en sont; beaucoup seront �coeur�s: aujourd'hui les vivats, les empressements, les soupirs d'admiration; hier le d�dain, les regards condescendants. L'artiste n'est pas dupe, il sait que demain il risque de retourner dans la petite pi�ce d'o� son art l'a fait sortir et dans laquelle il va peut-�tre le ramener. Alors il se sao�le au Champagne (il faut en profiter), il se "poudre" le nez (il faut en profiter). Et surtout, il observe. De loin. De l'oeil de ceux qui connaissent d'autres choses. Les coupoles de la ville ont fini de briller. L'humble s'endort, les ombres prennent vie. Les statues de pierre ont fini par bouger, des toits on n'entend plus les mouvements de la rue. Les festifs, repus, iront dormir � leur tour. Ils sont gris, fatigu�s, leur sommeil sera lourd. Ils dig�rent d�j�, ils dirigent encore. Leur prog�niture sera pr�te � prendre le relais. Au-dessus des toits rouges, au-dessus des campaniles, � l'ombre des coupoles, la vie tel un glas est tranquille. Au loin, il me semble, une cloche sonne.
Andre� Ranine (1997) |
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L'Arbre Ecchymose |
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Le toit a fondu maintenant il ne reste que les fleurs entourant la table o� s'asseyait Marie. Elle est morte l'an dernier. Regarde-toi, l'arbre, comment te trouves-tu? T'as pas l'air con avec tes branches s�ches et ton tronc tordu, entour� de tes cong�n�res feuillus? Lorsque la m�tamorphose bleue s'�tait abattue sur elle, elle n'avait pas cri�. Ses lunettes �taient rest�es coll�es au virevoltant ciel gris dans des pleurs pleins de courage. Tu ne sers plus que de poteau �lectrique: on a nou� un c�ble autour d'un de tes bras. Demain je suis all� me glorifier au pied du soleil marri de tant d'or d�pens� au casino. Je l'ai regard� droit dans les explosions nucl�aires pour lui jeter des saucisses au visage. Il avait l'air fin! Il faut bien que la nature serve � quelque chose. Je revois cette fille aux cheveux carnassiers qui me lan�ait � la face son sourire empreint d'une esp�ce de Judas au bord des l�vres �troites. A mon tour, je m'�tais retrouv� entart�. Mais quelle tristesse que ce monde! Comment ai-je pu respirer encore?
Andre� Ranone (1997) |
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Tel quel |
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Je suis une bo�te aux lettres affam�e, Un mot d'amour sur une carte jamais envoy�e. Je ne re�ois que mes plaintes �touff�es Comme la flamme sous le boisseau.
Je suis le tricheur honteux de mes nerfs, Une surface trop polie, �ph�m�re, Une semence perdue dans la poussi�re Comme une belle parole dans le caniveau.
Putride et tranquille, tel un fruit oubli�, Grave et humide, tel un corps sous l'�t�, J'orne ma vie de futilit�s Comme un jouet d'enfant perdu dans un berceau.
Octobre me couronne de ses feuilles mortes, De brisures et d'�clats que le vent apporte Car c'est en amour que la Mort est accorte Comme la lumi�re se disperse dans le ruisseau.
Je suis celui qui accueille le plomb du ciel Qui a du mal � rassembler ses parcelles Qui disperse ses id�es en battant des ailes Comme ce grand coup de foudre part en morceaux.
Je suis celui qui cherche, encore et sans trouver L'�ternelle cache o� l'amour n'est que soupir De joies et bonheurs, plut�t que de cris et pleurs Car je ne suis qu'un homme et m'abreuve de mes maux.
Andre� Ranine (1997) |
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Langueur d'Automne |
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S'impose le regard en cette vaste nuit Quand les larmes ont bu tout ce qui restait de moi Sur le monde rompu et ceux que j'ai suivis
En ce monde ne vit nulle autre �me que moi C'est mon temps, c'est ma chose et cause de tourments C'est le ver innocent qui transporte l'�moi
En qui s'enfuit mon brouillard Et en quoi donc dois-je voir O� tu tra�nes ta fiert� Ou en quel mont-de-pi�t�
L'aube a d��u mes promesses Mais toujours vole All�gresse Sur l'�mouvant d�sarroi D'un ange d�chu jamais roi
Andre� Ranine (1997) |
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