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Perdu/Errant |
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Cendres de r�ves |
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Impossible d'�tre aussi perdu et h�b�t� que moi. Je voulais une femme, je ne pensais pas � toi. Les gens parlent de ce qu'ils ne connaissent pas: L'�me d'une femme a �t� procl�m�e loi.
Ton coeur toute ta vie abus� Fuit leur loi qui t'a hypnotis�e. Ch�rie, je ne sais par quoi tu es pass�e Mais je t'aimerai encore, duss�-je �tre tu�.
Tous mes jours me travaillent et je trimballe ma souffrance; J'essaie de t'aimer, mais tu me livres au silence. Je ne sais d'o� tu viens, ni m�me o� tu vas. Mon petit ange, tout ce que je veux, c'est toi!
Impossible d'�tre aussi perdu et h�b�t� que moi. Je voulais une femme, je ne pensais pas � toi. Laisse-les dire ce qu'ils veulent, ce n'est pas important; L'amour que je t'envoie est violent.
Andre� Ranine (1997) |
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Parfois je r�ve d'une douce cr�ature Si belle que mes yeux pleurent A la peau si douce que mes mains en tremblent.
Je ne sais que dire, mais je le dirai Je ne sais que faire, mais je le ferai Je soufflerai sur ces cendres de r�ves Pour les faire exister.
Parfois je r�ve d'un chaos innommable Avec des �motions noircies Et des cieux obscurcis o� m�me les nuages ne peuvent �tre vus.
Je ne sais que dire, mais je le dirai Je ne sais que faire, mais je le ferai Je soufflerai sur ces cendres de r�ve Pour les faire dispara�tre.
Parfois je vois une lumi�re brillante Qui me br�le cruellement, Qui m'aveugle si sombrement Et des larmes coulent dans mon cou.
Je ne sais que dire, mais je le dirai Je ne sais que faire, mais je le ferai Je soufflerai sur ces cendres de r�ves Qu'elles disparaissent � jamais.
Andre� Ranine (1997) |
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Sorbonne |
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� toi que j'aurais aim� ne fut-ce qu'effleurer de mes doigts! Si tu savais � quel point je peux te ha�r pendant ces secondes o� tu passes devant moi, belle et hautaine! Car tu es hautaine; et tu sais maintenant combien je hais cette attitude. Tu passes en fixant cet ignoble horizon, celui que les vieux ont absolument voulu que tu atteignes.Mais tu ne l'atteindras pas. Pas parceque tu es incomp�tente, non! Et toi non plus, pas obligatoirement pour ton incomp�tence. Seulement parceque vous �tes pass�s devant moi. Je vous ai attrap�s d'un regard, toi et l'autre. Il est empoisonn�. Beaucoup en ont d�j� p�ri. Un jour, une patte griffue vous poussera au milieu de la rue des Ecoles sous un v�hicule v�loce. Ou bien une nuit, un oeil immense viendra d�chiqueter vos r�ves pour les transformer en cauchemars. Chaque r�ve aura sa victime et chaque victime h�ritera de son bourreau individuel, qu'elle pourra invoquer quand bon ne lui semblera pas. Je vous connais: j'ai d�j� discut� avec vous. Votre hypocrisie me file la gerbe! Je vais vous noyer dans mes vomissures. Vous vous �toufferez avec des bouts de chair � moiti� dig�r�s et sentirez la bile aigre s'insinuer dans vos alv�oles pulmonaires. La mar�e vous emportera loin d'ici, vers les contr�es malsaines que rejoignent les �mes des cadavres. Vous sentez? Sentez-vous? Non, bien s�r; par votre attitude, vous �tes d�j� morts.
Andre� Ranine (1997) |
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Viande |
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Allanguie, tu reposes nue sur le sol de la cuisine, tes chairs flasques se r�pendant sur le carrelage froid. Tes mains ne sont m�me plus ti�des, mais s'efforcent de conserver un semblant de vie. De temps en temps, lorsque je touche ton ventre de ma canne, il remue l�g�rement, comme de la g�latine. Si seulement j'avais la moindre consid�ration pour ce corps, je l'aurais d�j� consomm�. Mais je le regarde pourrir: c'est plus amusant. Il ne m'int�resse pas. Bient�t, le cyanure aura fini d'agir. Meurs.
Andre� Ranine (1997) |
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R�mi |
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R�mi �tait allong� sur le divan du salon, les yeux riv�s sur le vague. Il pensait aux �v�nements qui s'�taient d�roul�s comme du papier hygi�nique durant la journ�e. La s�ance de d�dic�ce avait �t� plut�t �prouvante. De temps � autre, un long soupir las s'�chappait de ses poumons. Dehors, les voitures passaient mais il ne pouvait les entendre, les fen�tres de sa suite �tant closes. Son �diteur l'avait f�licit� chaudement pour ses ventes: le dernier roman en date s'�tait vendu � plusieurs centaines de millions d'exemplaires dans le monde entier. Autour de lui, la vaste pi�ce � la d�coration tapageuse avait quelque chose de tr�s oppressant. Et ce silence, aussi; l'appareil � air conditionn� ne faisait aucun bruit. Dans ce genre d'endroit, l'�crivain avait toujours l'impression d'habiter une bo�te de conserves. Il pensait � sa carri�re fulgurante, � ce succ�s survenu si t�t... en quelques ann�es � peine, R�mi �tait parvenu � une notori�t� �gale � celle des chanteurs de rock. Il �tait r�guli�rement invit� � la t�l�vision, � la radio; on voyait son visage dans toute la presse... il �tait m�me devenu un sex-symbol. Il ne pouvait plus sortir dans la rue, les gens le reconnaissant illico. Au d�but, tout cela lui avait plu et l'avait amus�. Mais la c�l�brit� galopante lui faisait peur, maintenant. Et il �tait trop tard pour freiner. Sur la table basse, � c�t� de lui, tr�naient des bouteilles d'alcools divers. R�mi avait la naus�e. Il pensa � toutes ses �pouses qui, ne pouvant supporter la pression, l'avaient abandonn�. Il �tait seul au milieu d'une foule d'adorateurs. Dans sa t�te r�sonnaient encore les vivats. Des visages horribles tournaient et se tendaient vers lui. Des filles, des mecs, des monstres! Tous ces bras tendus � se d�tacher de leurs corps le rendaient fou! On arrivait jusqu'� lui, on le touchait, on arrachait ses v�tements! Cela devenait insupportable! R�mi crut que sa t�te allait voler en milliers d'�clats. "En fait, se dit-il, il n'est jamais trop tard pour freiner". Dans sa poche, il avait toujours un revolver.
Andre� Ranine (1997) |
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