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Mort |
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Accident |
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Quel est ce mort qui vient me hanter Toutes ces nuits o� je ne peux que r�ver A de sombres paysages �ternellement enfouis Sous les feuillages d'une raison qui fuit?
Il n'est pas de tombe assez profonde Pour inhumer les cadavres de ma vie Et aucune crypte ne suffira A h�berger tous mes noirs esprits.
Sais-tu o� je vais maintenant, Suivant le cours de mon destin? Vois-tu ce firmament Qui ne cesse de tracer mon chemin?
A l'aube o� tu t'�veilleras, Tes volets claqueront: Mon �me aura quitt� la Terre Pour un monde nouveau.
Andre� Ranine (1993) |
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Mon pied. Mon pied que j'ai perdu connement, en voulant descendre d'un train en marche. Et �a pissait le sang. J'avais tellement mal que je ne savais plus ce qui s'�tait pass�. Des anges � c�t� de moi me parlaient, essayant de me rassurer. J'�tais en train de planer; j'�tais enfin arriv� aux cieux. Tout autour de moi, une flaque rouge. Et une chaussure � c�t�. De cette chaussure d�passait un moignon. Je crois m'�tre �vanoui � ce moment-l�.
Andre� Ranine (1996) |
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Un soir aux bords de Marne |
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Le bruit mat et sourd de la terre tombant sur le couvercle du cercueil, les cris, les pleurs... Le crissement des pneus sur la route, le son des t�les broy�es; un visage d�fonc� sur le volant... une tra�n�e de sang sur la route. Ces images nous sont si famili�res � travers les films, que nous pensons pouvoir les supporter une fois confront�s au d�c�s. Ca n'est qu'un leurre. Peu de gens r�sistent tranquillement � la mort d'un proche. Un soir, ce jeune homme qui se promenait tranquillement sur les bords de Marne vit un v�hicule accident� plant� contre un arbre. Il s'en approcha, le coeur battant fort, la sueur perlant de tout son corps: la voiture lui �tait famili�re. Il vit l� un homme qu'il connaissait bien. Le volant du v�hicule �tait enfonc� dans son visage et du sang maculait ses v�tements. Quelques gouttes tombaient encore de son nez et de son menton. Un papier tout blanc d�passait de la poche de poitrine gauche. Le jeune homme le prit d�licatement et le d�plia. Il lut une lettre d'adieux adress�e � lui et � sa m�re. Lentement, il saisit le corps par les �paules et le renversa sur le si�ge. La poitrine se soulevait presque imperceptiblement. Son p�re respirait encore. Le jeune homme froissa le papier et le mit dans la bouche du mourant. Enfin, il s'assit et regarda l'agonie oeuvrer.
Andre� Ranine (1997) |
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Chat |
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Le vent expire encore, Eteignant les bougies qui m'�clairaient. Et la p�nombre s'installe, Comme surgissant d'une autre �re.
Une lueur m'�veille, morte comme l'espoir. Mais elle n'apporte chaque fois Que le d�sespoir.
Au jour o� courir Est devenu la mode, Pourquoi ne pas s'enfouir Sous les pierres que le temps errode?
Ces yeux me glacent et je sens leurs griffes P�n�trer ma chair quand le courage se rebiffe. Y a-t-il un chat dans ma vie atone Pour miauler � ma place lorsque je serai aphone?
Andre� Ranine (1993) |
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Neige |
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Un peu plus d'un an apr�s l'enterrement du peintre, je marchais dans les rues de Paris, de Montparnasse � St-Michel. Le froid �tait mordant et la neige me cinglait de nu�es violentes de flocons. Mon manteau noir en avait �t� recouvert d�s les premi�res minutes de marche.Et sur mon visage, les assaillants �chou�s se transformaient en larmes, dont les gouttes restaient accroch�es � mes cils avant de tomber dans un souffle de vent glac�. Je pensai alors aux soldats (de quelque bord qu'ils fussent) qui avaient combattu loin, � l'Est,. Comme ils avaient d� �tre tent�s de rcevoir la balle salvatrice! Dans la t�te, bien s�r. Passer de vie � tr�pas directement, ne plus souffrir; sans se soucier de la douleur de leurs proches. A eux cet �ventuel Paradis, ou cet Enfer! Tout plut�t que de rester sous la mitraille, le corps enfoui vivant sous la neige, cette si jolie neige avec laquelle ils avaient jou�, enfants. A ces moments, je suppose que les choses les plus famili�res prennent des visages effroyables... Le jardin d'Eden a �t� transform� en champ de bataille quotidien. Il est dans la nature de l'Homme de vouloir occir son prochain. Pas toujours pour prendre sa place, mais tout simplement pour le voir dispara�tre avec ou sans fracas. Mais avec fracas, c'est mieux: c'est un peu comme si on criait "Regardez, je l'ai tu�!" sur tous les toits du monde.
Andre� Ranine (1997) |
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