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A la douleur d'un ennemi si doux |
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Le vent p�n�tre doucement les cheveux pour d�faire les tresses abreuv�es des mensonges du cerveau. Les vieilles pierres se refl�tent dans l'huile de mer. On est jeune et on croit. On croit qu'un sourire est un chemin, on croit que quelques mots m�neraient encore plus loin... On croit en l'attente; qu'elle nous am�nera o� nous le voulons, comme un vieux cheval docile. On prend un regard pour un signe bienvenu. Et on ondule sur nos songes, on est emport� par la houle; sur la temp�te de nos coeurs, on survole les foules, on se marche dessus, on s'expatrie sans regrets... On est jeune, donc on est beau; on pisse � la raie de l'avenir. L'avenir, il est l�, dans la seconde qui suit! Un fr�lement de cuisse, un geste d'�paule et nous voil� reparti! Un d�sir contenu, une pulsion r�prim�e, nous envoient au regret. Les pierres sont maintenant tress�es, les cheveux luisants de larmes. Que ne veux-tu m'embrasser? Je me tords jusqu'hors de l'�me. Mes doigts martel�s, punis de ne pas t'avoir touch�, mes l�vres exsangues de ne pas t'avoir parl�, mes yeux gonfl�s de gouttes pas encore �vacu�es. Je cours, mais je veux marcher. Marcher fi�re � ton c�t�, secr�tement, de nuit, que personne ne nous reconnaisse. Attendons encore un signe: demain matin � deux heures. Je viendrai te chercher et nous partirons par des ruelles obscures et si �troites que seuls les murs nous percevront. Je m'engage � te suivre, car tu es seule � conna�tre le chemin que ton regard a dessin�. Mon tort est de vouloir te plaire encore, si jamais je t'ai plu. J'ai enterr� ma Bible bien hier, plus tard que ma vertu. J'ai l'impression d'�tre une charni�re pour la porte qui m'est claqu�e � la face, toujours et mieux encore. Une tape sur la main du gosse qui voudrait prendre une friandise sans permission... Une parole, un regard, un geste... un signe, je t'en prie, pour m'indiquer que la lutte n'est pas vaine, que j'ai ne serait-ce qu'une chance d'aboutir. Cette nuit, je suis rentr�e seule. Une fois de plus; une fois de trop. Plusieurs fois de trop. Les faces de pierre continuent de me narguer au passage, s'effritant � force de sourire depuis tant de si�cles. On danse et on tremble dans les rues. Il faut se r�chauffer de la froideur ambiante. Les immeubles alentour me donnent le vertige. Peut-�tre la gaule, aussi... On se rit du solitaire et l'esseul� prend sa claque lorsque le solitaire est en compagnie. Combien de fois t'ai-je approch�e, Sylvia, sans que tu t'en sois dout�e? Il est si facile de laisser souffrir. Je ne t'en veux pas: je sais que tu es amoureuse. Mais combien de temps encore le seras-tu? Tu sais que je m'en vais bient�t, mais que je reviendrai, sous les pierres grima�antes... Hier encore, je voyais tes yeux implorer le Pardon au Divin. Aujourd'hui, tu n'es plus que condescendance. Je t'ai cherch�e. Pas lui. Je t'ai vue, � l'arriv�e de l'Elle blanche, lorsque l'aube n'apportait plus rien de nouveau et que seule l'aurore pouvait nous divertir. J'ai accompli mon devoir. Je suis venu de moi-m�me patauger dans la fange des d�lires bourbeux que tes amis m'ont impos�. J'en suis d�j� mort, je le sais. Deux s'enlacent, les autres rient.
Andre� Ranine (2000) |
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Crois-tu ? |
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Sandrine |
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Ma voix, ma vie, s'�teint encore. Le fils de notre dieu A quitt� la mort
Il file et se marre d'o� il est De son s�jour tranquille, De sa paix retrouv�e
Je l'aime toujours Meme si j'ai trop aim� Et trop de femmes � la fois Je n'ai que peu d'amour Mais voudrais le distribuer A trop de femmes � la fois.
Andrei Ranine (2000) |
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Ma ch�re Sandrine,
Je pr�f�re t'�crire ce que je ne peux te dire. Je pense � toi jour et nuit (et �a n'est pas une image). Je devrais avoir honte de te faire des avances, sachant que tu as un petit-ami. Mais non. Je comprendrais fort bien ton refus de me suivre. Apr�s tout, on ne se conna�t pas! Je te proposerais de rester copains et d'oublier un �pisode f�cheux de nos vies. Si tu le d�sires, je peux tr�s bien dispara�tre de la tienne et m'efforcer de t'oublier. Tu m'es importante, tu m'apportes et m'apporterais tant...J'aimerais t'offrir quelque chose aussi, mais quoi? Je ne brille que par mes cheveux, lorsque le soleil se montre. Je n'ai ni fortune intellectuelle, ni fortune mat�rielle � te proposer. Mais je suis capable de beaucoup par amour. Depuis deux ou trois semaines, je suis tour � tour heureux de t'aimer et d�sesp�r� de ne pas recevoir ton amour en retour. C'est une pens�e �go�ste, je le sais bien. J'aurais tant aim� partager tant de choses avec toi! Nous n'avons pas suivi le m�me parcours, mais nos lignes parall�les pourraient bien se rencontrer. Et j'ai peur, chaque fois que nos regards se croisent, que tu ne me lises dans les yeux. Je baisse le chef et d�tourne la t�te pour que tu ne voies rien. Comme le jour o� tu m'as dit que j'avais des yeux magnifiques. Ce jour-l�, les tiens faisaient face au soleil. Ce jour-l�, j'avais envie de te dire la m�me chose, mais je n'ai pas os�. Je suis persuad� que c'est depuis ce jour que j'ai envie de te serrer doucement, tendrement, contre moi. Je suis peut-�tre ind�cent, peut-�tre insens�, mais je ne peux plus faire autrement. J'attends ta r�ponse; prends ton temps.
Andre� Ranne (2000) |
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Plus tard, je serai rid� et plus tard encore, je n'aurai m�me plus mati�re � rides. |
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Lorsque je m'absente |
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Hasard |
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J'ai l'impression d'avoir perdu Quelque chose que rien ne pourra remplacer. Le vide est combl� Par un semblant de vide.
Le sourire que caressent mes l�vres Est si doux et si chaud... La bouche charnue que je mords Est si sensuelle...
Mes doigts voguent sur des hanches, Sur une neige si douce Qu'un hiver omnipr�sent Floconne sous mes doigts.
Ton esprit et ta chair, Ton corps et ton �me, Tes yeux toujours pr�sents, Tes cheveux et ta lame...
L'obscurit� te rend pr�sente Quand je ferme les yeux, Quand je fais mes adieux, Lorsque je m'absente.
Andre� Ranine (1999) |
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J'aurais voulu embrasser ton sourire, Te serrer dans mes bras une fois... Je n'ai pas su quoi te dire Lorsqu'on s'est vus la derni�re fois.
J'ai compt� tes p�tales Jusqu'� ce qu'ils forment une fleur Aux formes de cabale, P�n�trant dans mon coeur.
J'ai plong� dans tes yeux Et m'y suis noy�: Je ne suis pas habitu� aux courants pernicieux...
Mon esprit part en fum�e Et je r�fl�chis par lambeaux. L'amour me recouvre de son manteau Et je suis pr�s d'�touffer!
Accorde-moi plus qu'un sourire, Plus qu'une parole � venir; Je voudrais savoir Si je mourrai ce soir.
Andre� Ranine (1999) |
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Peut-�tre un jour... |
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Tu sais, lorsqu'on s'est parl� l'autre jour, tu m'as �bahi. J'avais d�j� une r�elle atirance pour toi, et elle s'est confirm�e. Nous �tions l�, gentils et courtois, dans notre mani�re de beaut�, parlant de choses et d'autres, cherchant � nous conna�tre... Durant les jours suivants, je n'ai pens� qu'� toi. Je pr�f�re oublier, mais je ne peux pas. Sont inscrits en moi, maintenant, les affres que j'ai endur�: l'angoisse, la peur, l'abr�viation de moi que j'�tais devenu. Aujourd'hui, nous nous sommes rencontr�s � nouveau. J'�tais fascin� par ton front, tes yeux, ton esprit, ton discours, tes l�vres, tes joues, tes cheveux, tes oreilles, tes mains, ta peau, ta voix, tes gestes, toi! Je subirai seul les cons�quences de ma caresse malheureuse sur tes doigts blancs. Pareille maladresse ne ressemble qu'� moi. J'aurais d� attendre un signe, mais je ne l'aurais jamais vu. J'ai agi en aveugle. Ce soir, je suis rentr� chez moi. Le trajet m'a paru interminable. Tu continues de remplir mes pens�es, jusqu'� mon espace vital. Tu me hantes le coeur, tu me scies les nerfs, tu n'y es pour rien, je le sais. Ce soir, je continue de penser et d'esp�rer, malgr� �a et gr�ce au reste (nos conversations t�l�phoniques) que tu voudras bien venir � moi ou accepter ma venue, car je n'ai pas besoin de quelqu'un: j'ai besoin de toi. Si tu restes insensible � mes avances, je ne t'emmerderai plus avec; je respecterai ta volont�. J'en p�tirai, c'est certain. Je n'arrive plus � imaginer le bonheur amoureux. Longtemps, l'espoir berc� d'une vie partag�e a couru dans mes veines, avant d'arriver contre un mur. J'ai l'habitude maintenant de voir mes r�ves bris�s si vite (par ma faute, s�rement) au pied des ch�teaux de f�licit� que j'avais longuement construit � force de volont� et de foi. Je m'en irai, s�rement, comme je suis parti bien des fois. Je chercherai un autre sens � ma vie ailleurs. Un jour, je trouverai! Peut-�tre.
Andre� Ranine (2000) |
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