Le défi de FERME
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" Sauvegarder des races domestiques, considérées comme patrimoine socio-économique et réserve génétique, et promouvoir leurs aptitudes ",
telle est l'ambition de la Fédération Européenne de Revalorisation des races domestiques MEnacées (FERME). Cette association ligérienne insolite a contribué notamment au sauvetage de la Chèvre du Massif Central. Récit.Dès sa création, en 1990, certains de ses fondateurs souhaitent mettre sur pied une ferme conservatoire d'une centaine d'hectares, près de Lyon. Mais Georges Jouve, un instituteur de la Loire féru de races rustiques, et d'autres membres de cette nouvelle association émettent des réserves sur la faisabilité de ce projet à court terme. Trois ans plus tard, sous la présidence de cet enseignant, la Fédération de revalorisation des races domestiques menacées se fixe donc un objectif plus modeste : Créer des liens entre les acteurs de la protection des races domestiques. Comment ? Par l'intermédiaire, du Journal de FERME, d'annonces sur un site internet, ainsi que d'un fichier de plus de mille entrées, recensant les principaux protagonistes de la sauvegarde des races à petits effectifs. Qui sont les adhérents de cette association ? Des éleveurs sportifs de " bêtes à concours ", des chômeurs, des rmistes, de petits éleveurs installés sur de petites fermes, des fermes pédagogiques, des parcs animaliers, des vétérinaires, pharmaciens, enseignants. Au fil du temps, les liens tissés entre tous ces éleveurs favorisent l'achat ou la vente de bêtes, l'échange des savoirs-faire en terme d'élevage et d'avis sur tel ou tel problème. Ces passionnés étant souvant isolés, FERME les encourage à créer à leur tour des groupes et associations de sauvegarde de tel ou tel animal.
Des adhérents répartis sur toute la France
Actuellement, la Fédération européenne de revalorisation des races domestiques menacées, dont le siège est à Grézieux le Fromental dans la Loire, compte plus de 400 adhérents répartis sur toute la France. Très active, elle enregistre vingt à trente nouvelles adhésions, chaque année. Cette association accueille quelques agriculteurs qui vivent exclusivement de la vente de produits, d'une race ancienne, comme le lait de chèvre de Rove, la viande de porcs Gascon. Ces producteurs hors-normes sont parfois confrontés au peu de bon sens et aux réflexes productivistes de certains techniciens des chambres d'agriculture. Illustration : " Notre association compte dans ses rangs un jeune couple installé en agriculture biologique, dans le Sud-Est de la France, avec des chèvres de Rove. Ces chevriers ont un jour eu du mal à faire comprendre à un technicien caprin que leurs bêtes avaient des caractéristiques qui ne sont pas celles des Alpines et que de ce fait ils devaient travailler de façon un peu différente, relate Daniel Piquet, l'actuel président de FERME, professeur de Sciences de la Vie et de la Terre (SVT). En effet, ces éleveurs font pâturer leurs chèvres la majeure partie de l'année et ne leur donnent du foin bio, acheté à l'extérieur, qu'au cours de la brève période où elles ne peuvent sortir. " Or, le technicien caprin en question souhaitait voir ces chevriers s'équiper, notamment, d'un tracteur pour faire leur foin, alors que l'achat de fourrage leur revient moins cher ! Au quotidien, l'association de Daniel Piquet fonctionne essentiellement grâce aux cotisations de ses adhérents. " Nous avons, en outre, mis en place, pour certaines actions de conservation, un système d'Actions Vertes. Ces dernières servent à aider des groupes de personnes ayant un projet de sauvegarde, précise le professeur de lycée. Notre association ne reçoit pas de subventions et n'emploie aucun salarié. "
Déterminés à sauver la chèvre du Massif Central en l'intégrant dans leurs troupeaux, des éleveurs caprins, de cette région, ont été les premiers à bénéficier d'Actions Vertes. " L'opération de sauvetage ", de cet animal débute en 1994, lors d'une assemblée générale de FERME au cours de laquelle plusieurs éleveurs et un technicien caprin proposent de rechercher des chèvres et des boucs. L'association ligérienne participe financièrement au repérage et à l'achat d'une vingtaine d'animaux. Aujourd'hui, l'Association pour le Renouveau de la Chèvre du Massif-Central (ARCMC), créée en 1996, est à la pointe de cette action de sauvegarde. Plusieurs troupeaux de chèvres du Massif Central, conduits par de jeunes chevriers, sont en production sur la Haute-Loire, la Loire... Ces dernières années, des éleveurs de chèvres de Lorraine, des Savoie, de la Cou-clair du Berry, ont eux aussi été aidés. Cependant, les éleveurs caprins ne sont pas les seuls à avoir bénéficié d'un appui. En effet, l'association de Daniel Piquet a également acheté une vache Bretonne-Pie-Noire et participé à l'achat d'un taureau de cette race, pour un agriculteur aujourd'hui, hélas, décédé. " Nous avons aussi acquis une truie de Bayeux qui a eu de nombreux porcelets. Tous ces animaux sont placés chez des personnes qui en assurent l'entière responsabilité, souligne le professeur. Nous avons également, ajoute t-il, placé des animaux de basse-cour chez des éleveurs qui, malheureusement, n'ont pas suffisamment fait reproduire ces volatiles. "
Sur le terrain, les membres de FERME repérent des individus de la plupart des races qu'ils désirent sauvegarder, en seulement deux ou trois jours de recherche, chez des personnes âgées en particulier. Cette étonnante facilité, à trouver des animaux intéressants, fait dire à Daniel Piquet : " Nous connaissons très mal l'état des populations de races anciennes. Beaucoup de gens possédent des animaux mais n'en font pas la publicité. Lorsque nous rencontrons une personne désireuse de se séparer de ses bêtes nous pouvons, en urgence, les récupérer et les placer chez un ou plusieurs éleveurs de notre association. "
La Fédération de revalorisation des races menacées est en relation avec de nombreuses associations, organisations françaises ou internationales. Elle entretien notamment des échanges fructueux avec la fondation suisse Pro Specie Rara, créée en 1982, dont l'objet est la sauvegarde des races rustiques en Suisse et dans les pays de l'Est. En France, elle travaille surtout avec Braire, une association de promotion des ânes, l'Association des éleveurs de cochons cul-noir, le Conservatoire d'Aquitaine, le Centre International Caprin. Ses membres participent à des salons et manifestations, afin de présenter leur association et ses actions au public. En outre, quelques-uns d'entre eux sont intervenus ponctuellement dans les écoles de leurs enfants. La bonne marche de l'association de Daniel Piquet repose notamment sur un conseil d'administration dynamique. Ce dernier se réunit tous les mois et lors de la mise sous pli du Journal de FERME, qui se déroule, dans une ambiance conviviale, chez un éleveur. La mise en page de cette publication, alimentée de réflexions, informations et témoignages, est confiée à Georges Jouve.
Un appui aux projets de personnes en difficulté
La sauvegarde de race rustiques n'est pas une fin en soi pour FERME. En effet, cette association inscrit son action dans une démarche de préservation de la biodiversité. En outre, elle s'efforce, malgré des moyens relativement limités, de donner un coup de pouce aux personnes défavorisées qui désirent créer un petit élevage. " Lorsque j'étudiais la génétique à la fac, l'un de mes professeurs disait que la nature répond au principe : ne jetons pas, cela peu servir, relate Daniel Piquet. En effet, contrairement à ce que l'on croit, la sélection naturelle n'élimine aucun gène, même si elle peut rendre un gène rare, comme s'il pouvait resservir un jour. C'est donc un peu cette idée qui nous pousse à sauvegarder des animaux avec des caractéristiques génétiques originales. D'autre part, de plus en plus de personnes très modestes, vivant avec un rmi... veulent se lancer dans un petit élevage. Pour elles, le choix de races rustiques présente notamment l'avantage de ne pas occasionner de frais vétérinaires importants. " Beaucoup de gens, en situation socio-économique fragile, joignent régulièrement la Fédération de revalorisation des races domestiques menacées. Cette dernière leur communique des adresses d'éleveurs-ressources et des informations sur les races les mieux adaptées à leurs projets d'élevage.
Selon Daniel Piquet, les races anciennes ne sont pas appropriées à l'élevage industriel. Or, les consommateurs, échaudés par la vache folle et le poulet à la dioxine, demandent de plus en plus des produits provenant d'animaux élevés dans des conditions aussi naturelles que possible. Dans ce contexte, les races rustiques et leurs éleveurs, dont certains sont agriculteurs biologiques, ont un avenir à la condition d'un soutien significatif des pouvoirs publics et des instances agricoles.
Jean-François Rivière
.FERME, le bourg, 42 600 Grézieux le Fromental. Tél. : 04 37 55 32 36.
Site sur Internet : http://www.chez.com/ferm
Les chèvres de Florinne et Jean-Pierre
Chevriers à Cunes, un hameau de la commune de Blassac, en Haute-Loire, Florinne Lespinasse et Jean-Pierre Marteau sont à la tête d'un petit troupeau de chèvres du Massif Central. Ce couple d'éleveurs attachants, âgé d'une cinquantaine d'années, a choisi cette race caprine par passion.
Florinne et sont époux sont installés en élevage caprin fromager, depuis neuf ans. Leur domaine agricole, fort d'une vingtaine d'hectares, dispose de deux ou trois hectares de terres labourables et cinq, six à faner. Florinne et Jean-Pierre étaient encore en agriculture biologique, l'an passé. En complément de leur activité d'élevage, ils cultivaient des légumes biologiques. Cependant, en raison des problèmes de dos dont souffrait, et souffre encore, Jean-Pierre, ils ont abandonné cette activitée maraîchère. Dans la foulée, ils ont décidé de ne pas prolonger la certification par l'organisme Ecocert de leur modeste production fromagère, dans l'attente de la retraite en compagnie de leurs chèvres. " Actuellement, nous possèdons un troupeau de treize chèvres et deux boucs du Massif Central. Notre troupeau n'est pas inscrit au contrôle laitier, précise Florinne. J'aime ces chèvres car elles représentent un peu mon pays, le patrimoine de ma région. La chèvre du Massif Central est une très bonne laitière, rustique, qui ne craint pas trop les intempéries et notamment le froid. Elle a, en général, peu de problèmes de santé et de difficultés à la mise-bas. La Massif Central n'a pas été sélectionnée et re-sélectionnée comme l'Alpine Chamoisée ou la Saaneen, des races qui ont perdu leur rusticité à cause de ces sélections. "
Les chèvres de Florinne sont quasiment tous les jours à l'extérieure, sauf l'hiver quand il neige, dans des parcs, en parcours où elles consomment l'herbe, les fleurs, les buissons, les genêts. " En période de mises bas, je leur donne des minéraux. Quand une de mes chèvres est malade, je la soigne à l'homéopathie ", précise notre chevrière. Elle et son mari ne se contentent pas, bien entendu, de faire paître ou de distribuer du foin à leurs chèvres. Ils leur donnent en complément de l'orge, excepté au printemps, des choux fourragers et des betteraves, en hiver. Car, comme lance avec humour l'épouse de Jean-Pierre Marteau : " ce n'est pas parce que ces chèvres sont rustiques qu'elles ne mangent que quatre ronces ! Je connais des éleveurs qui ont des chèvres toutes maigres... qui ne donnent pas de lait ! " En période de lactation, chacune de ses chèvres produit deux à trois litres de lait par jour. "Les chèvres du Massif Central sont très fromagères. Leur lait me semble plus crémeux que celui des Alpines ou des Saanens. Pour fabriquer un fromage rond traditionnel, il me faut à peu près 3/4 de litre de lait. Je fabrique environ 200 fromages par semaine sur les six premiers mois de lactation, indique Florinne. Je les vends, 1, 37 €, pièce, sur le marché d'un village situé à côté de chez moi. Pour le renouvellement de mon troupeau, je garde chaque année une ou deux chevrettes, quant aux autres, je les vends à des éleveurs membres de l'Association pour le Renouveau de la Chèvre du Massif Central. Nous avons, mon époux et moi, adhéré à cette association il y a six ans. " Depuis, l'ARCMC leur a permis, d'échanger des boucs, avec les autres éleveurs, mais aussi des connaissances sur la personnalité, les qualités et la morphologie de la chèvre du Massif Central. J-F R.
Florinne Lespinasse et Jean-Pierre Marteau, Cunes, 43380 Blassac.
Une petite interview de votre serviteur sur Les Webs du Gévaudan :-)
Pédagogie et agriculture biologique au Gaec Saute-Mouton
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