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| MONSTER'S BALL |
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| Cast: Billy Bob Thornton, Halle Berry, Heath Ledger, Peter Boyle
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| Année:
2001 |
| Studio: Lions Gate |
| Longueur: 111 minutes |
| Classé 16 ans+ |
Monster's Ball (Le Bal du Monstre) raconte la plus belle histoire d'amour de l'année. Ce n'est cependant pas une histoire d'amour. C'est un lien de besoin tissé entre deux âmes désespérées, deux personnes miséreuses, qui ont besoin l'un de l'autre pour s'accrocher au peu qu'il leur reste.
Ces deux personnes sont Hank Grotowski (Billy Bob Thornton) et Leticia Musgrove (Halle Berry). Le premier travaille comme garde de prison s'occupant des condamnés à mort. Il a dans sa famille une tradition écrasante de racisme et de haine; son père Buck (Peter Boyle) a abusé de sa force sur lui lorsqu'il était jeune, et Hank répète la même chose avec son fils Sonny (Heath Ledger), lui aussi devenu garde avec son père. Il va même jusqu'à le détester parce que Sonny a un trop grand coeur. Leticia, quant à elle, est une pauvre mère monoparentale devant élever son jeune fils obèse Tyrell (Coronji Calhoun). Son ex-mari (Sean Combs, anciennement connu sous le pseudonyme "Puff Daddy") va bientôt être condamné à mort, et pourtant elle semble simplement y avoir hâte pour pouvoir enfin passer à autre chose. C'est Hank qui supervise l'exécution, et ce n'est que quelques jours après cette dernière qu'il rencontre Leticia par hasard, après que des tragédies (que je ne dévoilerai pas) se soient abattues sur chacun d'eux.
Il se bâtit tranquillement une liaison entre les deux qui se trouve au coeur du film. Ce n'est pas une question d'attirance ou de désir, mais uniquement de besoin de dernier recours. Hank déteste son père tout comme il déteste son fils (comme il lui dit dans une scène nous arrachant le coeur), et il éprouve un besoin humain fondamental: celui d'aimer. Il doit finalement aimer quelqu'un. Leticia n'a personne pour elle, elle se trouve complètement seule dans son malheur, et elle ressent un manque d'amour profond. Elle a besoin d'en recevoir. Monster's Ball construit un concept relationnel exceptionnel de "donneur/receveur" fondé sur la satisfaction présente. Hank et Leticia ne sont pas heureux, et ils ne le sont pas nécessairement beaucoup plus au début en étant l'un avec l'autre. Leur situation leur paraît simplement moins pire, et ils se trouvent à un point où c'est tout ce qui leur importe. Comme le supplie Leticia à Hank: "fais-moi me sentir bien".
Et il s'en suit à ce moment dans le film une scène de sexe qui en a fait (et va en faire) jaser plusieurs. Elle doit durer plus de deux minutes, et est présentée carrément sauvagement. La scène s'avère aussi explicite que magnifiquement orchestrée. Ils ne s'embrassent pas, cherchant plutôt une simple satisfaction physique pouvant les délivrer, ne serait-ce que le temps de crier après un orgasme. Le réalisateur Marc Forster et son monteur Matt Cheese coupent la séquence avec des images d'un oiseau étant libéré d'une cage. Les coeurs et la souffrance des deux personnages sont eux aussi libérés en quelque sorte du même coup. Splendide. Une deuxième scène de sexe survient plus tard dans le film, et on peut encore noter l'intelligence que Forster a mis dans la direction de ses acteurs. On peut sentir dans ce second "épisode sexuel" une notion non seulement de plaisir, mais aussi spécialement de bien-être. Ceux qui peuvent endurer le sexe à l'écran verront qu'il ne sert pas toujours à rien.
Et parlant de ces acteurs, wow. Wow. Wow. Wow. Billy Bob Thornton complète avec son rôle ici une année 2001 exemplaire (après ses prestations aussi très bien reçues dans Bandits et The Man Who Wasn't There). Il traîne le film sur ses épaules, et son travail est tout simplement irréprochable. Il montre l'évolution de son personnage avec subtilité et humanisme, passant d'un homme vicieux et haineux à un coeur perdu dépendant et cherchant activement à changer. Hank n'effectue peut-être pas un tour de 180 degrés complet, mais ce n'est que naturel. Il va continuer à changer, simplement parce qu'il a commencé, et qu'enfin quelque chose lui sourit. Ce n'est que frustrant de voir que Thornton aie vu ses chances d'une nomination aux Oscars réduites au néan alors que les nombreux votes en sa faveur se sont annulés à cause des différents films dans lequel il a excellé. Si on peut être "trop efficace" en une année, Thornton vient de démontrer comment.
Puis sa co-vedette Halle Berry. Moi qui ne la prenais que pour une vulgaire mannequin avec une carrière d'actrice volée. Ayoye. Quelle performance. Elle s'est heureusement faite reconnaître par l'Académie, étant nominée comme Meilleure Actrice, et on ne peut argumenter un seul instant contre ce choix. Berry est étincellante. Certains sceptiques ont osé la critiquer car elle était trop belle physiquement pour le rôle de Leticia. Quel cynisme gratuit! Comme si être pauvre monétairement peut empêcher d'être belle physiquement. Et ce n'est pas l'important du tout dans la présence de Berry ici. Elle aussi montre une évolution dans sa prestation, et elle ne manque pas une seule seconde pour briller. Elle montre ce que c'est de vivre dans la vraie misère, et de tout faire pour essayer de s'en sortir autant dans les faits que dans ses émotions. Lui voir les ceints dans Swordfish l'été dernier était peut-être gratuit, mais il n'y a absolument rien de forcé venant d'elle dans Monster's Ball. Elle fait de Leticia un coeur blessé dont on ne veut se départir. Bravo Halle Berry. Voilà une performance extraordinaire pour épauler solidement Thornton.
Le jeune Heath Ledger et le vétéran Peter Boyle complètent la distribution importante, et ils servent tous les deux de très solides soutients aux deux vedettes principales. Boyle, si drôle à la télévision américaine dans l'émission Everybody Loves Raymond est détestable dans le rôle de Buck, nous apparaissant dans certaines scènes comme un véritable démon qui a rendu Hank prisonnier. Lorsque Sonny décide de ne plus suivre son père et son grand-père, il le traîte simplement de "faible", alors que quand Leticia vient rendre visite à Hank et qu'elle tombe sur Buck, ce dernier lui dit sèchement que son fils a toujours eu une faible pour la "charogne de noiraude". Il nous en glace le sang. Ledger, de son côté, nous montre un côté sombre que l'on avait jamais eu la chance de voir auparavant dans ses premiers films (10 Things I Hate About You, The Patriot, A Knight's Tale), et ça nous encourage à garder un oeil sur lui dans le futur. Il possède une fougue mêlant authorité et peur dans son regard qui appartient à Sonny, un être mêlé et sur le bord du désastre personnel. Monster's Ball possède le quatuor de performances principales le plus remarquable depuis celui d'Ellen Burstyn, Jared Leto, Jennifer Connelly et Marlon Wayans l'an dernier dans Requiem For A Dream.
Tant qu'à tracer un parallèle avec Requiem For A Dream, il se fait important de noter que Monster's Ball est très dur. Autant pour les yeux que pour le coeur. Les sentiments et les situations sont exposées sans retenue et comme elles le sont dans les faits. Cela donne un aspect simultanément réaliste et parfois difficile à digérer. Ce n'est cependant que pour le meilleur du film: il est authentique au maximum. Ses personnages sont réels, tout comme ce qu'ils vivent. Non seulement on se sent impliqués dans leur vie, mais on y croit profondément.
Puis, vers la fin du film, Leticia fait preuve d'une réaction justement des plus réalistes, alors qu'elle découvre des dessins de son ex-mari lui expliquant qui est en fait Hank. On s'attend inévitablement à une confrontation qui va tout foutre en l'air avant la finale...et elle ne vient jamais. Plutôt, Leticia et Hank sortent dehors et observent les étoiles. Et il y a un long plan de caméra extraordinaire sur le visage de Halle Berry, avec lequel à lui-seul Berry mérite l'Oscar. On voit ses expressions tranquillement changer, allant de peine et méfiance jusqu'à compassion et compréhension, alors qu'elle réalise à quel point elle n'est pas la seule à avoir souffert, et comment il est temps que cela change pour elle et Hank. Monster's Ball nous laisse sur une note ambiguë et magnifique; c'est une fin honnête à un film honnête qui, comme les étoiles de la nuit, ne cesse de briller. --RJ
Cote: A
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