MILLION DOLLAR BABY
Cast: Clint Eastwood, Hilary Swank, Morgan Freeman
Année: 2004
Studio: Warner Bros.
Longueur: 130 minutes
Classé 13 ans+

Clint Eastwood est une légende cinématographique depuis les années '70. Et pourtant, après près de quatre décennies de travail, plusieurs critiques s'entendent pour dire qu'il vient de signer les deux meilleurs films de sa vie dans les 14 derniers mois. Après le succès critique retentissant de Mystic River l'an dernier, Eastwood s'est tout de suite remis au travail sans que personne ne porte vraiment attention. Il nous arrive à la toute fin de 2004 avec un drame de boxe sorti de nulle part que tous considèrent déjà comme un "knockout".

Million Dollar Baby (La Fille à Un Million de Dollars en v.f.) est un film de boxe comme The Shawshank Redemption est un film de prison; c'est ça, oui, mais c'est aussi tellement plus. Contrairement à son travail sur Mystic River, Eastwood ne se limite pas aux coulisses ici. Il interprète aussi le rôle principal de Frankie Dunn, un entraîneur de boxe au bout du rouleau possédant maintenant un vieux gymnase. Frankie est morose, plein de regrets et de culpabilité enterré sous une impatience et un silence constants. Le film prend réellement son envol à l'arrivée de Maggie Fitzgerald (Hilary Swank). Une serveuse de 31 ans issue d'un milieu pauvre, Maggie rêve de devenir boxeuse, et se pointe un jour au gymnase dans l'espoir de convaincre Frankie de l'entraîner. Il refuse de tac au tac, mais Maggie retourne s'entraîner par elle-même à chaque jour au même endroit, sous les yeux du viel homme. Elle arrive en premier et part en dernier. Elle finit par capter l'attention de Eddie Scrap (Morgan Freeman), un ancien protégé de Frankie devenu employé de soutient au gymnase. De fil en aiguille, elle commence à titiller Frankie assez pour qu'il se mette à la considérer. Dévoiler plus serait en bonne partie gâcher l'expérience.

Si ce synopsis vous semble déjà vu, ne vous surprenez pas. La première moitié de Million Dollar Baby a inévitablement attiré des comparaisons à Rocky; le scénario est construit autour du modèle sportif classique. Ce que personne ne peut possiblement voir venir, c'est ce qui s'en suit. Je ne divulguerai aucun détail concret; je vais me contenter de dire que rendu aux deux tiers, Eastwood nous sert une droite que l'on ne voit jamais venir, et nous cloue au plancher pour de bon. C'est précisément cela qui risque de diviser les différentes audiences. Certains y verront une profondeur inespérée pour un film du genre, et pleureront à chaudes larmes au cours de la dernière demi-heure. À la première à laquelle j'ai assisté, on entendait presque autant les reniflements dans la salle que les paroles à l'écran.

D'autres, comme moi, auront toutefois probablement plus de difficulté à accepter ce virage abrupte. Je n'ai aucun problème avec les drames optant pour une fin plus sombre, noire, voire tragique. American Beauty, Arlington Road, Requiem For A Dream et Se7en, pour donner des exemples assez récents, avaient tous des fins nous laissant en état de choc, mais qui étaient en parfaite continuité avec leurs récits. Même si on ne les anticipait pas nécessairement sur le coup, on pouvait y repenser après coup en se disant que oui, l'histoire se dirigeait dans cette direction. Million Dollar Baby, par contre, nous élève et nous inspire, et continuer de monter notre enthousiasme jusqu'à ce que soudainement, voire arbitrairement, il décide de nous écraser violemment au sol. Les dernières quarante minutes de ce film sont fort probablement les plus déprimantes que l'on aura pu passer au cinéma depuis des mois, sinon des années.

Si c'est le cas, c'est qu'Eastwood construit une histoire si prenante avec une héroĩne si attachante que l'on ne peut s'empêcher de profondément s'investir émotivement. On aime Maggie à un point tel que l'on voudrait lui décrocher la lune; on veut la voir gagner, la voir réussir, la voir heureuse. S'il y a moindrement de justice en ce monde, Hilary Swank va remporter son deuxième Oscar de la Meilleure Actrice en cinq ans. Depuis sa victoire pour Boys Don't Cry, Swank n'a eu qu'un rôle moindrement mémorable, et ça en était un de soutien (dans Insomnia, en 2002). La voilà dans un second rôle majeur, et là voilà en route pour la deuxième fois aux grands honneurs. Tant mieux, car seul le mot extraordinaire qualifie son travail dans Million Dollar Baby. Eastwood, jouant un rôle nous rappelant ses plus connus, surprend également par la complexité qu'il parvient à ammener à Frankie, alors que Morgan Freeman, comme on peut s'y attendre, est tout simplement égal à lui-même.

Ce trio d'acteurs et de personnages tissent si rapidement un lien avec nous que l'on tient à les connaître de plus en plus. Et au fur et à mesure que Maggie voit l'accessibilité de son rêve, notre coeur grossit pour elle. Ce que le film ose lui faire par la suite équivaut alors à nous lâcher une bombe atomique sur la tête. Qui plus est, on voit mal la nécessité d'une telle décision narrative. Million Dollar Baby émeut déjà bien avant qu'il cherche activement à le faire. Une simple scène à une station d'essence où Maggie échange un sourire avec une fillette dans une voiture voisine nous pince le coeur. Alors pourquoi??? Pourquoi nous forcer à ramper pour sortir de la salle, avec la tête basse et les épaules au sol, après nous avoir tant engagé et fait croire et espérer? Million Dollar Baby possède une profondeur que l'on ne vient vraiment à constater, comme dans le cas de Mystic River, que quelques jours après le visionnement, lorsque l'on réalise que le film nous tourne encore dans la tête. C'est seulement dommage et frustrant que le film décide d'y parvenir, comme on dirait en termes de boxe, avec un coup salaud. --RJ

 

Cote: B+

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