INSOMNIA
Cast: Al Pacino, Robin Williams, Hilary Swank, Martin Donovan, Maura Tierney
Année: 2002
Studio: Warner Bros.
Longueur: 118 minutes
Classé 13 ans+ - Violence

Si Memento a servi de tremplin pour le jeune cinéaste Christopher Nolan en tant que démonstration de son talent pour l'écriture, Insomnia (Insomnie en v.f.) pourra confirmer à tous qu'il possède également indéniablement un don pour la réalisation.

Le large succès autant critique que commercial de Memento a permis à Nolan de choisir son second projet, et de le produire à une beaucoup plus grosse échelle. Cette fois, il s'est entouré de trois acteurs lauréats d'un Oscar (Al Pacino, Robin Williams et Hilary Swank), et a décidé d'adapter le long-métrage norvégien du même nom datant de 1997. Un film déjà acclamé en Europe, Insomnia ne possédait peut-être aucune raison particulièrement valable à la base pour être remodelé version Hollywood à peine cinq ans plus tard. On comprend maintenant pourquoi.

Insomnia est un thriller policier intense et hypnotique par lequel s'opère une ingénieuse lutte entre deux personnes, entre deux clans moraux. Pacino et Williams se jouent à un jeu brillant du chat et de la souris entre détective et tueur, respectivement, alors que Swank campe avec maturité la jeune recrue aidant l'enquêteur qu'elle admire. Will Dormer (Pacino) est envoyé dans une petite communauté de l'Alaska afin de résoudre le meurtre brutal d'une jeune fille de 17 ans. Le récit n'est pas rendu à sa moitié que l'on connait, tout comme lui, l'identité du coupable. L'intrigue passe alors de "qui a fait quoi" à "qui va faire quoi". Et c'est cette imprévisibilité, cette structure remarquable qui fait du scénario de Hilary Seitz un récit si captivant dans les moindres moments.

Seitz, Nolan et les acteurs jouent avec un tableau de nuances superbe dans leur complexité et leur vérité. L'histoire fait de Dormer un héro aux failles apparentes. Voilà un homme littéralement au bout du rouleau qui sera sans doute le premier à admettre qu'il ne prend pas toujours les bonnes décisions. Et pourtant on sent profondément en lui un désir de faire le bien. Pacino, dont la présence à l'écran semble plus forte que jamais, livre une performance magistrale, balançant entre ambiguité, frustration, détermination, sagesse et beaucoup, beaucoup de fatigue. À le voir à lui seul, on a presque l'impression d'avoir été nous-même privés de sommeil pour les dernières 48 heures. Il possède une scène extraordinaire avec la préposée de son môtel (Maura Tierney), où il s'expose complètement, et où le film montre quant à lui simultanément ses valeurs morales.

Si Pacino livre sa prestation la plus solide depuis des années, il en est de même pour Robin Williams qui, dans un rôle de soutient intriguant, va à l'encontre de son habitude et joue tout avec subtilité. Le résultat en est par moments déconcertant. On ne sait pas à quel point on peut lui faire confiance, à quel point il est bon ou mauvais, sincère ou malin. Williams saisit parfaitement sa fonction dans l'histoire, et interprète le tout à perfection. Hilary Swank complète le trio remarquable avec une performance tout aussi solide dans un rôle plus simple.

Et avec ses acteurs au sommet de leur art et un scénario d'une rare qualité, Nolan demeure en contrôle parfait du début à la fin du rythme, du ton et de l'émotion de son film. Comme avec Memento, il nous aspire carrément vers l'écran, et ne nous lâche pas prise pour deux heures. Rares se font les jeunes réalisateurs possédant une telle confiance et une telle maîtrise en leur matériel et en l'audience. Insomnia ne se résume pas simplement comme l'un des meilleurs suspenses policiers des dernières années; le film constitue la preuve que Christopher Nolan se place très haut dans la liste des nouveaux artistes importants à Hollywood. --RJ

 

Cote: A

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