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| MYSTIC RIVER |
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| Cast: Sean Penn, Tim Robbins, Kevin Bacon, Laurence Fishburne, Marcia Gay Harden, Laura Linney |
| Année:
2003 |
| Studio: Warner Bros. |
| Longueur: 120 minutes |
| Classé 13 ans+ - Violence |
La longue et productive carrière de Clint Eastwood s’est d’abord caractérisée, à ses débuts, par une série de films d’action populaires sans grande préoccupation sociale. La série des Dirty Harry, notamment, comportait de l’action, de l’aventure et de la violence gratuites. On ne s’en préoccupait même pas, Eastwood le premier. Il a cependant changé sa vision des choses au fil des années et, avec son 24ème long-métrage en tant que réalisateur, il aborde le sujet de la violence avec un tout autre regard : celui réfléchi d’un artiste socialement responsable. Mystic River (même titre en v.f.), l’adaptation du roman acclamé de Dennis Lehane, explore les conséquences de la violence comme peu de films récents l’ont fait. On y reconnaît le meilleur du travail d’un cinéaste ayant fait ses preuves depuis longtemps.
Si le nom de Clint Eastwood n’est pas assez pour avoir un intérêt particulier en ce film, alors la distribution qu’il a alignée devrait amplement suffire. Sean Penn, Tim Robbins et Kevin Bacon tiennent les rôles centraux de trois anciens amis d’enfance ayant grandi dans le quartier sud pauvre de Boston. Jimmy (Penn) possède un petit dépanneur, Dave (Robbins) est un col-bleu et Sean (Bacon) est devenu détective pour la police. Tous les trois ont été marqués par un terrible incident conjuguant violence et abus lorsqu’ils avaient 10 ans, et se sont perdus de vue depuis. C’est une seconde tragédie – le meurtre de la fille de Jimmy – qui les réunira à nouveau, et qui fera ressortir toutes les plaies originales.
Afin que les éléments dramatiques de Mystic River, il se fait crucial que la première tragédie aie un impact important et fixe sur l’audience. Eastwood ne la traite alors pas comme une simple étape servant à avancer l’histoire et à relier les personnages. Elle sert à la fois à avancer l’histoire et à donner une profondeur émotive essentielle au récit. Le film fonctionne en fait à ces deux niveaux avec brillo du début à la fin. D’abord parce que l’on croit aux personnages, parce qu’on les comprend, on vit, on ressent avec eux, on comprend leurs motivations et l’origine de ces dernières. On dira que ces personnages paraissent facilement mieux avec de tels acteurs les incarnant, et c’est vrai.
Penn, Robbins et Bacon ne sont pas seulement parfaitement choisis pour leur rôle respectif, mais ils excellent en le jouant. Tout commence avec Penn, qui livre ici une performance digne d’une nomination aux Oscars (qu’il va d’ailleurs fort possiblement recevoir), sa meilleure depuis Dead Man Walking. Rarement a-t-on vu un acteur véhiculer autant de colère, de désespoir et de tristesse réprimés, et ce aussi naturellement. Une scène, en particulier, où Penn se tient devant le cadavre de sa fille à la morgue, se fait pratiquement insoutenable par sa puissance émotive. La performance de Penn est hors du commun parce qu’il ne transmet pas ça uniquement par la voix ou les expressions faciales; on le voit dans son langage corporel, dans ses épaules, dans sa posture. Une prestation de ce calibre ne peut passer inaperçue.
Robbins, qui avait dirigé Penn dans Dead Man Walking, a un rôle dur à jouer en celui de Dave. Le personnage est aussi lourd que les démons qu’il transporte avec lui, et Robbins doit représenter un homme abattu par une absence à peu près complète de joie de vivre. Ce n'est pas une tâche facile sans tomber dans le mélodrame, mais Robbins s'en acquitte relativement bien. Bacon, de son côté, ayant la chance de jouer le seul personnage moindrement stable, s’avère très bon, et ajoute le charisme particulier qu’il a su donner à ses meilleures performances au fil des années. Même si les quelques séquences téléphoniques avec son ex-femme ne fonctionnent pas et nous distraient du film, Bacon est constamment à la hauteur de ses co-vedettes, ce qui n'est pas peu dire dans les circonstances. Mystic River jouit aussi des présences bénéficiaires de Laurence Fishburne dans le rôle du partenaire de Sean, et de Marcia Gay Harden et de Laura Linney, jouant les épouses de Jimmy et Dave, respectivement.
Le film dérange par sa présentation de la violence. Il n’en contient pas à la base énormément, mais elle est sentie à chaque instant, et aux quelques endroits où elle se manifeste physiquement, on recule dans notre siège. Mystic River n'est pas Bad Boys II ou Terminator 3: on voit son vrai côté, la destruction qu’elle entraîne, sa transmission de génération en génération, d’individu en individu comme un véritable virus contagieux. Comme le dit si bien Dave à un certain moment : « Une fois que c’est à l’intérieur, ça reste à jamais ».
Mystic River est le genre de film qui reste avec nous bien après que l’on soit sorti de la salle. Des moments nous reviennent en tête, des émotions refont leur chemin à l’intérieur, et on se sent constamment poussé à y repenser à nouveau, et à réfléchir. Normal : c’est ce que les meilleurs drames font.
--RJ
Cote: A-
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