FRIDA
Cast: Salma Hayek, Alfred Molina, Mia Maestro, Valeria Golino, Ashley Judd, Geoffrey Rush
Année: 2002
Studio: Miramax
Longueur: 118 minutes
Classé 13 ans+

Une vie chargée comme celle de la célèbre peintre Frida Kahlo se place difficilement de façon juste dans un film de deux heures. Elle a vécu un nombre acabracadabrant de choses et d'expériences méritant chacune des heures d'écoute. La tentative de construire une biographie cohérente d'elle pour le grand écran constitue, il va sans dire, une tâche d'une difficulté considérable.

Frida (même titre en v.f.) mérite alors tout les félicitations possibles pour avoir créé un portrait si vivide et authentique d'une femme extraordinaire. Le projet représente le plus grand objectif professionnelle de l'actrice Salma Hayek depuis des années, et maintenant, après avoir trouvé tout le financement et les personnes nécessaires, elle a de quoi être fière. Non seulement est-ce une superbe production, mais Hayek, qui tient aussi le rôle titulaire (en plus d'avoir produit le film), livre ici la performance de sa vie.

Le scénario s'attarde plus particulièrement au mariage de Frida. Ainsi, l'histoire d'amour entre elle et Diego Rivera (Alfred Molina), un autre peintre réputé, occupe beaucoup de place. C'est une bonne chose, puisque cela donne une base solide à l'histoire, empêchant cette dernière d'avoir simplement l'air d'un survol, étape par étape, d'une simple existence linéaire. Cela ne nous empêche pas de passer par tous les événements importants dans sa vie: sa jeunesse, son accident en trolley, ses amours, ses pertes, ses contacts avec des hommes aussi importants que Nelson Rockafeller (Edward Norton) et Leon Trotsky (Geoffrey Rush) et, bien sûr, son art en tant que tel.

Représenter tout cela sans perdre le fil s'avère un défi de taille. On n'a qu'à regarder la biographie Ali, sortie l'an dernier et portant sur une période de dix ans dans la vie de Muhammad Ali et qui éprouvait pourtant une certaine difficulté à afficher une structure toujours solide. Mais comme c'était le cas avec le film de Michael Mann, celui de Julie Taymor possède tellement d'applomb et une base solide que l'on pardonne facilement cette petite faille quasi-inévitable. En fait, les seuls moments peut-être de trop dans Frida sont carrément ceux où l'on relègue la héroïne pour donner de l'importance à un personnage célèbre mais secondaire (les scènes avec Trotsky semblent souvent déplacer le focus au mauvais endroit). Parce qu'à part ça, Frida s'avère tout simplement brillant.

En fait, le film excelle à cause de la chaleur et de la vie qu'il dégage. Frida réussit pour la raison qu"une autre biographie récente d'un peintre, Pollock d'Ed Harris, a échoué. L'existence nous étant présentée ici déborde d'énergie et d'enthousiasme. Le résultat: on se sent complètement immergés dans le Mexique du milieu du siècle et on veut y rester. Une mention spéciale revient pour cela au compositeur Elliot Goldenthal, dont la musique capture totalement la mentalité et l'ambiance présentes. Si la mélodie semble si harmonieuse et particulière, c'est aussi parce que l'équipe entière derrière Frida a créé une oeuvre visuellement remarquable. Les costumes à eux seuls, et je n'exagère pas, nous enlèvent l'eau de la bouche. La photographie de Rodrigo Pietro (à qui l'on doit aussi cette année les images de 8 Mile) se compose d'images si riches, si magnifiques, que Frida Kahlo elle-même aurait été fière de voir sa vie et ses peintures représentées avec tant de beauté.

Tout est probablement aussi magnifique à cause de l'esprit visuel de la réalisatrice Julie Taymor. La conception qu'elle fait de plusieurs éléments marquants du film épate. La technique la plus renversante qu'elle emploie reste probablement, pour moi du moins, l'animation des toiles de Kahlo. Sur grand écran, on en reste bouche-bée. Ce qui différencie Taymor d'une simple experte des nouvelles technologies est son pur talent pour faire en sorte que ces trucs visuels ne nous distraient pas mais, au contraire, servent à l'histoire et au drame. Peu de gens peuvent injecter autant de style à une oeuvre sans que cette dernière ne semble superflue ou artificielle. Taymor le fait ici à merveille.

Mais tout ce beau travail ne mènerait peut-être pas à beaucoup sans la bonne actrice pour interpréter Frida. Hayek ne fait pas le moindre doute du moment où l'on aperçoit son visage. Quelle présence! C'est tout juste si elle ne perce pas littéralement l'écran tellement elle se fait radiante et qu'elle illumine tout autour d'elle. Je n'avais jamais vraiment été impressionné par son talent de comédienne dans le passé (ses performances dans Wild Wild West et Dogma n'avaient rien de trop mémorable), mais ici, elle explose. Elle ne se contente pas de vieillir avec une crédibilité stupéfiante entre les âges de 15 et 50 ans; elle rammène l'artiste à la vie. Hayek ne joue pas uniquement les imitatrices; ce n'est pas une "personnification" de Frida Kahlo, mais bien une incarnation en chair et en os. On ressent ce qu'elle ressent, sa peine, ses frustrations, et ultimement son incroyable détermination. Hayek livre ici les prestations pour lesquelles on a inventé les nominations aux Oscars.

Alfred Molina, dans le rôle de Diego, offre également une performance méritant d'être soulignée. Il possède une chimie surprenante avec Hayek, et on pardonne son personnage malgré certaines de ses mauvaises habitudes. Mais comment les acteurs peuvent-ils vraiment être mauvais quand toute la production dans laquelle ils sont impliqués respire autant d'inspiration? Frida sert à la fois de biographie loyale et poétique à une des grandes artistes du XXème siècle et de voyage envoûtant dans un monde étranger dont la beauté nous intoxique. --RJ

 

Cote: A-

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