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| ALI
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| Cast: Will Smith, Jamie Foxx, Jon Voight, Mario Van Peebles, Ron Silver, Jeffrey Wright, Mykelti Williamson
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| Année:
2001 |
| Studio: Columbia |
| Longueur: 147 minutes |
| Classé
G - Déconseillé aux jeunes enfants |
Muhammad Ali restera à jamais gravé dans nos mémoires comme l'homme le plus marquant de son époque. Proclamé par plusieurs experts comme le meilleur boxeur de l'histoire, il s'est pratiquement fait connaître davantage pour ses actions à l'extérieur du ring. Ali (même titre en v.f.) examine cette période de gloire pour un des plus grands glorieux de notre ère.
Le nouveau drame biographique de Michael Mann s'attarde donc uniquement à la tranche de dix ans la plus importante dans la vie de l'homme aussi connu sous le pseudonyme de Cassius Clay, soit de 1964 à 1974. Le film relate donc des combats majeurs d'Ali, de ses épisodes amoureux plutôt diversifiés (trois femmes en moins d'une décennie) et des bouleversements qu'il a entraîné au plan de vue social. On y couvre notamment sa relation privilégiée avec Malcolm X (interprété solidement par Mario Van Peebles) et celle toute aussi spéciale avec le célèbre commentateur sportif Howard Cosell (incarné par un Jon Voight méconnaissable) ainsi que son fameux périple en Afrique, à sa terre natale, menant jusqu'au mémorable affrontement entre Ali et George Foreman au Zaïre, baptisé "Rumble in the Jungle", le sommet autant du boxeur que du film.
Le casting de Will Smith pour jouer Ali est tout simplement parfait - on ne peut raisonnablement penser à un seul autre acteur capable de rendre justice à Cassius Clay à l'écran. Et Smith ne manque pas sa chance; il semble aussi conscient que nous que cela représente l'occasion d'une vie, et sans doute la performance pour laquelle on se souviendra principalement de lui dans les années à venir. Tout comme Denzel Washington pour The Hurricane il y a deux ans, Smith a dû mettre plus d'un an à s'entraîner physiquement et psychologiquement pour le rôle. Ça prend une quantité énorme de volonté, de sérieux et d'abstinance (il a même avoué avoir dû se priver de sexe pendant près de six mois), et l'acteur mérite déjà notre respect pour en avoir si éloquemment fait preuve. Et ça paraît inévitablement à l'écran; tout comme Denzel était "Hurricane" Carter, Will Smith est Muhammad Ali. Il n'a pas à le jouer bien vieux et différent comme Denzel avait à le faire, mais le rôle est sans hésiter aussi sinon plus difficile à remplir. Et Smith le fait brillamment. Voilà une prestation franchement remarquable qui se doit de donner à l'acteur du respect, car il vient de prouver à tous qu'il en mérite - il sait jouer.
Et ça, ses co-vedettes le savent aussi; et, plus que ça, ils le démontrent. À commencer par Voight. Je parle de Jon Voight tout simplement parce que j'ai vu son nom au générique, car peu importe à quel point j'essayais de le reconnaître sous les traits de Cossell, j'en étais totalement incapable. L'équipe de maquillage d'Ali, menée par Greg Cannon (qui avait fait vieillir si crédiblement Russell Crowe dans The Insider, le dernier film de Michael Mann justement), accomplit un travail carrément époustoufflant de recréer Cosell de façon pratiquement identique. Également impressionnant est Jamie Foxx dans le rôle de Bundini Brown, le bras-droit d'Ali. Mais sa sous-utilisation reflète justement bien le seul véritable problème du film.
C'est que, même avec une durée de près de trois heures, ces dix années de vie du héros sont bien trop chargées pour les couvrir de manière pleinement satisfaisante. L'abondance de matériel aide autant au film qu'elle lui nuit. En effet, Ali doit non seulement traiter du monde déjà imposant de la boxe, mais des événements sociaux si importants à cette époque, comme les assassinats de Malcolm X et de Martin Luther King, ainsi que la Guerre du Vietnam, sur qui Ali a directement eu un rapport (tous se souviendront de sa célèbre réplique "Ain't no Viet-Cong ever call me 'Nigger'") et des personnages forts intéressants entourant la vedette. On voit Cosell suffisamment, et sa relation avec le Champion est probablement la plus frappante et la plus marquante du film. Ils ne cessent de se narguer publiquement, et on sent en même temps en dehors des ondes et de l'opinion public un lien émotif très fort les unissants, presque comme père et fils. Le scénario, écrit par Mann et son partenaire habituel Eric Roth, le montre brillamment. Mais on ne peut en voir assez des autres, que ce soit ses femmes (dont une, sa première, jouée par la vraie femme de Will Smith, Jada Pinkett-Smith), et spécialement son copain Bundini. Foxx brille tant dans ses rares moments que l'on regrette de ne pas pouvoir en savoir plus sur son personnage. Mais encore là, il se fait difficile de blâmer sévèrement le film pour cela; après tout, on ne serait probablement pas mieux servi avec un récit de cinq heures - et même là il ne pourrait possiblement tout couvrir.
Et à part ça, ce ne sont que des compliments que mérite la production. Évidemment pour ses brillantes performances, mais également pour son traitement. Mann figure parmi les cinéastes les plus perfectionnistes, et il n'est pas du genre à nous filer un produit de deuxième zone. Ses films, de Manhunter à The Insider en passant par Heat et maintenant Ali, ont tous la caractéristique d'être superbement photographiés et composés en plus de posséder une grande intensité. Ici, la brillante cinématographie, souvent très semblable à celle dans The Insider, est dûe à Emmanuel Lubeski (Sleepy Hollow) alors que la musique nous vient de Pieter Bourke et Lisa Gerrard, eux aussi deux collaborateurs vétérans des oeuvres de Mann. Et si tout est techniquement très consistant pour les deux premières heures, alors ça explose - et pas à peu près - dans le dernier mile. Et c'est une fichue de bonne explosion.
Je préfère autant le dire tout de suite avant d'entre dans les détails: le "Rumble in the Jungle" dans Ali constitue la meilleure scène de boxe jamais tournée sur film. Elle doit durer près d'une demi-heure au total, et dès ses premières secondes, alors que le Champion pénètre dans l'immense stade rempli à capacité sous les cris des dizaines de milliers de gens le supportant jusqu'au tout dernier moment où il brandit fièrement les bras en signe de victoire, ce sont trentes minutes viscérales et foudroyantes. Bien sûr, le "Rumble in the Jungle" demeure selon plusieurs le meilleur combat jamais livré. Eh bien Mann avait lui aussi tout un défi à relever, il l'a fait sans équivoque. On se sent sans cesse avec Ali, on croit donner et recevoir les coups administrés sur le ring en vivant en même temps profondément l'exaltation de la foule. C'est plus que grandiose; c'est phénoménal, tout autant que l'homme extraordinaire auquel ça rend si fidèlement hommage. --RJ
Cote: A-
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